Interview Fred Ones
DJ et concepteur musical avec Sonic Sum, Fred Ones se lance avec "Phobia of doors" dans l'aventure d'un premier projet solo d'envergure aux côtés de MCs tels que Vast Air, M.Sayyid, Creature, Slug et son compère Rob Sonic. Fred Ones revient donc sur le concept de ce projet, son implication dans le son, tout en évoquant sa vision globale du rap.
15/12/2003 | Propos recueillis par Shadok
Abcdr du son : Peux-tu te présenter
?
Fred Ones : Kool Dj Fred Ones fut mon nom à mes débuts. Je
suis originaire du Bronx comme TME pro, THC, OT, Hispanic Bombers, TM and
Las Drogas. Je suis aussi producteur, DJ et ingénieur son dans Sonic Sum.
Nous venons de finir notre nouvel album "Films".
Il est disponible au Japon via le label Tri-Eight Records... L'album devrait
sortir courant 2004. Nous sommes en pourparlers avec Ascetic Music."Phobia of Doors" est mon premier album solo. C'est
quelque chose qui s'est imposée en parallèle de Sonic Sum. Mon travail en
solo est moins expérimental, plus brut, c'est une autre facette. Voilà,
l'essentiel est dit.
A : On parle souvent
d'expérimentation avec des machines ou l'associations de sons électroniques,
en ayant fait appel à un bassiste (Erik MO) pour jouer live sur les deus
sorties de Sonic Sum, est-ce que ce n'était pas aussi osé et expérimental
finalement ?
F : Collaborer avec un bassiste est forcément
nouveau et expérimental pour le Hip-Hop. De par le mélange des machines et
des instruments, il y a une énergie nouvelle et de nouvelles contraintes
dans l'écriture des textes de Sonic Sum... Ce sont des contraintes techniques
mais aussi une plus grande latitude artistique. J'aime la manière dont nous
travaillons à quatre. Sur "Films", le gros du
travail a été �débroussaillé' par Le bassiste et moi-même. Il y a aussi bien
du clavier, de la guitare que de la basse et pourtant cela sonne Hip-Hop,
mais je concède que cela puisse être nouveau ou perçu comme expérimental.
Mais notre travail au sein de Sonic Sum n'est pas conceptuel, c'est plutôt
une expérience sensible ou au début personne ne sait vraiment où ça va aller
et puis à la fin, tu as un morceau... C'est totalement différent par exemple
de ma manière de bosser en solo. Je pense qu'avant de savoir si une musique
est expérimental, il faut savoir si elle te parle... trop de sons sont d'une
grande platitude et je pense que d'avoir un bassiste à considérablement
modifier ma perception des rythmiques...
A : Tu
comprends la remarque que certains pouvaient faire en jugeant les sons de
Sonic Sum trop �mélodique' pour du hip-hop ?
F : J'ai déjà
entendu cela mais quoi qu'on en dise... Il y a des beats, des rimes et des
séquences... Le travail de Sonic Sum va dans la même direction que
Ultramagnetic Mc's, Afrika Bambaataa ou le Bomb Squad. A la base, nous
concevons notre musique comme unique et originale. Elle doit pouvoir se
dissocier des autres groupes sinon quel est l'intérêt de faire de la
musique. Comme les groupes que je viens de citer, notre envie est d'amener
le hip-hop hors des sentiers déjà balisés. Après il reste une autre
appréciation que l'originalité, est-ce que ta musique reste agréable à
écouter. Je ne suis pas partisan de l'expérimentation à tout prix. Sonic Sum
non plus. Pour moi, les mélodies sont importantes. Alors oui, nous aimons
les mélodies mais nous ne sommes pas dépositaires de ce style. Sonic Sum ne
se résume pas à la mélodie. C'est plus complexe que cela et pourtant c'est
du Hip-Hop, peut-être pas dans la conception traditionnelle mais tous les
ingrédients y sont.
A : N'est-ce pas également
une porte difficile à franchir pour beaucoup ?
F : Oui, en
même tant tout est relatif. Je ne veux pas juste faire de la musique pour
innover, défricher et ce serait bien prétentieux de ma part. Je veux juste
faire une musique libre et sans contrainte mais mon but reste de vendre des
disques. Je n'ai pas vocation à révolutionner la musique, ce serait
prétentieux. Je veux juste que mon travail puisse être écouter pour ce qu'il
est. Aujourd'hui, si tu ne sonnes pas comme untel ou un autre, les gens ne
sauront pas apprécier et émettre un jugement. Les standards sont en train de
tuer cette musique. Aux Etats-Unis, les esprits sont complètement formatés.
Peu sont ceux qui peuvent encore écouter un disque et se laisser guider par
leurs impressions. Le marché entier est dicté par les charts, un type de
sonorités...
A : Mêler machines et instruments
donne souvent un résultat médiocre, la marge de manoeuvre est très étroite,
comment s'est faite l'harmonisation de ces deux composantes
?
F : Notre but dans la conception et le mix n'est pas de
faire apparaître des éléments lives sur des loops et des compositions faîtes
à base de machines. Il est important que la basse soit une partie intégrante
de chaque morceau. La basse n'est pas une pièce rajoutée, elle est une
plus-value dans le travail du groupe. Je pense que ça ne serait pas
intéressant de concevoir les morceaux sans la basse, puis de l'intégrer à la
fin. Nous ne travaillons pas comme çà. D'ailleurs même notre conception du
beat va dans le sens des lignes de basse. Faire du collage, n'est pas
intéressant. Toute la difficulté repose sur l'harmonie et le fondu aussi
bien de la voix, du beat, des programmations et des lignes de basses. Le son
est aussi retravaillé. La basse n'est jamais prise brute... Elle est traitée,
filtrée et intégrée... C'est peut-être aussi pour cela que les gens y voient
autre chose que du Hip-Hop... Nous cherchons l'harmonie... Tous les éléments
sont à leurs places sans qu'aucun n'empiète sur l'autre... C'est plutôt rare
aujourd'hui de travailler ainsi.
A : Quel est le
concept de "Phobia of Doors" ?
F : Le mainstream va toujours
dans la même direction. Il utilise une porte que tous les artistes passeront
pour essayer de se placer dans les charts sans même comprendre pourquoi... Les
gens suivent souvent ce qu'ils peuvent reconnaître dans les premières
secondes en musique comme dans d'autres domaines. D'autres portes existent
et sont à la portée de tous, il faut les ouvrir. Je ne suis pas pour une
musique fast-food et jetable. Il y a d'autres portes qui méritent d'être
ouvertes même si elles ne sont pas aussi évidentes et rutilantes que celle
du mainstream. Voilà l'idée que j'ai voulu véhiculer dans"Phobia of doors". La musique devrait être plus libre
et surtout il devrait y avoir autant de styles qu'il n'y a de groupes... Mais
c'est l'inverse qui se produit... Seuls quelques concepteurs dictent le marché
et la tendance et l'on retrouve les mêmes beats, les mêmes caisses-claires
d'un album à l'autre. Et ça ne dérange pas grand monde parce qu'il s'est
développé une phobie des portes...




