Interview Rimcash & Didai

Avec trois projets sortis en l’espace de six mois, Rimcash & Didai ont décidé de frapper un grand coup dans la fourmilière du rap français. Situés au croisement de deux générations tout en étant conscients de faire partie d’une nouvelle école prometteuse, le binôme entend exposer sa musique au plus grand nombre.

15/07/2011 | Propos recueillis par Mehdi

Interview : Rimcash & Didai

Abcdr Du Son : Vous n'êtes pas des nouveaux venus mais on entend parler de vous depuis assez récemment. Vous pouvez retracer votre parcours pour ceux qui auraient manqué un épisode ?

D : Moi c'est Didai et je suis le beatmaker attitré du groupe. En fait, on est des potes d'enfance mais, en grandissant, on s'est un peu séparé sans jamais vraiment perdre contact. On a chacun fait du son de notre côté et, personnellement, j'avais commencé par écrire avant d'arrêter dans les années 2000. J'ai vraiment repris quand on a commencé à se mettre sérieusement en avant il y a un an et demi mais, avant ça, on n'avait rien fait de très sérieux.

A : Mais vous vous appeliez déjà Rimcash & Didai ? Quelles sont les origines de vos noms d'ailleurs ?

D : On avait déjà nos noms en effet. Dans ma famille, tout le monde me surnomme Daddy et je l'ai tout simplement retranscrit en verlan.

Rimcash : [Il hésite] Je crois qu'un jour, j'ai dit quelque chose et un pote a cru entendre Rimcash. Comme je m'appelle Karim, on s'est dit que ça collait bien. On n'a pas été chercher trop loin non plus pour nos blazes. [Sourire] Dès qu'on s'est mis en duo, on a très rapidement commencé à enregistrer et en 2009/2010, on a fait tous les sons de Mothafuckamook.

D : Tout s'est enchaîné très vite. A cette époque, je ne rappais plus mais je continuais à faire des sons de mon côté.

R : On se voyait une fois toute les semaines ou toutes les deux semaines et j'allais chez lui poser sur ses prods. Très vite, je l'ai motivé pour qu'il se remette à rapper et on a vraiment bien avancé. Mothafuckamook Vol 1 est sorti en décembre 2010 et le Volume 2 est sorti en juin 2011. On a vraiment conçu ce deuxième volume comme la suite logique du 1 qui avait une ambiance un peu plus hivernale. Là, on a pensé à l'été.

A : Vous vous êtes séparés pendant longtemps. Comment se sont passées vos retrouvailles ?

D : Dans le passé, on avait déjà rappé un petit peu ensemble même si ce n'était pas sérieux du tout. Du coup, on a quand même retrouvé quelques automatismes. De nous deux, Rimcash est celui qui avait pris le rap le plus au sérieux et qui avait bien continué de son côté. Il a grandi à Montreuil où il avait une équipe qui rappait et ça l'a poussé à s'investir davantage.
De mon côté, j'étais un peu plus en retrait, le genre à faire du son dans ma chambre. D'ailleurs, j'ai commencé à faire du son sur une Playstation. En fait, j'ai découvert le hip-hop avec la Westcoast et j'ai toujours voulu faire du son. J'avais envie de créer ma propre musique mais le matos coutait beaucoup trop cher et je n'avais pas les moyens. Un jour, le jeu Music 2000 sort sur Playstation. C'était un genre de Fruity Loops low cost. Comme la Playstation acceptait les CD's, le logiciel permettait aussi de sampler. C'était génial ! J'ai appris à manier le séquenceur, à sampler et j'ai commencé mon premier son dessus. Plus tard, ce son a fini sur la compilation Total Rap. A partir de là, j'ai commencé à acheter mon matos et à m'impliquer un peu plus dans la musique.

A : Rimcash, est-ce que tu avais été amené à sortir des projets de ton côté à Montreuil ?

R : Franchement, on n'a pas fait grand chose. On avait un studio de répétition à notre disposition dans lequel on ne pouvait rien enregistrer. On ne rappait que sur des faces B. Ceci dit, c'était marrant parce qu'on était une dizaine de rappeurs et il y avait une vraie émulation entre nous. C'était le lycée, on écrivait nos textes en cours, on les rappait le soir même… C'était marrant… Et ça a duré longtemps [Sourire]. A un moment, j'en ai eu marre parce que rien de ce qu'on faisait n'était carré et on ne posait nos textes qu'en freestyle. J'ai changé d'optique et je me suis dit qu'il était temps de commencer à écrire de vrais morceaux, avec un thème, le poser dans de bonnes conditions… Je savais que Didai faisait des prods et c'est aussi pour ça que je suis allé vers lui. Hormis quelques featurings que j'ai pu faire ces derniers temps, tous les morceaux sur lesquels j'apparais ont été produits par Didai. J'écrivais, il composait et, assez naturellement, on a décidé de faire quelque chose ensemble. On se connaissait et on savait que ça irait plus vite ensemble. J'ai 28 ans, 29 en septembre, Didai a 30 ans, il était temps de se structurer.

D : A l'époque, on n'avait jamais pensé à faire quelque chose de sérieux. Quand on s'est retrouvé, ça nous a semblé beaucoup plus logique.

A : Vous approchez la trentaine qui est un âge assez avancé dans le rap. Vous vous considérez comme étant de l'ancienne ou de la nouvelle école ?

R : [Sans hésitation] De la nouvelle école. Déjà, on ne rappe pas "à l'ancienne".

D : On a grandi avec Time Bomb donc on a été influencé par cette ancienne école. Ce sont des gens qui nous ont donné envie de rapper. D'ailleurs, il y a plusieurs rappeurs qui sont là depuis un moment avec qui j'adorerais travailler. Dany Dan, Oxmo… et Ill mais je ne sais pas trop où il en est aujourd'hui. Je voulais vraiment bosser avec Hi-Fi et j'ai pu lui lâcher une prod pour son solo. Je ne sais pas encore quand est-ce que ça sortira par contre.

A : Quand on écoute les membres de L'Entourage, on sent en effet une influence assez forte de l'époque Time Bomb. Quand on vous écoute, on pense peut-être davantage aux groupes qui ont émergé dans les années 2000 comme Triptik…

D : Musicalement, je suis très ouvert et je ne me suis jamais enfermé dans un certain type de rap. On parlait de Westcoast et, déjà, j'aime tout ce qui est mélodique. A l'époque, je n'arrivais pas à écouter le rap new-yorkais où des boucles de quatre mesures étaient répétées. Déjà que je ne comprenais pas l'anglais, j'avais vraiment du mal à y trouver un intérêt. Ce sont des groupes comme le Wu-Tang qui sont arrivés avec des flows de dingues qui m'ont ouvert les yeux. Tout ça pour dire qu'on n'est pas fermé et qu'on écoute de tout. J'ai eu ma période Dirty South, électro, rock, pop…

R : On ne veut pas avoir d'étiquette. Avant de faire du rap, on fait de la musique et on essaye d'abord de développer une vraie atmosphère musicale.

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