Interview Dixon

Rappeur sombre mais souriant, jeune pousse qui ne manque pas de maturité, héritier de NTM et d'Ärsenik sans en être une pâle copie, Dixon se démarque nettement de la nouvelle vague de rappeurs français. Présentation d'un type dont on n'a pas fini de parler.

23/06/2011 | Propos recueillis par Mehdi

Interview : Dixon

Abcdr Du Son: Est-ce que tu peux te présenter brièvement pour les personnes qui n'auraient pas encore entendu parler de toi ?

Dixon : Dixon, je viens de Seine Saint-Denis et j'ai commencé le rap il y a un peu plus de dix ans. J'ai intégré pas mal de groupes et, au début, ça rappait uniquement pour le plaisir et le challenge. C'est toujours le cas aujourd'hui mais c'est fait de manière plus carrée. Le temps avance et tu te dis que tu aimerais partager ton rap avec plus de gens. Généralement, c'est un vrai défi parce qu'au départ, tu ne rappes qu'avec tes potes et ce que tu fais est forcément mortel. Le but du jeu était vraiment d'étendre ma musique et de voir ce que des inconnus pouvaient en penser. C'est une dimension supplémentaire et importante parce que tu vas être confronté à des gens qui n'ont pas d'a priori sur toi et qui peuvent livrer des critiques beaucoup plus acerbes.

A : Quand as-tu commencé à exposer ta musique à des inconnus ?

D : Ça a commencé principalement par le net. Quand tu as un Myspace, des gens peuvent venir sur ta page et donner leur avis. Ceci dit, au départ, il s'agit surtout de personnes qui t'aiment. Les vrais retours, positifs ou négatifs, vont arriver quand ton son commence à être disponible sur des sites comme le tien, sur Rapadonf, Booska-p etc. "Ah j'aime pas sa voix", "J'aime bien ce qu'il fait"... Tu commences vraiment à rentrer dans le vif du sujet. La transition se fait progressivement. Les gens qui me connaissent bien ont toujours dit que j'étais négatif mais je vois ça davantage comme du réalisme. J'aime bien voler au ras des pâquerettes pour ne pas me casser la gueule de haut [Sourire]. Ce que je veux dire par là c'est que je pense pouvoir apprendre de toute critique constructive. En revanche, j'ai passé l'âge de m'arrêter sur les insultes gratuites.

A : Tes textes sont toujours très travaillés. Comment t'es venu ce goût de l'écriture ? Fais-tu aussi partie de ces rappeurs qui étaient mauvais partout à l'école sauf en français ?

D : Pour être très honnête, j'étais moyen partout parce que je me faisais vraiment chier à l'époque. Par contre, l'amour des mots m'est venu assez tôt. Quand j'étais petit, ma mère me lisait des histoires avant de dormir et ça me passionnait de mettre en image des suites de mots. Dans ma tête, je mettais en scène toutes les histoires qu'elle me racontait. Ensuite, le rap m'a permis d'être introspectif et de me livrer un peu. C'était plus facile de parler de moi que d'aller faire des dissertations sur des types que je ne connaissais pas.

"Qu’est-ce qui a rendu la prestation d’Heath Ledger aussi immense dans The Dark Knight ? Il avait ses tics et ses mimiques qui ont donné une plus-value au personnage. J’essaye d’en faire autant dans la musique."

A : Tu dis que tu te livres mais moi j'ai le sentiment que, comme Nakk en son temps, tu te caches parfois derrière des textes assez techniques et blindés de métaphores...

D : Pour le moment, le but du jeu est de montrer un panel. J'ai écrit pour une mixtape et je ne voulais pas tout faire ressortir tout de suite. J'ai une histoire personnelle qui fait que je vis la musique comme une thérapie et je ne pouvais pas retracer tout mon parcours dès maintenant. Je préférais lancer quelques pistes aux gens. Mais c'est vrai que j'ai tendance à me retenir pour le moment et je sais que je me livrerai davantage avec le temps.

A : En même temps, tu te permets de vraies libertés au niveau de l'interprétation et n'hésite pas à chanter sur certains morceaux...

D : Musicalement, je pense que c'est très important de proposer un contenu varié. Quand t'as la même voix et le même flow sur vingt morceaux, je peux comprendre que les gens se fassent chier. En plus, on m'a dit que j'avais un grain de voix assez particulier. Au-delà de ça, je pense que c'est primordial de s'intéresser à l'interprétation quand tu veux développer un personnage, qu'il s'agisse de musique, de théâtre ou de n'importe quoi. Ça va tenir à des petits détails, des mots placés à certains moments qui vont construire le personnage. Je pense au Joker dans The Dark Knight. Qu'est-ce qui a rendu la prestation d'Heath Ledger aussi immense ? Il avait ses tics et ses mimiques qui ont donné une plus-value au personnage. J'essaye d'en faire autant dans la musique.

A : Quelle est ta situation avec Goldeneye ?

D : Je suis chez Goldeneye et on est signé en édition chez Because. Jusqu'à présent, tout ce qui a été fait a principalement été l'oeuvre de Goldeneye. Et Because se charge de la distribution. Tout le marketing se fait en petit comité et je pense que, pour le moment, c'est la meilleure solution. On fait notre petite cuisine et on peut tranquillement développer un personnage et proposer quelque chose de fini aux majors. En major, la moindre idée va prendre beaucoup plus de temps à se concrétiser.

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