Interview Nicolas Capus

Formé à l'école Tous des K, Nicolas Capus a appris le métier de clippeur auprès d'IAM et Psy 4 de la Rime. Début 2010, il a signé 'Le Mic'pour le jeune rappeur marseillais N'Or. Un clip original et étonnant, réalisé avec une technologie de pointe : le système D. Making-of.

16/05/2010 | Propos recueillis par JB

Interview : Nicolas Capus

Abcdr du Son : Quel est ton parcours ?

Nicolas : Le vrai commencement, c'est une caméra que mes parents m'ont filé quand j'avais 14 ans. Avec, j'ai pu faire des parodies de films d'horreur. On vidait le frigo de ma mère – et les bouteilles de ketchup – pour tourner des films gore. Suite à ça, j'ai suivi des cours d'audiovisuel au lycée et la fac, mais ça m'a un peu sclérosé. L'enseignement audiovisuel passait surtout par l'analyse – ce qui est bien – mais c'est l'opposé de la création. Si on t'apprend trop de choses, tu ne les fais pas.

A : Qu'est-ce qui t'a donné envie ? Des cinéastes, des films ?

N : Il y a un film : "Evil Dead" de Sam Raimi. Le mec avait 22 ans quand il l'a réalisé. Il avait des acteurs très mauvais et il n'avait pas de monstres, mais il avait une caméra. C'est un peu comme "Les dents de la mer" où la vue subjective compense l'absence du requin : tout doit passer par la caméra. Si l'acteur est mauvais, il suffit de faire un traveling avant sur sa tronche pour montrer sa peur. Quand j'ai vu ce film avec mes potes, on est descendu, on a pris mon caméscope et on n'a pas arrêté de faire des "Evid Dead" 1, 2, 3, 4, 5… J'étais maquillé au feutre et à la farine, mes potes crachaient du ketchup… Dans un premier temps, c'est la manière de filmer qui m'a plu. Tout ce qui était formel. Un esprit très proche du clip d'ailleurs…

A : Justement, tu as commencé à tourner des clips à quelle période ?

N : Mon premier clip, j'avais 23 ans. C'était pour un groupe aixois, assez basique. Ça ne s'était pas très bien passé. Le jour où j'ai fait ce clip, je me souviens d'un détail : je devais faire un plan large devant un bloc. Moi, je ne connaissais rien à la mentalité rap et j'avais foutu des détritus sur le sol pour créer du mouvement. Il fallait des formes car la scène était vachement aride. Les deux rappeurs ont tout enlevé en disant "Nan nan, on en veut pas". Là, je me suis dit "Ouh putain, je vais en chier pendant ma carrière".

A : Ça s'est arrangé depuis ?

N : Ouais, la rencontre avec N'Or, je l'attendais depuis ce moment là ! Ça a valu le coup de faire des clips dans lesquels je ne me retrouvais pas forcément pour arriver à rencontre des mecs aussi ouverts que N'Or. Et aussi courageux. Sur le premier clip, on était allé en douceur mais c'était déjà bien barré : c'était un clip style "Fantôme de l'Opéra". Ce n'est pas évident pour un rappeur de se maquiller en monstre et de se faire enchaîné !

A : J'ai découvert ton portfolio, et j'ai vu que tu avais aussi signé pas mal de clips pour des artistes connus…

N : Oui. A la suite de mes premières expériences qui ne s'était pas très bien passées, j'ai fait un ultime clip pour des mecs d'Aix. Le clip s'appelait "Danse avec les loups", le groupe Xtaz. J'avais essayé de faire un truc à la Busta Rhymes. Le clip est assez… comment dire… tragique. Ça a été une horreur pour moi. J'avais demandé à tellement de gens de participer. J'avais voulu faire un péplum sans savoir comment faire un clip. A la fin du premier soir, j'ai pas dormi, j'étais dégouté de mon travail. Le tournage a duré un mois. A la fin, j'étais prêt à renoncer. Trop dur. Et là, les mecs de Tous des K m'ont appelé pour me proposer de faire un making-of. Inutile de te dire que le nom "Tous des K", je le connaissais : les pochettes de "L'école du micro d'argent", "Métèque et mat", c'est des images sur lesquelles j'avais bloqué. J'ai donc accepté, puis j'ai enchaîné : j'ai fait 'L'encre de nos plumes' pour Chiens de Paille et Oxmo, deux/trois clips d'IAM, Psy 4 de la Rime… En tant que co-réalisateur avec Didier D. Daarwin, j'ai fait tous les Soprano : celui au Vélodrome, 'A la bien', l'autre clip tourné au Maroc… C'était des méchantes expériences. Le mec est trop bon, la manière de bosser m'a plu, ça a vraiment été l'âge d'or pour moi.

A : J'imagine que tu as du beaucoup apprendre avec Tous des K…

N : Ça a été une putain d'expérience, mais à la fin je ne m'y retrouvais plus trop. Je ne veux pas cracher dans la soupe, mais sur certains clips, je n'en pouvais plus. Je trouvais qu'on ne proposait pas assez. Quand j'avais écouté "Enfants de la lune" des Psy 4, j'avais imaginé un clip pour chaque chanson. Mais nous, on ne proposait même pas aux clients des visions alternatives. Pour moi, les clips des Psy4, époque "Enfants de la lune", ils n'ont rien à voir avec la pochette qui était trop belle. Il y avait une manière trop industrielle d'enchaîner les clips. A la fin, je ne m'amusais plus trop. J'avais envie d'expérimenter un peu, prendre des risques, redécouvrir le métier…

A : Et cette redécouverte, tu as pu la faire grâce à N'Or ?

N : C'est clair et net, ça a été un tournant. J'avais assez chopé d'expérience avec Tous des K pour m'économiser – quoique, sur 'Le Mic', je suis reparti en couilles, ça m'a rappelé le 'Danse avec les loups'. Tu as trop d'idées et tu te dis "Oh putain, comment on va concrétiser ça ? La deuxième guerre mondiale, à Marseille ? Avec trois soldats et deux mecs qui font du paintball ?". C'est pas évident. N'Or est entouré de gens extraordinaires. T'imagine bien qu'ils n'ont pas de thune. Je leur ai expliqué que mon boulot était de balancer des idées, filmer et faire le montage mais c'était eux qui devaient mettre à disposition décor et accessoires devant la caméra. Et tu vois le résultat, il y a des très bonnes choses à l'image. Beaucoup de débrouillardise aussi.

A : Ça coûte combien un clip comme ça ?

N : Environ 7000/8000 euros. On a déplacé des montagnes.

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