Interview Sean C & LV

Fort d’un passif bien chargé, le duo Sean C & LV - plus connu en tant que Grind Music – figure aujourd’hui parmi le gotha des producteurs recherchés. 2009 aura été une année faste pour le duo, avec quelques clients de premier choix tels que Fabolous, The Clipse ou Ghostface Killah. Une raison supplémentaire pour passer un moment avec eux à Brooklyn, dans leur studio d’enregistrement.

12/04/2010 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec Nicobbl | English version

Interview : Sean C & LV

Abcdr du Son : Pouvez-vous présenter Grind Music ?

Sean C : Je suis un des membres de l’équipe originelle des X-Men. J’ai été directeur artistique sur un paquet d’albums de Loud et producteur sur pas mal d’albums.

L.V. : Moi c’est L.V. A.K.A L Vizual. J’ai été DJ pour Big Pun. C’était une expérience mortelle. J’ai pu partir en tournée pour la première fois de ma vie avec lui, et j’ai beaucoup appris comme ça, en enchainant les dates. J’étais toujours en studio à l’époque de "Yeah baby". Je suis également producteur.

A : Comment est né Grind Music ?

SC : On a grandi dans le même quartier avec L.V., on a beaucoup de très bons amis en commun et on se connaît depuis un moment. Quand j’étais directeur artistique, L.V. était DJ. Je m’occupais de Big Pun et quand à un moment Pun a cherché un DJ j’ai passé un coup de fil à L.V. et il est devenu son DJ. A partir de là, on a commencé à bosser étroitement ensemble.

L.V. : On venait de signer Aasim sur Bad Boy et on bossait son album quand à un moment on s’est dit "Allez, on monte un truc". Grind Music est né comme ça.

A : Dis-moi si je raconte une connerie mais vous faites aussi partie de l’équipe de Puff Daddy, les Hitmen ?

SC : Oui, quand on bosse pour Puffy, on le fait sous le nom de The Hitmen. Quand on fait notre propre truc, on le fait en tant que Grind Music.

A : Quand et comment avez-vous rencontré Diddy ?

L.V. : Puffy je l’ai rencontré il y a des années de ça, quand j’étais beaucoup plus jeune. Mais on s’est vraiment revus en 2003-2004 en bossant avec Aasim.

A : Bosser avec Diddy ça donne quoi ?

L.V. : C’est une expérience vraiment intéressante, on se rend alors compte combien il peut scruter tout dans le détail. Il est au taquet sur tout, à te dire des trucs du genre "Il faut que tu ajoutes cet instrument, quelques notes supplémentaires là, étoffe un peu plus le truc." Il ne s’arrête que lorsque le disque est dans les bacs. Tu peux te retrouver à réenregistrer l’album le jour du mastering si tout n’est pas parfait. Et tu as intérêt à avoir exploité et même essayé d’aller au bout de toutes tes idées.

A : Quelle influence peut avoir Puffy sur votre travail ?

L.V. : On peut faire un truc et il va débarquer pour nous dire "Ce serait mieux si vous ajoutiez ci et ça". Il va apporter ses idées.

A : Tu dirais que bosser avec lui ça vous a permis d’améliorer votre style de production ?

S : Je pense qu’on s’entraide et que chacun apprend de l’autre.

A : Quelle a été la première prod’ que vous avez sorti vraiment tous les deux avec L.V. ?

S : Wouah ! [il se marre] Ca je ne peux pas te dire, je ne m’en rappelle pas. Je me souviens par contre de nos débuts. Au départ, chacun bossait ses beats de son côté et on se retrouvait au studio pour écouter le taf’ de l’autre. On a deux lecteurs au studio, alors chacun préparait ses morceaux et on balançait les deux en même temps pour que nos productions se mélangent. A partir de là, je pouvais ajouter un sample, il pouvait revoir le kit de batterie et inversement.

L.V. : On bosse de façon très spontanée. On ne fonctionne pas en disant "toi tu vas faire ça, et moi ça !" Non, notre collaboration elle se fait de façon extrêmement naturelle.

A : Tu te souviens du premier beat que vous avez vendu en tant que Grind Music ?

S : Putain, c’était quoi déjà ? Bonne question. Je ne suis jamais vraiment posé la question. Il se peut que ce soit ‘Laugh now cry later’, qu’on avait vendu à Ice Cube en 2006.

A : C’est à ce moment là que vous avez décidé de vendre vos beats ensemble ?

S : On vendait toujours nos beats ensemble mais ils étaient crédités de la façon suivante "produit par Sean C ou produit par L.V. pour Grind Music" et non "produit par Sean C. et L.V. pour Grind Music." "American Gangster" c’est le premier projet sur lequel les gens ont juste vu Grind Music.

A : Vous avez tous les deux un background de DJ, dans quelle mesure être DJ ça a une importance quand on produit ?

L.V. : Pour moi c’est essentiel, ça te permet de savoir où tu vas aller. Parfois en tant que DJ tu veux faire danser les gens alors quand tu es producteur tu vas te dire "ok, je vais mettre ça à ce moment là."

S : C’est une forme de progression assez naturelle. De mon côté ça s’est passé de la façon suivante : j’avais des platines donc je devais être DJ et la prochaine étape c’était de faire mes propres beats. Quand t’es DJ, tu scratches, tu fais des cuts, et après t’as envie d’ajouter et placer tes rythmiques pour faire tes propres morceaux. Je pense que je ne me suis jamais vraiment posé la question à vrai dire.

A : Vous bossez à partir de samples. Est-ce qu’il y a des genres particuliers dans lesquels vous aimez particulièrement piocher vos samples ?

L.V. : Tout ce qui est mortel ! On n’a pas vraiment de genres favoris. Ca peut être de la musique française, espagnole, des bandes originales de films, du jazz, du rock, peu importe. Si ça nous plait, on va le sampler.

A : Est-ce que vous prenez le temps de trouver vos propres samples ou vous avez une équipe qui le fait pour vous ?

S : Non, on fait tout par nous-mêmes.

A : Que pensez-vous des producteurs qui font appel à des tiers pour leur trouver des samples ?

S : Peu importe, si ceux qui bossent comme ça aiment ce mode de fonctionnement qu’ils continuent. Les gens ont tendance à trop réfléchir sur certains trucs. Les choses ne sont pas si sérieuses. Tu as la chance de gagner de l’argent en faisant de la musique, en faisant quelque chose que tu aimes vraiment, peu importe la façon dont tu le fais. Tu dois remplir ton frigo pour toi et ta famille. Alors on s’en fout des leçons du genre "il ne faut pas faire les choses comme ça !"

L.V. : Je pense exactement la même chose des mecs qui samplent des MP3. Tu as trouvé ton sample, l’essentiel ça reste ce que tu vas en faire. On s’en fout que tu fasses ça avec un MP3.

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