Interview Steus

Début 2003, le label Folistar sort le projet "Mémoires vives", album réalisé par les concepteurs du groupe Steus, et enregistré au Studio Folimer (14e arrondissement de Paris). Le tracklisting des rappeurs est assez intriguant et la ligne directrice alléchante.

15/05/2003 | Propos recueillis par Aspeum

Interview : SteusL'écoute des morceaux confirme cet a priori positif : "Mémoires vives" est un projet à part, et rondement bien mené. Loin d'être contraints par un thème qui aurait pu devenir redondant, les invités brillent par la diversité de leurs approches, tant au niveau du flow que du texte (schizophrénie enfouie, évocation futuriste, symptômes d'amnésie, souvenirs d'enfance faussement anodins, quête de l'origine généalogique d'un nom, etc.). En contrepartie, ce sont les instrus qui servent de ciment au tout, comblant la faiblesse de certaines prestations. Petit entretien avec Quatro, Vgtah et 5Kièm, tous trois à l'origine du projet.

Abcdr : Quelle est la composition de Steus ? Et d'où viennent vos pseudos ?

Vgtah : Il y a trois mc's à la base. LAO, 5Kièm et moi-même Vgtah. Ensuite, il y a Gaspoux, Quatro et Dj Laize, qui est aussi devenu concepteur. Quatro fait partie du groupe de graffiti STS : il est concepteur, ingénieur et infographiste. Quatro, ça vient de Katre, son nom de graffeur, il a pris ce chiffre pour les lettres facilement enchaînables en tag. Et ça vient aussi du fait que LAO tagguait toujours Four car dans tous les disques de rap cainri, il y avait "for" dans les dédicaces : comme ça, il se trouvait ainsi cité dans tous les disques de rap [rires]. 5Kièm est un des mc's de Steus ; il est devenu ingénieur en chef de l'équipe. Même s'il est peu présent sur "Mémoires vives", c'est un excellent concepteur. Avant, il s'appelait Kaliméro, mais sachant que ce blaze était pris par un grand reggae man, il a choisi de rendre hommage à un de ses rappeurs préférés, Phife Dawg. Gaspoux, lui aussi issu de STS, est concepteur, graphiste et webmaster, son pseudo vient de son prénom. Quant à moi, je suis mc, concepteur et je fais pas mal de vidéo. Vgtah vient de ma coupe de cheveux, c'est Chrisfunk, un DJ de mon quartier, qui m'a fait découvrir l'essentiel du rap, qui ma appelé comme ça ; il était passionné par le manga comme moi, j'ai samplé tous mes cassettes vidéos et j'ai 40 instrus avec que des samples de Dragon Ball Z qui dorment. Avant, je m'appelais Jamer, de mon nom de taggueur Jam, tiré du duel Michael Jackson / Michael Jordan, mes idoles de quand j'étais jeune. LAO est en retrait, pour ses études.

A : Pouvez-vous expliquer ce que sont ces ateliers que vous évoquiez ?

Quatro : L'association Steus, dont le local est situé au studio Folimer, s'occupe d'ateliers destinés à des jeunes : dj, musique assistée par ordinateur, chant, vidéo, graffiti, présentation assistée par ordinateur. Ca touche des jeunes de 14 à 20 ans. Le but est de les initier à tous ces aspects.

A : Pouvez-vous retracer votre passé discographique ?

5Kièm : Alors, en 97, sortie du premier maxi de Steus, hip hop house. En 99, sortie du second maxi. Ensuite, apparition sur la compile "Un bon son ne meurt jamais" et sur la mixtape "Rimslander".

V : Le premier maxi a été distribué par Opensound, qui est devenu le label Missive ; ils nous ont permis de pas trop perdre d'argent. Sur "La colère du peuple", de Shégué, il y avait trois morceaux de mon album dessus, pareil pour 'Darkside'. Il y a une mixtape, mise au point par Oth, qui sort avec IAM, Samm, Chiens de Paille, Homicide volontaire, Nid de serpent, Krome, Kappa et des morceaux de Fuga et moi. On a fait très peu de trucs, notre style n'était pas académiquement aimé. Et enfin, "Mémoires vives", album des concepteurs de l'équipe Steus.

A : Quelle structure produit cet album ?

V : Un label indépendant du nom de Folistar. On avait déjà sorti un single house, qui n'a pas trop bien marché, sous ce label. Mais c'est le premier gros produit, avec toute une démarche de qualité artistique, sur les plans de l'enregistrement, du mixage et de la promotion.

A : Juste histoire d'en finir avec les confusions, à quoi correspondent les entités Folimer, Folistar, Kameha Production, Steus ?

V : Folimer est le nom du studio. A la base, on est un groupe de six : un groupe de rap et trois concepteurs. On avait deux home-studios, qui tournaient de chambre en chambre. L'un s'appelait Four Productions, et était chez Quatro, l'autre était rue de la Folimericourt, chez Gaspoux. On a donc monté le studio Folimer à Montreuil, en reprenant le nom. Folistar, c'est le label indépendant, qui a une structure de SARL. Folimer est la machine de travail de Folistar. La même équipe compose les deux structures, mais légalement et dans l'esprit, ce sont deux choses différentes. Le studio, ainsi que les ateliers, sont associatifs, tandis que la démarche de Folistar est celle d'un label indépendant, c'est-à-dire de rendre visible des produits. Kameha, c'est mon cri de guerre.

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