Interview DJ Clyde

Quand on porte un regard sur le parcours de DJ Clyde, on pourrait croire que cette figure du hip-hop hexagonal a déjà eu plusieurs vies. Apparemment non. Retour en arrière et projection dans le futur - oui, que nous réserve-t-il ? - avec le principal intéressé. Où il est question des championnats DMC, d'Assassin et NTM, de Radio Nova, de Reggae Roots et de Rocca.

04/04/2011 | Propos recueillis par Bachir & SLurg

Interview : DJ Clyde

Abcdr Du Son : Tu as eu une période DMC à la fin des années 80, tu peux nous en parler ?

DJ Clyde : La période DMC était à l'époque un passage obligatoire. Quand on était un DJ hip-hop, la façon d'être reconnu c'était de passer par le DMC de Wilfried et de cartonner là-dedans. Ma première compétition, c'était à l'Élysée Montmartre en 1989 je crois. Je suis arrivé troisième avec Cut Killer, je m'étais un peu planté. Je ne me souviens plus de qui avait gagné, Crazy B était second et je crois que c'est Guetch de Sarcelles qui avait gagné. J'en garde vraiment un bon souvenir parce que c'était une époque de compétition, où pour être reconnu en tant que DJ il fallait faire ses preuves.

A : Quels étaient les DJ's qui t'impressionnaient à cette époque ?

C : En France il n'y avait pas beaucoup de DJ's. Il y avait Dee Nasty, DJ Max, DJ Kamel, DJ Jo, mais à part Dee Nasty personne ne m'impressionnait réellement au niveau français. Sur le plan international, c'était Cash Money, Jazzy Jeff, l'époque du transforming.

A : C'est à cette même période que tu intègres le groupe Assassin ?

C : C'est même à ce DMC là que je les ai rencontrés pour la première fois, où ils avaient bien aimé ma performance. Joey et Solo étaient venus me voir, c'était la période du collectif NTM Assassin, c'étaient les mecs les plus en places, le crew le plus sérieux et le plus organisé. Donc ça m'a vraiment intéressé de rejoindre Solo et Squat.

A : Quel était ton rôle au sein du groupe et au moment où sort le EP Note mon nom sur ta liste ?

C : Ce qu'il faut savoir c'est qu'à ce moment là, aucun groupe ne sortait de maxi, il y a juste eu le projet Rapattitude. Solo et Squat vivaient à New York, ils faisaient des allers-retours et étaient en contacts avec Benny de Label Noir. C'est comme ça que j'ai pu poser mes premiers scratchs sur vinyle. C'était sur "La Formule secrète". Après Rapattitude, le groupe s'est élargi, comme Solo habitait sur New York, Squat a fait appel à un mec qui composait, Doctor L. Comme moi je ne manipulais pas encore les sampleurs et tous les appareils, il était au contrôle. Moi j'apportais des samples et toutes les nuits on travaillait sur des démos, et c'est de là qu'est né le maxi Note mon nom sur ta liste.

A : Il s'est passé un certain temps entre Rapattitude et la sortie du maxi, à une période où tous les groupes signaient. Vous, vous avez mis plus de temps, pourquoi ? Ça a été une expérience positive ?

C : Il n'y avait pas tant de groupes qui signaient à ce moment là c'est venu après, et signer chez Remark Records c'était une bonne expérience. Ça m'a permis de travailler dans des grands studios professionnels, avec un gros son, des ingénieurs du son, des mixeurs, des masterings, pour moi c'est vraiment le début.

A : Quel regard portes-tu sur ce maxi ?

C : Quand je le réécoute je trouve qu'il a un peu vieilli quand même, je ne dirais pas que c'est un maxi classique. On était dans les premiers c'est vrai, mais je le trouve en dessous de ce que pouvait être un maxi comme Le monde de demain par exemple ou même les premières productions d'IAM.

A : En 1993 sort Le futur que nous réserve-t-il ? et c'est à cette même période que tu quittes le groupe, quelles étaient les raisons de ce départ ?

C : J'avais envie de faire autre chose, j'avais d'autres projets, je travaillais avec Sista B et je commençais à faire mes propres sons.

"Quand je réécoute le maxi Note mon Nom sur ta Liste, je trouve que ça a un peu vieilli quand même, je ne dirais pas que c'est un maxi classique. "

A : As-tu après cela suivi les carrières respectives de Solo et Squat ?

C : Oui et avec Internet c'est encore plus facile, donc je suis au courant de ce qu'ils font. Chacun a suivi son chemin, Squat est resté fidèle à ses convictions et à la route qu'il avait envie de prendre. Solo c'est quelqu'un de très ouvert musicalement tant dans la house, la funk que le hip-hop, et je pense qu'il a eu besoin d'exprimer cela à travers ses sets.

A : Ils ont refait des dates récemment, est-ce qu'ils t'ont contacté ?

C : Non, j'étais en Guadeloupe à ce moment là.

A : Tu as aussi collaboré sur l'album de Titi et Nobru - choriste des Bérurier noir et un membre de Ludwig Von 88 devenu par la suite Sergent Garcia - comment s'est faite la collaboration ?

C : Vous êtes partis chercher loin là ! [Rires] C'est au moment où les groupes de rock commençaient à ne plus trop vendre et à être un peu dépassés, donc ils se sont tournés vers la musique black. Ce qu'il faut savoir, c'est que moi j'écoutais aussi pas mal de rock, du hard rock, du heavy metal, donc ça me disait aussi de poser des scratchs sur des morceaux rock. C'était une nouvelle expérience, on répétait, je proposais des scratchs. Ça non plus ça n'est pas un disque qui restera dans la légende [Rires].

A : Après la période Assassin tu rejoins les NTM sur scène dans un premier temps, puis en tant que producteur. Comment s'est faite cette transition ?

C : Ça s'est fait naturellement car quand j'ai rejoint Assassin, les deux groupes étaient toujours ensemble, donc on se connaissait très bien. Ils avaient besoin d'un DJ et moi j'étais libre et j'avais des productions. Kool Shen m'a demandé des productions. Il y en avait qu'il aimait et qu'il voulait. Par exemple le "Tout n'est pas si facile" était une prod' que j'avais faite pour Sista B, qui avait déjà posé dessus, le morceau s'appelait "Le temps passe". Je ne voulais pas donner cet instru là vu qu'il appartenait à quelqu'un et que je suis fidèle en musique. Kool Shen a beaucoup insisté et donc au final je lui ai lâché, vu que je ne travaillais plus avec Sista B.

A : Des souvenirs sur l'élaboration de cet album Paris sous les bombes ?

C : C'est la première fois que j'ai pu faire mixer mes morceaux par des américains, par Greg Mann qui est un mixeur de haut niveau, qui a travaillé avec Black Sheep et sur plein d'autres hits new-yorkais. C'était une façon pour moi d'optimiser mes productions de façon professionnelle et c'était très intéressant.

A : Vu que tu parles des américains, sur Paris sous les bombes et même après sur l'album d'Afro Jazz tu as partagé des productions avec des grands noms, comment tu vivais cela ? C'était un défi ?

C : J'ai beaucoup appris pendant cette période-là, j'ai pu voir comment eux ils travaillaient, comme ils envoyaient leurs bandes directement, sur la console je regardais piste par piste, tranche par tranche, les sons qu'ils utilisaient, la façon dont ils loopaient, le genre de sample, comment ils les structuraient. J'ai beaucoup appris avec LG Experience, ça m'a permis de progresser et je n'étais pas dans une compétition vu qu'ils étaient bien au-dessus de moi, nettement supérieurs.

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