Interview Ol Kainry

Sorte d’éternel rookie, Ol Kainry vient, mine de rien, de sortir son quatrième projet solo. Vaste cour de récréation dans laquelle le Demolition man croise le micro avec un large échantillon du rap hexagonal, Iron Mic est sans doute son disque le plus abouti. Interview totalement au max.

14/01/2011 | Propos recueillis par Mehdi

Interview : Ol Kainry

Statut bizarre que celui d'Ol Kainry, rappeur coincé entre deux générations, qui était encore un rookie plein d'ambitions à une époque où le rap français collectionnait les disques d'ors et qui, dix ans plus tard, ne fait pas tout à fait figure d'ancien. Plus que jamais, Mister Ol est notre Jadakiss national : tonitruant en featurings, capable d'éclipser les rappeurs hexagonaux les plus incisifs sur leurs propres projets, il n'a jamais totalement convaincu en solo. La preuve : son projet le plus respecté à ce jour est sans aucun doute l'album commun sorti avec Dany Dan.
Pour ces raisons, Iron Mic 2.0 et son statut bâtard arrive à point nommé. Comme Jadakiss, Ol kainry n'est jamais aussi bon que quand il s'autorise à rapper sur tout et n'importe quoi 4 minutes durant. Beaucoup plus à l'aise lorsqu'il se permet de laisser exploser sa folie, les morceaux à thèmes l'enferment dans un schéma trop étroit pour ses épaules bodybuildées. Le public réclamait plus de featurings et moins de morceaux à thèmes ? C'est ce que Freddy se propose de leur donner.
Quand Booba et Rohff font tout à l'américaine (du mixage aux featurings), Ol Kainry, le plus Yankee des rappeurs français, sort paradoxalement un projet bien de chez nous. Rappelant une époque qui paraît déjà révolue où bon nombre de streets-CD de qualité sortaient chaque année, Iron Mic 2.0 surprend et fait du bien.
Lorsqu'on avait rencontré le rappeur,  son disque s'appelait encore Iron Mic , il devait se limiter à un CD simple et “Sexy legging” figurait sur le tracklisting. Une polémique impliquant Christian Louboutin et un report de projet plus tard, le quatrième projet solo d'Ol Kainry est enfin dans les bacs. L'occasion pour nous de publier l'entretien que nous avions réalisé avec Ol Kainry au mois de septembre dernier.


Abcdr Du Son : Dans quel état d'esprit es-tu avant la sortie de ce nouveau disque ?

Ol Kainry : Je suis content d'avoir fini le projet et assez impatient de voir l'accueil du public. Je suis sûr de moi et de ce que j'ai accompli. Après, je suis dans un délire “à prendre ou à laisser”. Si tu kiffes, tant mieux et si tu n'aimes pas, tu iras écouter quelqu'un d'autre. Tout simplement. Je suis assez tranquille par rapport à tout ça.

A : Est-ce qu'on peut clarifier un peu le statut de ce disque : quatrième album ou street-CD ? Est-ce que tu crois que ça a encore du sens de marquer une différence entre les albums et les streets-CD ?

O : C'est une sorte d'album. En tout cas, l'énergie qui a été mise est celle d'un album. Certes, il ne s'agit pas d'un album solo puisqu'il y a énormément de collaborations mais on peut qualifier ça d'album conceptuel. C'est pas une street-tape, c'est pas un street-album... Tout a été fait au max, comme sur un album. Au départ, j'étais sur un album solo qui m'a vite saoulé. Je l'ai mis en stand-by parce que j'avais envie de faire autre chose. J'ai eu l'idée de faire Iron Mic il y un exactement un an. C'est vers fin août-deput septembre 2009 qu'on a fait le premier feat.

A : Tu disais qu'il y avait un nombre important de featurings sur ce disque. Comment est venu l'envie de croiser le micro avec autant de rappeurs différents ?

O : J'ai aussi fait ce projet pour répondre aux gens qui n'arrêtaient pas de me dire que j'étais enfermé dans mon 9.1 à toujours collaborer avec les mêmes personnes. Je me suis dit que j'allais faire un projet qui allait correspondre aux attentes du public. Je suis ouvert à toutes les critiques et j'écoute les gens quand ils me disent qu'ils aimeraient bien m'entendre avec untel, qu'ils me demandent pourquoi je n'ai pas fait de morceau avec un autre... Au lieu de continuer à jouer le sauvage du 9.1, j'ai voulu sortir un projet qui montrait que je pouvais me mélanger au rap game.

A : Pourtant tu as été présent sur de nombreuses compilations, tu as fait Facteur X, le projet avec Dany Dan...On ne peut pas dire que tu as été avare en collaborations extérieures.

O : Ouais mais il s'agissait toujours de personnes appartenant plus ou moins au même cercle. Là, je voulais vraiment associer mes qualités à celles de tous les autres, ne pas hésiter à aller dans leurs délires etc. C'est pour ça qu'il y a autant de collaborations et ça me plaît de devoir me surpasser, de kicker avec quelqu'un, d'avoir une émulation en studio... Je suis fan des compilations de DJ Khaled qui réunissent toujours plusieurs MC's qui sont vraiment là pour se dépasser à chaque fois. C'est ce que j'ai voulu faire avec Iron Mic.

"J’ai fait ce projet pour répondre aux gens qui n’arrêtaient pas de me dire que j’étais enfermé dans mon 9.1 à toujours collaborer avec les mêmes personnes."

A : Est-ce que tu rêves de collaborer avec un artiste en particulier ?

O : Franchement, ça concernerait surtout des chanteuses... Alicia Keys, ce serait pas mal. Ce serait un gros délire de rapper mon couplet et de la voir enchaîner le refrain juste derrière moi... Totalement le zizi dur ! [rires]

A : Sur tes projets, il y a toujours un visuel assez fort et travaillé. Le précédent comportait des références cinématographiques et celui-ci s'inspire directement de Mike Tyson. C'est quelqu'un qui t'inspire ?

O : Ouais, je suis totalement fan. Je me rappelle de ses anciens combats quand j'étais petit et, pour moi, il a dépassé le statut de sportif. C'est un artiste. Même si ça a été plus compliqué sur la fin, je ne garde que le meilleur. J'aime conceptualiser tout ce que je fais et, comme il s'agit un projet plein de pêche, j'ai choisi de l'intituler Iron Mic. En plus, il y avait le jeu de mot “Mike/Mic” qui rajoutait un petit délire. Comme je pratique aussi la boxe en loisirs, c'était un bon moyen de tout mélanger et de donner un bon aperçu de ma personnalité.

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