Interview Piloophaz

Parmi les membres de la Cinquième Kolonne, Piloophaz est le premier à avoir concrétisé ses envies de projets solos. Bien avant 'Derrière nos feuilles blanches', ses sorties en solitaire avaient ainsi permis de découvrir plus en détail ses qualités de producteur.

23/07/2003 | Propos recueillis par Aspeum avec JB

Interview : PiloophazLES DEBUTS

Abcdr : Première instru marquante entendue ?

Piloophaz : 'Illusions' de DJ Muggs en 1995. Même toute l'ambiance de "Temple of boom" est monstrueuse.

A : Comment es-tu arrivé à la prod ?

P: Au départ, je ne connaissais personne composant des instrus alors que j'accumulais des tonnes de textes ; et puis j'ai toujours essayé de ne pas être dépendant de quelqu'un musicalement pour ne pas me retrouver comme un con du jour au lendemain. De plus, vu le style que j'affectionne, à savoir très glauque, j'ai très vite compris que peu de gens font ce genre d'instrus alors je m'y suis mis. C'était en 1998.

A : Rétrospectivement, quel regard portes-tu sur tes premières instrus ?

P : J'ai toujours été fier de mes instrus, même sur ma première démo K7 "Pile ou Face". Par contre, je me rends bien compte que je suis plus carré maintenant, mais j'ai réussi à faire ce que je voulais dès le début. Il faut juste oublier les deux premières que j'ai faites pour mon premier groupe. Je les ai gardées juste pour la blague.

A : Ta manière de travailler a-t-elle évolué ?

P : Obligatoirement, sinon tu tournes en rond. Mais j'ai plus évolué dans le traitement des sons, les effets, etc., que dans la construction. J'ai toujours aimé les constructions basiques et les sons triturés. Sinon j'ai la même machine depuis 1998.

LA TECHNIQUE

A : Premières machines ? Machines utilisées actuellement ?

P : MPC 2000 et toujours MPC 2000 avec 50 secondes de sample stéréo ! Je n'utilise rien d'autre à part un clavier Bass Station de Novation pour les basses. Je commence à m'ouvrir à l'informatique mais surtout pour triturer, pas pour composer. Sur mon prochain album, il y aura un morceau instrumental entièrement fait avec un ordinateur, c'est tout. J'adore le côté ludique des MPC.

A : Ton avis sur la production assistée par ordinateur, sans samples et sans vinyls ?

P : C'est bien pour les effets. Ca te permet aussi de partir dans des délires que tu n'aurais jamais imaginé. Tu peux en foutre de partout et expérimenter. Mais composer sans boucles prises sur vinyls pour moi ça ne mène à rien de bien. La sonorité est trop sèche, trop léchée, trop synthétique, sans sentiments. Certains arrivent à faire de bons trucs par ce biais, mais les trois-quarts qui s'essayent à cet exercice font de la merde.

A : Boucle ou composition ?

P : Le plus souvent boucle. Je compose mes basses quand elle sont synthétiques ou je fais appelle à un pote bassiste du groupe TWIST. Je ne suis pas musicien, je ne connais pas les accords, alors je me contente de jouer quelques ambiances, mais pas de mélodies.

A : T'imposes-tu des limites dans le choix des samples ? Genres proscrits ?

P : Non, je sample tout du moment que l'atmosphère me plait. Bien évidemment, je zappe les samples utilisés cinquante fois dans le Hip-Hop.

A : Méthode de travail : par quoi commences-tu : beat, basse, sample ?

P : Je commence par le sample le plus souvent, puis vient le beat et en tout dernier la basse. Très rarement, je commence par le beat quand j'ai trouvé des sonorités qui claque vraiment.

A : Où trouves-tu tes kits de batterie ? Pour ou contre l'utilisation de kits issus du rap ?

P : J'ai des CD dédiés uniquement à ça mais je les utilise de moins en moins. J'ai fait un retour en arrière. Tout ce que j'écoute en ce moment c'est plat et ma nuque reste inerte. Avec Defré on est pareil, ce n'est peut-être pas original mais on préfère boucler ou rejouer des breakbeats américains pour que ça tape. Ou alors, je joue un beat avec des éléments séparés et je rajoute un breakbeat bouclé par dessus. Je veux que mes sons soient lourds et on n'a encore rien trouvé de mieux que les sons du début. Et puis reprendre un breakbeat super connu, pour moi c'est pas comme une mélodie, ce n'est pas du plagiat, c'est une référence, un hommage. Le beat, c'est ce qu'il y a de plus important. S'il tape bien, tu n'as quasiment besoin de rien d'autre par dessus. Run DMC ont fait plusieurs morceaux où ils ne rappent que sur des breakbeats. Memphis Reigns & Genelec aussi.

A : Arrives-tu à écouter des disques en entier sans y chercher, même inconsciemment, de la matière à sampler ?

P : Plus maintenant. Quand je chope un disque qui n'est pas du rap, ou quand je matte un film, je suis à la recherche constante de sample. Et bien sûr, dans tous ces disques, tu trouves des choses qui sont aussi bonnes simplement à écouter.

LE PRODUCTEUR, LE DJ ET LE MC

A : Lien entre production et deejaying ? et emceing ? Est-ce un avantage d'avoir une approche du rap par deux biais différents ?

P : Bon, moi, aux platines, j'ai O'Legg, alors ça calme toute envie de me mettre aux platines ! Par contre, je rappe à la base et je fais donc mes beats. On m'a toujours fait la remarque selon laquelle mes meilleurs morceaux sont sur mes propres instrus. Je vais pas me comparer à des gens comme Lewis Parker, mais je trouve qu'un mec qui produit ses propres instrus, c'est tout de suite plus homogène. Pour mes projets solos il y a toujours une instru ou deux de mes collègues de la Cinquième Kolonne, mais j'estime être le seul à comprendre mon délire et faire des instrus qui me ressemble. Ce qui est beaucoup plus logique que prétentieux.

A : Dans quelle mesure es-tu impliqué par rapport aux textes des MCs ?

P: Ce sont les miens ! Sinon, je produis pour très peu de monde et ceux pour qui je produis, je les apprécie artistiquement et humainement, donc je comprends leurs délires. Que ce soit pour la Cinquième Kolonne, La Casa del Phonky ou Hasta-S, je sais ce qui peut leur convenir. Bien sûr, avant de donner une instru à quelqu'un, je demande toujours de lire le texte avant, car je ne veux pas me retrouver avec des conneries dessus. Mais je sais que je suis bien entouré. En ce moment je travaille pour Loco de la Casa del Phonky et il me dirige au niveau des ambiances qu'il désire, il m'a donné ses textes pour m'aider. Du moment que ça sent la sincérité, je fonce.

A : Est-il important pour toi d'appartenir à un groupe ?

P : Oui ! Ca m'a ouvert l'esprit, ça m'a fait énormément progresser et ça continue. Avec Defré, Fléow et maintenant O'Legg, on se fait écouter toutes nos productions. Les critiques émanent et toujours de manière constructive. De plus, j'aime me concentrer sur une chose qui me tient beaucoup à c�ur et distiller quelques instrus par-ci par-là.

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