Interview Guizmo

Moins d'un an après être apparu sur nos écrans d'ordinateur via YouTube et les Rap Contenders, Guizmo a sorti son premier album. Si on pouvait penser que l'entreprise était audacieuse, le défi a été relevé haut la main puisque Normal connaît un succès d'estime et commercial. Pause bière avec la partie sombre de l'Entourage.

07/12/2011 | Propos recueillis par Mehdi

Interview : GuizmoNous sommes assis dans les locaux de Believe avec Guizmo. Sur la table d'en face gisent des cadavres d'Heineken et d'Orangina. Lorsque la chef de projet quitte la pièce pour nous laisser débuter l'entretien, Guizmo lui lance un malencontreux "je t’ai fait une dédicace dans l'interview précédente, j’ai dit que t’étais la plus belle de Because". Voilà, Guizmo est à l'image du personnage développé sur disque : spontané, un peu maladroit mais diablement sincère. Le temps qui nous était imparti étant relativement court, la décision fut prise, une fois n'est pas coutume, de nous la jouer Thierry Ardisson et de partir sur une interview première fois. Magneto Serge.

Abcdrduson : Ton premier choc rapologique ?

Guizmo : Je crois que ça devait être "Changes" de Tupac que j’ai découvert en 1998 via mon grand frère. Littéralement, je pète les plombs.
J’ai une mère qui n’a que vingt ans de plus que moi et qui écoutait beaucoup de rap. Du coup, j’ai été bercé par des musiques urbaines à l’époque. Mais il s ‘agissait surtout d’artistes français comme La Cliqua, le Secteur Ä... Quand mon frère a commencé à écouter du rap et à rapper, j’en ai mangé encore plus. Je me souviens qu’il m’avait fait écouter les premiers sons de Booba comme "La meuf" et "Cash Flow" qui m’avaient aussi bien secoué. Ceci dit, Tupac a vraiment été la gifle.
Un an après, je pète à nouveau un câble quand j’écoute "Everyday struggle" de Biggie. D’ailleurs, sur mon deuxième album qui sort dans six mois, j’ai fait rejouer ce beat là et j’ai rappé dessus. Pour moi, c’est clairement le meilleur morceau de Ready to die.

A : La première fois que tu as dit à ta mère que tu faisais du rap ?

G : Elle n’a pas compris. En fait, c’est elle qui me le dit, pas moi [Sourire]. Elle était tombée sur des textes de rap qui se trouvaient dans un cahier et, innocemment, elle m’avait demandé ce que c’était. Je lui avais répondu que c’étaient des poésies, des petites conneries...
Quand j’ai signé un contrat et que c’est devenu plus sérieux, il a fallu lui annoncer, d’autant que mes producteurs sont des gens qui sont très présents dans ma vie. Je ne parle pas de Néochrome mais de Zone sensible parce qu’il s’agit de deux choses dissociées. Il est vrai que Yonea et Willy sont connus pour le travail réalisé avec Néochrome mais ils ont monté ensemble la structure Zone sensible sur laquelle je suis signé. Quand je lui ai dit qu’on allait me donner de l’argent pour faire du rap, ça a d’abord été le gros doute et ensuite la fierté. Elle est allée à la FNAC, elle a acheté le coffret, elle porte le t-shirt Guizmo... J’ai fait plein de conneries, j’ai été en taule... Elle en a souffert. Je pense qu’entendre toutes ces choses que je ne lui ai jamais dites en face, ça doit la rendre fière.
Je sais que certains rappeurs n’aimeraient pas que leurs mères écoutent leurs albums... Même si ma mère n’avait pas de sensibilité au rap, elle sait que je viens vraiment de la rue et que je ne mens pas dans mes morceaux. A chaque fois que j’ai eu des soucis judiciaires, c’est ma mère qui en a payé les frais donc je ne me vante de rien du tout. En revanche, tu peux mentir à tes potes sur ce que tu as fait ou pas mais ta mère connaît la vérité et sait d’où tu viens. Voilà pourquoi certains auraient sûrement honte si leurs mamans écoutaient leur musique.

A : La première fois que tu as vu ton disque dans les bacs ?

G : J’ai été l’acheter le 3 octobre, jour de la sortie. Ça m’a fait bizarre... J’étais en tête de gondoles à la FNAC, placé au-dessus de rappeurs qui vendent 50 à 60 000 exemplaires de plus que moi... Ça fait énormément plaisir. Sur place, je vois que des gens l’achètent en même temps que moi et c’est un moment magique. J’ai acheté beaucoup de disques dans ma vie et le jour où tu vas acheter ton propre album, c’est assez fou. Ça n’est pas un geste présomptueux de ma part d’aller acheter mon propre CD. C’est un CD qui restera sous plastique à vie et je l’ai surtout fait pour le côté symbolique.

A : Ta première réaction face au public qui s’identifie à toi et connait tes lyrics par coeur ?

G : Dans ce public là, il y a en plus des gens très jeunes. Justement, ça me fait plaisir que des petits jeunes puissent s’identifier à ce que je dis. Quand j’étais petit et que je regardais des dessins animés, je savais que je ne pouvais pas voler ou lancer des lasers avec mes yeux mais ça ne m’empêchait pas d’être fasciné par ce que je voyais. Je pense qu’il y a quelque chose comme ça dans ce public super jeune qui ne vient pas du même milieu social que moi. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont fascinés mais, même si les histoires que je raconte ne les touchent pas dans leur quotidien, ils les comprennent et les respectent. C’est là que je me dis qu’il ne faut pas se fixer de limites et, même si je rappe la rue, je peux parler à des personnes qui n’y vivent pas. Ces personnes là se retrouvent sûrement dans le mal-être dans lequel j’étais quand j’ai écrit l’album. Ce mal-être là n’est pas exclusif à mon quartier mais se retrouve dans le coeur des gens qui ont rencontré des difficultés dans la vie. C’est ce qui crée la proximité avec le public.

A : La première fois que tu as commencé à écrire pour ton album ?

G : J’ai écrit ce disque en huit mois. En fait, je préparais une mixtape avec mon grand frère qui devait s’appeler Comme avant et sur laquelle il y avait une vingtaine de morceaux. Pour des raisons personnelles, on a décidé de stopper l’enregistrement de cette mixtape et de ne pas la diffuser. De cette mixtape, il y avait 5 ou 6 couplets que je ne pouvais pas abandonner. J’en ai fait 5 ou 6 morceaux et, autour d’eux, j’ai fini de construire l’album.

A : Si je te dis que ton disque m’a rappelé le premier album de Salif dans l’esprit et l’attitude, ça te parle ? Dans IV my people, Salif avait le côté un peu plus rebelle et je-m’en-foutiste que les autres, un peu comme toi dans l’Entourage...

G : Tous ensemble, chacun pour soi est mon album préféré ! Je ne sais pas si quelqu’un sera capable de refaire un morceau comme "Dur d’y croire". "Streets" a giflé quatre générations d’un coup, c’était un strike. "Why", "Elle est partie","C’est chaud"… Il y avait une multitude de morceaux qui faisaient péter les plombs. Je me retrouve énormément dans son premier album.
A l’époque, il devait avoir entre 19 et 20 ans et, comme moi, il parlait beaucoup d’alcool. Quand tu fais ça, tu es rapidement catalogué comme le boute-en-train de l’équipe tout le temps défoncé mais, derrière ça, il y a souvent un mal-être profond. Les gens les plus rigolards sont souvent les plus écorchés vifs. Au-delà de l’alcool, du shit et des histoires de rue, il se cache une vraie subtilité dans ce disque.

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