En l'espace de peu d'apparitions, Sept avait fortement intrigué. Qui était donc ce rappeur sorti de nulle part, dont le nom commençait à circuler, souvent accompagné d'éloges ? Une dizaine de mixtapes, quelques compilations remarquées, et l'attente est née. Attente rapidement comblée par un premier album, "Amnésie".
30/05/2003 | Propos recueillis par Aspeum
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A mes yeux, "Amnésie" n'est pas un chef d'œuvre incontournable,
ni Sept le nouveau rappeur-messie. Mais derrière l'avalanche de rimes
riches, il m'avait semblé déceler dans ses textes les signes d'une forte
personnalité. D'où cette interview.
Depuis notre rencontre, une
certitude : celle d'avoir rarement rencontré chez quelqu'un une telle
dualité. D'un côté, Sept fait preuve d'une vision extrêmement précise de
son approche du rap, et d'une volonté solide de n'en pas s'en détourner.
De l'autre, la fermeté de ses convictions ne l'empêche pas d'être
attentif à la fois à la critique et aux démarches alternatives à la
sienne.
Pas d'intégrisme figé, pas non plus de choix opportunistes.
J'aurais tendance à croire que c'est rare. Et précieux.
Abcdr : Quel est ton parcours ?
Sept : J'ai
commencé à écrire des textes quand j'avais quatorze piges. Je suis resté
pas mal de temps à faire des trucs de mon côté, parce qu'à cette époque-là,
le rap n'était pas au même niveau que maintenant. Vers 95, j'ai fait mes
premières mixtapes et mes premiers concerts, sous le nom Cartel Despee, avec
Charly, qui s'appelle Baron Faty aujourd'hui. Depuis ce temps-là, je n'ai
pas fait énormément d'apparitions. La première apparition sur disque,
c'était sur le EP de Triptik, en 99, et ensuite sur l'album de La
Ménagerie. Il y a eu quelques mixtapes, mais je ne cours pas spécialement
après. Récemment, il y a eu quelques projets comme "Maximum Boycott", "Quality Streetz
Hors-série", "Kuality Records",
etc.
A : Entretemps, tu as aussi formé un duo
avec Sindbad. Aujourd'hui, tu te retrouves seul par choix ou par dépit
?
S : A chaque fois qu'on essayait de faire un duo, on en
arrivait à se prendre la tête. Parce qu'on est pas exactement les mêmes,
parce qu'on n'a pas envie de faire les mêmes choix, parce qu'on ne va pas
exactement dans la même direction. J'apprécie grave Sindbad, on fait encore
des trucs ensemble, mais je trouvais dommage qu'on se prenne la gueule.
Parce qu'à la base, c'était une histoire d'amitié, pas une histoire de
rap. C'est peut-être dû à moi, parce que je ne suis pas facile. Je me suis
donc dit que le plus simple, c'était que je fasse mes trucs tout seul, sans
qu'on soit lié les uns aux autres, sans obligations. Comme ça, si ça
couille, je m'en prends qu'à moi-même. Maintenant, faire des petits
collectifs comme Olympe Moutain [composé de Rodd, Grems, Le Jouage,
Booba Boobsa et Sept] ou Soul Brothers [composé de Soklak Nod, Rodd
et Sept], c'est un kiff. D'ailleurs - je crois que ça se voit sur mon
skeud, et c'est d'ailleurs un reproche qu'on me fait -, ce qui
m'intéresse, c'est pas de faire que des trucs tout seul. Sur cet album
solo, mon kiff, c'est d'inviter des gens.
A :
Et tu n'as pas non plus trouvé de producteur attitré ?
S :
Avec les prises de tête que j'avais eues avant, je commençais à me méfier.
J'ai préféré gérer mon projet tout seul. Ca peut être intéressant de faire
tout avec un producteur, mais j'ai des goûts assez larges, donc, je
trouvais ça dommage de me limiter. Si je faisais un disque par an, ça serait
super de faire des projets comme ça. Pour l'instant, je n'ai pas eu
l'occasion de le faire, et je suis content d'avoir fait quelque chose qui
me ressemble un peu, dans le sens où ça reflète les différentes facettes
musicales que j'apprécie. Mais ce n'est pas exclu que ça arrive un jour.
En plus, autour de moi, entre Paris et sa banlieue, Bordeaux, Annecy et
encore d'autres villes, il y a plein de gars sympathiques, abordables et
qui font des sons supers. Donc, je kiffe de faire des trucs avec toutes ces
personnes. Ca m'intéresse de rencontrer des gens, d'échanger des idées et
de bosser ensemble.
A : Comment s'est faite la
connexion avec Bursty [fondateur du label De Brazza Records, à
l'origine de la compilation "Maximum Boycott"] ?
S :
J'avais rencontré D'Oz par le biais de Dabaaz de Triptik. On s'était bien
entendu. D'Oz était en contact avec Bursty, parce qu'il avait posé sur une
de ses mixtapes. Il m'a présenté à Bursty, qui a kiffé et m'a proposé de
poser sur une mixtape, puis sur la compilation.
A
: Et avec les artistes de Bordeaux ?
S : Toujours par D'Oz.
Mon père est de Bordeaux, donc, je connaissais déjà cette ville. Mais quand
j'y allais, c'était juste pour ma famille, sans contact avec les jeunes de
là-bas. C'est D'Oz qui m'a emmené là-bas pour la mixtape Virus et m'a
présenté Kroniker. A Bordeaux, il y a énormément de monde qui fait plein de
trucs bien, je ne les ai même pas tous rencontrés. Mais ils sont en contact
régulièrement, et vu que c'est plus petit que Paris, ça va plus vite pour
les rencontrer.
A : Pendant un temps, des
artistes comme TTC, James Delleck, La Caution, Triptik, Hustla, D'Oz ou toi
se sont souvent retrouvés sur les mêmes projets, tels que "L'antre de la
folie", "Quality Streetz" ou "Virus". On a même parlé d'une nouvelle scène
rap français. Y a-t-il une démarche artistique commune ?
S :
Je ne pense pas qu'il y ait une réelle cohésion dans la démarche
artistique. Parce que toutes ces personnes font des trucs qui n'ont rien à
voir entre eux. J'ai pas l'impression de faire partie d'une scène ;
c'est un monde assez individualiste, on est tout seul. Après, on peut
s'entendre avec des gens, faire des choses avec eux, mais de là à dire que
c'est une scène qui avance d'un seul bloc… Je pense qu'il ne faut pas se
leurrer : certains s'entendent, d'autres moins. Maintenant, ça ne me
dérange pas d'être assimilé à toutes les personnes que tu as citées, mais
n'importe qui avec un peu de jugeote va rapidement comprendre en écoutant
que les trucs n'ont pas vraiment de rapport entre eux. C'est vrai que,
plusieurs fois, une personne rencontre l'un d'entre nous, lui propose de
participer à un projet, et demande à ce moment-là si les autres qui
gravitent autour peuvent aussi poser. Donc, il y a eu plusieurs projets sur
lesquels on retrouvait les mêmes noms. Mais moi, je suis un peu une pièce
rapportée par rapport à ce groupe là, parce que la plupart d'entre eux se
connaissaient avant moi. Je suis arrivé plus tard, au moment de "Virus" seulement.