Interview Gazdemall

En évoquant avec l'équipe Gazdemall les conditions de vie de ce jeune label, une discussion plus large s'engage. Rapports de force, formatage sous-jacent, viabilité incertaine : autant de paramètres à prendre en compte, dans un échiquier où radios, presse, maisons de disques, artistes et public jouent avec la musique pour monnaie commune.

15/11/2002 | Propos recueillis par Aspeum

Interview : GazdemallAbcdr du son : Quelle est la signification du nom Gazdemall ?

JMDee : Gazdemall a été trouvé par Djam. En gros ça veut dire "Gaze Les Tous" (Gaz Them All), Gaz n'étant pas un mot anglais bien entendu. On trouvait que ça sonnait bien et que c'était bien dans l'esprit provocateur : "Tu vas t'en prendre plein la gueule". Puis c'est déclinable à souhait : GazdemDub pour le disques instru et breakbeat, GazdemRmx pour les remixes, GazdemHoes pour le R'n'B ! (hoe voulant dire pute en anglais), GazdemJam pour les soirées, etc.

A : Comment a été créé Gazdemall ?

Laurent : En 95, on avait créé l'association Indépendant, pour sortir un EP qui réunissait 3ème Oeil, dont c'était la première apparition, Ricky Up, un ancien des MIC, Disiz, et Dj Bomb et JM à la prod. Donc, on est reparti là-dessus, en modifiant les statuts et le nom.

J : Ca faisait un an et demi que Bricefa voulait qu'on forme une famille avec Expression Direkt et Disiz pour sortir tout un album un peu déglingué, qui devait retranscrire l'histoire de cette famille, en précisant ce qu'elle avait apporté au rap. Or, comme pour sortir un disque, il fallait une structure, on a monté Gazdemall.

A : Pourquoi l'aventure Brutagaz s'est arrêté si tôt ?

J : Le groupe a mis deux ans à se mettre en place. Mais au moment où ça s'est fait, les membres n'avaient pas prévu de passer du temps dessus et d'en faire un album. On a essayé, on a vu qu'on était capable de bosser ensemble. Mais malheureusement, Disiz est parti ; il avait F#?k Dat, il voulait pas faire partie à temps plein du groupe, ou peut-être l'idée ne lui plaisait plus. Et puis on a un porté disparu, puisque ça fait 8 mois qu'on n'a plus de nouvelles de Bricefa. Donc, le groupe est mort de ces désistements. Ca a été l'impulsion pour monter Gazdemall, et c'est tant mieux, mais on a mal géré ça. Plutôt que faire un morceau, on aurait dû en faire plein, pour avoir le choix et pour entrer dans une logique de travail.

A : Va-t-il y avoir de nouvelles collaborations avec Weedy et Delta ?

J : Oui, Weedy voudrait que je lui fasse des instrus, mais pas par rapport à Gazdemall.

L : Delta était venu nous voir, mais il vient d'avoir un enfant et il a tout mis en stand-by. J'ai essayé de le contacter, mais j'ai pas de nouvelles. De manière générale, depuis Brutagaz, Delta et Weedy ont toujours été assez difficiles à joindre. Pour les rendez-vous en studio, ils sont carrés, mais en dehors, c'est plus dur de les avoir au téléphone.

A : Brutagaz était la seule sortie Gazdemall ?

L : Oui, maintenant, il y a le maxi de Maj Trafyk. Ensuite, DJ Djam est derrière... Rien de précis, mais il sera plutôt dans un style ragga-dub. Il fait partie des gens qui ont ramené la jungle en France. Le premier remix jungle, on l'avait fait pour Cam.

A : Donc, Gazdemall n'est pas destiné à produire uniquement du rap...

L : Non, on aimerait bien prendre des courants différents, parce qu'on n'aime pas que le rap.

J : Ca sera d'autres trucs, toujours avec une démarche hip hop.

A : Pourquoi avoir créé Gazdemall, alors que Disiz a monté F#?k Dat ?

J : Il y a d'abord eu F#?k Dat, qui est un projet que Disiz a monté avec les gars de son quartier. Disiz est d'Evry, tandis que moi, je suis du nord de Paris : on n'a pas les mêmes relations. Donc, avec Laurent, qui manageait aussi Disiz, on a monté Gazdemall.

A : Laurent, tu peux te présenter ?

L : JM et moi, on était coursiers, en 94. JM m'a donné goût au rap, et j'ai eu envie de m'investir. J'ai fait des formations en production, management, édition, droits d'auteurs, etc., histoire de savoir de quoi je parlais. Et pour connaître mon statut, aussi [sourire]. Ca a pris forme petit à petit. Mais pour des raisons administratives, on a tout mis en suspens. JM et Disiz ont continué à bosser ensemble. Moi, j'ai arrêté pendant un an. A l'époque, on commençait à avoir des propositions. On rentrait chez V2, chez Delabel, chez Universal, mais c'était chelou. Mais il n'y avait jamais rien de concret, il y avait toujours un détail qui faisait que j'étais frileux. Nouvelle Donne faisait des propositions depuis quelques temps à Disiz. Il a accepté, et on ne peut pas lui donner tort vu ce qui c'est passé après.

A : JMDee, c'est toi le producteur attitré du label ?

J : Oui, pour l'instant, mais c'est vraiment pas fermé.

L : Trafyk travaille aussi sur des prods de DJ Sound et Nasser. Et on aimerait bosser avec Geraldo ou Ol'Tenzano.

A : Vous êtes en contact avec eux ?

Maj Trafyk : Non, je kiffe juste ce qu'ils font au niveau instru. Ils représentent même ce que je kiffe le plus en hip hop.

A : Et en tant que label indépendant, 45 Scientific, c'est une référence ?

L : A leur manière, ces gars savent gérer leur business, c'est incontestable.

A : Ca vous donne confiance pour Gazdemall ?

L : Il faut calmer le truc direct. En France, il n'y a qu'un label comme 45 Scientific. Et en plus, ils avaient des artistes qui avaient une aura que personne d'autre n'avait en France. Après, j'espère qu'il vont savoir continuer à gérer leur truc avec leurs autres artistes. Ca ne pourrait que nous conforter dans notre conviction qu'il y a une vie à long terme pour les indés, ce que personne ne sait pour le moment. Les gens prennent ça comme une musique kleenex. Aujourd'hui, c'est la mode, on te signe en major, on met de l'argent derrière ; mais si demain, tu ne vends plus, on te rends ton contrat et tu t'en vas. Skyrock, c'était 3,5 % de part de marché lorsqu'ils passaient du rock, aujourd'hui, c'est 9 %. Demain, ça va passer à autre chose, ils changeront de style de musique. C'est-à-dire que tous les mecs qui vendent du disque parce qu'ils ont un putain de média derrière eux qui s'appelle Skyrock, qui te fait vendre 40.000 exemplaires à coup sûr, ils vont faire quoi ?

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