Interview Fifou

A l'origine de quelques-unes des pochettes les plus marquantes de ces dix dernières années, Fifou s'est progressivement construit un nom jusqu'à devenir un personnage incontournable du rap français. Rencontre avec un boulimique de travail qui a encore des projets d'envergure dans les starting blocks.

19/09/2010 | Propos recueillis par Mehdi

Interview : Fifou

Abcdrduson : Commençons par le commencement : qui est Fifou ?

Fifou : Alors qui est Fifou… Je suis graphiste même si le terme employé en ce moment c’est photographiste, beaucoup de personnes se présentent ainsi. Ceci dit, en dehors des pochettes et de tout le travail que je fais dans la musique, je suis aussi dessinateur et je travaille sur de nombreux projets dans l’audiovisuel.

A : Tu as intégré le milieu rap en bossant pour Radikal et Tracklist. Comment ça se passait dans le milieu de la presse ? C'était ton premier contact avec le rap ?

F : Mon premier contact avec le rap remonte à l’époque où j’étais animateur dans une radio hip-hop locale, Vallée Fm, où DJ Mars de Time Bomb avait sa propre émission. J’étais encore au lycée, donc j'observais les freestyles et les interviews avec les yeux qui brillaient [rires]. Je me souviens d'un freestyle de la Brigade et des 2Bal qui avait duré plus de 20 minutes… Je me baladais avec mon carton à dessins et mes carnets de croquis afin de leur montrer… j'étais un fan assumé [rires]

A : Comment as-tu intégré ces magazines ?

F : A côté de cela, j'étudiais à mon école d’arts appliqués (ENSAAMA) et en tant qu’étudiant, il fallait que je trouve un stage. Mon pote Bob de générations m'a alors présenté à Philippe Caubit, l'ex directeur artistique du magazine Radikal. Après avoir vu mes dessins, il m'a rapidement pris en stage. A ce moment précis, je n'avais jamais touché aux logiciels Photoshop et Illustrator… Je n'avais pas de base du tout, mais malgré cela, Philippe me donnait des "devoirs" à faire [rires]. En deux mois j'ai donc appris a maquetter un magazine et surtout à manier le fameux Photoshop. Ensuite dans Radikal j'ai intégré l'équipe en dehors de mon stage puisque j'y réalisais des illustrations. Philippe Caubit étant devenu un ami, on a continué à collaborer ensemble sur son magazine "Tyler" - entre autre sur des illustrations pour des campagnes Footlocker. Puis, petit à petit, j'ai intégré d'autres équipes de presse comme celle de The Source et Tracklist. C'est là que j'ai vraiment découvert le monde de la presse…Être toujours dans le rush! [rires] Mais bon, je n'ai que des bons souvenirs de cette période. Big up a David Dancre, Leila Lkj, kiki, Nanou, et Hi-Tekk de la Caution.

"Pour moi un photographe mange et vit pour la photo. Moi je me sens plus graphiste et directeur artistique."

A : Ta formation première c’est graphiste ?

F : J'ai eu la chance d'intégrer une grande école, dans laquelle j'ai pu toucher à tout : modelage, sculpture, peinture, design de produit... Mais ma formation sur "papier" est un BTS de communication visuelle. On t'apprend à réfléchir sur toute forme de communication, que ce soit en édition ou en publicité. On apprend alors le développement marketing d'un produit et sa mise en avant visuelle. L'école c'est beaucoup de théorie mais il me manquait la pratique. En dehors des cours, je travaillais déjà avec pas mal d'artistes, ce qui m'a permis d'être plus complet.

A : Comment est-ce que tu t’es mis à la photo ?

F : La photo part d’une grande improvisation. J’ai toujours été attiré par la photo sans pour autant m’imaginer photographe. Ce déclic, je le dois à un ami photographe, Christophe Gstalder, de 24 ans mon ainé. Je devais avoir 20 ans, j'étais avec l'équipe de Joey Starr à l'hôtel Costes et j'ai rencontré ce gars. Son book photo était impressionnant : On passait de Enrique Iglesias à Robert de Niro, de Marcello Mastroianni à Mickey Rourke…Bluffant. J'ai alors bossé avec lui sur des directions artistiques de projets musicaux et d'édition.

A : C’est une sorte de mentor pour toi ?

F : Complètement ! C'est une époque où j'étais H24 avec lui. Sa vie était à l'image de son art : folle, explosive, aérienne… Un vrai artiste. Tu ouvrais le frigo, il y avait des tonnes de pellicules photos, le salon était rempli de tirages argentiques… Je l'ai beaucoup observé et assisté durant ses shootings photos…quand je shoote aujourd'hui, je fais pratiquement les mêmes gestes que lui [rires]. C'est aussi en ayant vu tout ça que je ne me suis jamais donné le statut de photographe. Pour moi un photographe mange et vit pour la photo. Moi je me sens plus graphiste et directeur artistique.

A : Est-ce que tu es passé par la case graffiti comme d’autres graphistes ?

F : J’ai traîné avec des équipes de graffeurs mais j’étais plus attiré par la peinture, c’est ça qui me faisait kiffer. J’ai plutôt une culture de BD, de mangas, de comics, que de graffiti.

A : En tant qu’artiste, est-ce que tu as envie de revenir vers tes premières amours et notamment la BD ?

F : Complètement. Mais je n'ai jamais lâché cette passion. En 2006 j'ai monté avec trois associés, une société de production dans l'audiovisuel : Bazookos. Les projets y sont divers et variés mais ont tout un point commun : le dessin. C'est un travail d'acharnés mais excitant. On prépare quatre gros projets d'animation, en partenariat avec d'autres boites de prod et chaines TV. Le plus connu et plus vieux de mes projets est Baby HipHop, crée avec mon ami Clark en 2005. On travaille sur la série et un nouvel album international. 2011 va être rempli d'aller-retours aux US [rires].
Sinon le projet le plus abouti que je prépare est un livre d'illustrations sur l'univers du Gangsta Rap Californien : Comptoonz. Ce livre co-créé avec Chino Brown verra le jour en 2011.

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