Interview Djimi Finger

Homme de l'ombre brillant, Djimi Finger a ÚtÚ l'une des figures majeures de la production rap made in France, depuis Quelques Gouttes Suffisent jusqu'Ó Paradis AssassinÚ. Retour avec l'intÚressÚ sur son parcours, d'─rsenik Ó Diam's, du rap Ó ses nouvelles ambitions.

27/05/2011 | Propos recueillis par RaphaŰl

Interview : Djimi Finger

Abcdr Du Son : Comment est-ce que tu es venu à la production ?

Djimi Finger : Tu écoutes d'abord, tu kiffes ensuite, l'envie de participer vient d'elle-même. Tu achètes un peu de matos, et tu essaies des trucs. J'ai commencé le son vers 16 ans, en achetant un Atari ST 1040... C'est indescriptible aujourd'hui [Sourire]. Tu mets ça à côté d'un Apple dernier cri, c'est la préhistoire ! Après j'ai acheté un petit Mac à la con, ceux avec un petit écran et lecteur de disquette intégré. J'ai beaucoup changé de matériel au fil des années : boîte à rythmes, E-MU, MPC, toutes !

A : Quelles étaient tes premières productions sorties sur un projet ?

D : Mon premier titre sorti, bizarrement, c'était Faudel [l'album Baïda, sorti en 1997, ndlr]. Et ensuite c'était Ärsenik.

A : Comment as-tu rencontré les deux frangins ?

D : Je suis de Saint-Germain-en-Laye, mais ma sœur habitait à Villiers-le-Bel. Je bossais avec deux mecs, Pitchou et J.P., on avait un groupe. On était parti chez Monsieur DJ Desh, à Sarcelles. A l'époque il travaillait sur L'Art d'Utiliser son Savoir, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître [Sourire]. Là-bas, on avait écouté beaucoup de sons, et j'ai fait la connaissance des deux. Quelques temps plus tard, alors que j'étais au studio Alésia, dans le 14e, j'ai reçu un coup de fil de Calbo. "Allo, est-ce que je pourrais parler à Djimi ?" "Oui c'est moi." [Imitant la grosse voix caverneuse de Calbo] "Ouiiiii [Rires], t'es où ?" "Au studio, bouge pas j'arrive." Et voilà, c'était parti.

A : Suite à ça vous avez commencé à bosser immédiatement ?

D : Oui, c'était très rapide, on a vite essayé des choses. Quelques mois après ils commençaient un album, ils cherchaient des sons. Et là c'était parti : on a fait un, puis deux, puis trois morceaux. J'avais de la matière, des instrus déjà prêts, et d'autres qui sont venus pendant la création de l'album. J'étais très jeune à ce moment, à peine 20 ans. Je n'avais pas vraiment conscience qu'on faisait un album en fait, on faisait juste de la musique, des titres. Le morceau "Chrysanthèmes", par exemple, est né suite à un accident de voiture qu'ont eu Calbo et Lino, avec deux autres personnes dans la caisse, si je me rappelle bien. Ils en sont ressortis vivants... et là, "ça tient à rien la vie." On faisait tout comme ça venait. Il n'y avait pas ce système où tu fais un projet bien défini. Enfin pour moi non, mais de leur côté si, parce que leurs cerveaux étaient déjà en marche, ce sont des gens très créatifs. Gaëlino avait déjà une vision d'ensemble, c'est quelqu'un qui structure beaucoup. En fait, moi, pendant l'enregistrement de cet album, j'apprends. Je fais mon stage en entreprise, avec un contrat à la clé, mais ça, je ne le sais pas. Mon état d'esprit, c'était que je faisais de la musique, et qui vivra verra.

A : Mais tu avais déjà une discipline de travail de producteur à cette époque ?

D : Oui, exactement. Tu fais du son parce que tu kiffes faire ça, et que tu n'as que ça à faire je dirais même. En gros, à cette époque, il y a ceux qui trainent, ceux qui font du sport, et ceux qui font du son, mais on est très minoritaire. C'est un truc un peu obscur encore à cette époque là.

A : Tu devais être plongé dans les bacs à disques à cette époque, parce qu'il y a des samples de soul, de variété, de musiques de films...

D : Oui il y a de tout. Tu bouffes quoi, tout le temps. Et ce qui te parle, quand tu as le sentiment que tu peux faire un truc, tu prends.

A : Combien de temps ça a pris pour faire cet album ?

D : En terme de semaines ou de mois, ça devient compliqué de se souvenir. Mais ça a été très vite. Comme ils avaient une vision, ils savaient où ça allait.

"Avec Ärsenik, on faisait tout comme ça venait. Il n'y avait pas ce système où tu fais un projet bien défini. Enfin pour moi non, mais de leur côté si, parce que [...] ce sont des gens très créatifs."

A : Et toi, en tant que producteur, tu participais à la conception complète des morceaux ? Ou tu te contentais de simplement livrer des sons ?

D : Non non. Aujourd'hui, clairement, tu peux ne pas être en studio, mais avant c'était impensable. Tu travailles, tu arranges, tu structures ton son à mesure que le travail avec les deux rappeurs avance. Après, je ne m'immisçais pas dans les choses des grands [Rires]. Les lyrics, tout ça, je n'allais pas sur ce terrain. Comme je t'ai dit j'étais en stage, en apprentissage.

A : Tout le délire sur le film The Killer dans l'album, ça venait de qui ?

D : Lino. Il est un peu fou [Sourire]. Mais tous, on était de l'école Wu-Tang, Cuban Linx, 36 Chambers, tout ça.

A : C'est des albums qui t'ont inspiré à cette époque ?

D : Oui, entre autres choses. OutKast, ça tournait déjà, j'étais à fond dans leur délire che-lou [Sourire]. Après ça ne m'a pas forcément inspiré, mais tout ce que tu écoutes en général, tu avales, et ça a forcément une incidence sur ce que tu fais.

A : Avec le recul, en 2011, quel regard tu portes sur ces productions ?

D : Je t'avoue que je ne sais pas du tout, je n'écoute pas ce que je fais. Je ne suis pas nostalgique. Un jour il faudrait que je me fasse une session, si j'ai le temps [Sourire].

A : Et les retours des autres alors à l'époque ?

D : Il n'y a pas de retours spécifiques sur mon travail à moi. Le mot qui revient dans la bouche des gens c'est "classique". C'est un album qui a touché pas mal de gens, qui a eu un bon succès commercial aussi.

A : Au moment où vous enregistrez, tu te dis quand même que quelque chose est en train de se passer ?

D : Je me dis : "Ces mecs sont fous. Dans quelle matrice ils sont ?" Je crois qu'ils font partie de ces gens qui ont du talent, Lino en particulier. Je crois qu'ils l'ont démontré à ce moment là. Les types n'étaient pas beaucoup plus vieux que moi en plus : Calbo, 24 ou 25 ans, Lino 23.

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