Interview Taipan

Lorsqu'on l'avait rencontré en 2005, Taipan commençait tout juste à penser à son premier album. Cinq ans plus tard, la moitié de Taichi sort "Je vous aime", un disque atypique et radicalement différent de ce à quoi il nous avait habitué ces derniers temps. Rencontre avec un rappeur qui sait ce qu'il veut.

09/05/2010 | Propos recueillis par Mehdi

Interview : Taipan

Abcdrduson : Ton album était annoncé depuis un moment. Qu'est ce qu'il s'est passé depuis tout ce temps et quelles ont été les différentes étapes de création ?

Taipan : J'ai commencé l'album au moment où Céhashi a signé chez Warner. Il a été pris par cette affaire donc j'ai commencé l'album de mon côté avec des prods faites par mes soins et mon gars Homemade qui a d'ailleurs enregistré l'album à Bruxelles. Chez Warner, Céhashi donnait énormément de prods mais il a pas mal été freiné par le fait que ses instrus contenaient beaucoup de samples. En l'espace de 1 an et demi/2 ans, il a dû filer près de 400/500 prods sans que ça ait vraiment donné quelque chose... Ca l'a un peu dégouté. Quand j'ai fini cette première version de l'album qui ne contenait qu'une ou deux prods de Céhashi, il est revenu me voir en me disant qu'il aimait bien le travail qui avait été fait, que les textes étaient bons mais qu'on manquait un peu de sa maîtrise. Etant un peu lassé de la tournure que les choses avaient prises chez Warner, il m'a proposé de reprendre les morceaux de A à Z. Ensuite, on a fait une deuxième version de l'album ensemble. Et de ce point là, on est encore reparti à zéro pour aboutir sur une troisième version qui est l'album qui sortira le 8 mai.

A : Pour quelles raisons êtes vous repartis sur une troisième version ?

T : Comme je te disais, les prods de la première version n'avaient pas le niveau à côté de ce que pouvait faire Céhashi. Ensuite, quand Céhashi est arrivé, on s'est retrouvé dans la même situation que les femmes accrocs de chirurgie esthétique : elles commencent par se faire refaire les nichons, ensuite le cul, le visage... C'est un cycle sans fin et on est un peu tombé dans ce piège. A un moment, on s'est arrêté en acceptant l'idée qu'il était toujours possible de faire mieux et qu'il fallait maintenant sortir cet album.
Le mauvais côté c'est que l'album a mis 4 ans à sortir et donc que certains textes ont 4 ans. Le bon côté c'est que les prods sont très fraîches.

A : Justement, tu nous dis que certains textes ne sont pas récents. Est-ce qu'un texte comme 'Viens-là mon frère' était quelque chose que tu gardais au chaud depuis longtemps ?

T : C'est le dernier morceau qui a été écrit sur l'album et il découle vraiment d'une rencontre avec un pote que je n'avais pas vu depuis des années. Ca n'était pas du tout quelque chose de calculé depuis longtemps. J'ai revu un pote qui s'était un peu fait bouffé par la vie. Ca m'a trotté dans la tête pendant quelques jours et j'ai lâché ce texte. Tu revois cette personne et tu reparles de tous les gens que t'as connu, de ce que tu as fait de ta vie, de ce qu'il a fait de la sienne... J'ai vraiment essayé de retranscrire cette ambiance de retrouvailles. Tu comprends aussi pourquoi t'as perdu de vue ce gars. Quand tu es gosse, tu ne choisis pas tes potes et tu prends les premiers qui arrivent. En grandissant, c'est un peu différent et les chemins se séparent... Voilà, il n'y avait pas de calcul avec ce morceau.

"Pour le simple aspect de la liberté artistique, je n'échangerais pas deux barils de major contre un baril de LZO."

A : Que vont devenir les morceaux des anciennes versions de l'album ?

T : En fait, il n'y a quasiment jamais eu de morceaux jetés... Il s'agissait des mêmes morceaux qu'on a retravaillé à chaque fois. Les quelques morceaux qu'on a jeté, on l'a fait sans aucun regrets et il y a très peu de chances qu'ils sortent. Par exemple, j'avais fait un morceau super léger qui s'appelle 'Welcome back' en collaboration avec un chanteur de soul. Quand t'écoutes le morceau, on a le sentiment que c'est moi qui suis en featuring puisque je ne lâche qu'un 16... C'était pas logique de le mettre sur l'album. Au niveau du thème, ça parlait du retour de l'été, des barbecues...C'était un peu trop léger. A chaque fois, il s'agissait soit de choses trop légères, soit de choses trop faiblardes.

A : Aujourd'hui, tu es signé chez LZO. De quelle manière as-tu rencontré Lartizan et es devenu un des membres du label ?

T : Après la deuxième version de l'album, je me suis dit que j'allais essayer de démarcher des labels. Parmi les différentes personnes rencontrées, c'est Lartizan qui s'est montré le plus motivé et disponible pour sortir le projet. On se connaissait rapidement via Skeezo de Nancy qui bosse beaucoup avec Rachid Wallas. Après ce premier contact, je suis allé le voir et il a été emballé.

A : Tu es satisfait d'être en indépendant aujourd'hui ? Ca te semble être la bonne situation ?

T : Je ne pense pas qu'il y ait de situation idéale. Un mec qui serait en maison de disques aura plein d'avantages dus au fait qu'il aura une grosse machine derrière lui, l'accès à plusieurs médias, un budget pour concrétiser des idées... Le revers de la médaille sera sûrement une certaine réduction de ta liberté artistique. Lartizan ne m'a jamais dit "ah non, ça il ne faut pas le dire, c'est pas bien". J'apprécie cette liberté et cette absence de calcul même si tu peux regretter de ne pas avoir accès à certaines machines qui te permettraient d'être connu beaucoup plus rapidement. Deux jours après avoir fait le concours Orelsan et être passé sur Skyrock, c'était la folie sur mon Myspace. Ces dix minutes d'antenne vont avoir plus d'impact que des mois d'effort sur des canaux moins exposés.
Ceci dit, pour le simple aspect de la liberté artistique, je n'échangerais pas deux barils de major contre un baril de LZO.

A : Par rapport à ce concours du remix de 'No life' avec Orelsan, tu as senti que c'est quelque chose qui t'a ouvert des portes et ramené du monde ?

T : Grave. Tu touches 3 millions d'auditeurs en l'espace de 10 minutes, fatalement les gens s'intéressent à toi. Si tu es à côté du rappeur qui le buzz en ce moment, c'est que forcément tu dois avoir un petit truc. Ca appâte le chaland.

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