Interview Mayer Hawthorne

Producteur hip-hop devenu révélation soul de l'année 2009, Mayer Hawthorne est encore tout surpris du plébiscite accordé à son premier album, le classieux "A Strange Arrangement". De passage à Paris, ce fier représentant de la ville de Detroit nous a raconté son étonnante transformation.

31/01/2010 | Propos recueillis par JB avec Nemo | English version

Interview : Mayer Hawthorne

Abcdr du Son : Avant de te faire appeler Mayer Hawthorne, ton premier nom de scène était paraît-il Haircut. Quel en est l'origine ?

Mayer Hawthorne : C'était mon surnom. Mayer Hawthorne, c'est quelque chose de très nouveau pour moi, alors qu'on m'a appelé Haircut toute ma vie. A ce jour, mes parents m'appellent encore comme ça. Ça remonte à ma petite enfance. J'avais deux ans, et à chaque fois que mes parents voulaient m'emmener chez le coiffeur, je tapais ma crise. Il n'y avait rien à faire, je détestais me faire couper les cheveux. Pour mes parents, le seul moyen de me faire taire c'était de m'acheter des disques. C'est comme ça que j'ai commencé à les collectionner.

A : Quels ont été les premiers disques qu'on t'a offerts ?

M : Des 45 tours, 'Let's groove' d'Earth Wind and Fire, The Cars, Blondie, 'Another one bites the dust' de Queen, des trucs de la Motown comme les Temptations, les Four Tops… Et puis tous les trucs populaires de l'époque.

A : Au-delà de la soul, tu as aussi une longue histoire avec le hip-hop…

M : Une très longue histoire. Le hip-hop était ma priorité quand je me suis lancé dans le projet Mayer Hawthorne. Faire de la soul n'était qu'un projet annexe. Mais je suis très heureux de ce que je fais aujourd'hui, l'expérience Mayer Hawthorne est incroyable. Je prends mon pied, et d'ailleurs j'écris déjà des chansons pour mon prochain album. Cela dit je reste un mec du hip-hop et je vais continuer à en faire.

A : Peux-tu résumer ta carrière dans le hip-hop ?

M : J'ai débuté dans un groupe appelé Athletic Mic League. On a sorti trois albums à Detroit. Pour le dernier, "Jungle Gym Jungle", on était signé chez Barack Records, le label de Slum Village. Quand le groupe a commencé à ralentir un peu, j'ai rejoint un autre groupe, Now On. On a sorti deux albums. Le plus récent, "Tomorrow Already", est sorti l'année dernière. J'en suis extrêmement fier. Avec ce disque, je pense qu'on a vraiment crée un son très particulier, à la fois très hip-hop, très soul, mais nouveau. Moi-même, je n'ai jamais rien entendu de tel, c'est une chose très difficile à accomplir.

A : Et ça sonnait comment ?

M : Je ne vois pas quelle comparaison je pourrais faire, il faudrait que tu écoutes pour juger sur pièces. C'est très électronique et très mélodieux. J'ai beaucoup chanté sur ce disque, ça m'a beaucoup aidé à faire la transition vers Mayer Hawthorne.

A : Cette transition a-t-elle été naturelle ?

M : Ce n'est pas facile, vraiment pas. Aujourd'hui je pense avoir mes marques, j'ai trouvé le truc. Je suis le genre de type qui se pose et qui tente des choses. J'enregistre tout chez moi, dans mon appartement à Los Angeles. Je vais jouer et rejouer et rejouer, jusqu'à ce que ça sonne juste. Quand j'enregistrais Mayer Hawthorne, je cherchais encore à comprendre ce que je faisais, il n'y avait pas de formule. Aujourd'hui, je crois que je la tiens.

Beaucoup d'ingénieurs du son se marreraient en voyant avec quoi je m'enregistre, mais je ne sais pas faire autrement !

A : Ce n'est pas un peu frustrant de rencontrer le succès avec un album soul quand on a fait du hip-hop toute sa vie ?

M : D'une certaine façon, ça l'est, car j'ai fait du hip-hop pendant si longtemps, mais c'est ce projet annexe qui attire toute l'attention. Cela dit, je suis aussi fier de mes projets hip-hop que de mon projet soul. Avec un peu de chance, les gens vont pouvoir commencer à chercher ce que j'ai fait avant. En fait ça m'importe peu, à partir du moment où je peux vivre de ma musique. Les choses sont ce qu'elles sont, il faut faire avec. Je continue à faire toute sorte de musique : je bosse sur un album de new wave avec 14KT [NDLR : producteur du Michigan], j'ai aussi un projet avec Jake One. Il y a les nouveaux albums d'AML et Now One. J'ai fait aussi des sons avec Snoop Dogg, Ghostface et Freeway…

A : Tu devrais faire un album entier avec Ghostface, ce serait mortel.

M : On en a justement parlé, c'est ce qu'il a envie de faire.

A : Ce qui est étonnant, c'est que tu dis avoir tout fait à la maison alors que l'album a une densité sonore très forte. Es-tu un fana de matériel audio ?

M : Je fais toutes mes sessions d'enregistrement et de mix moi-même, mais je ne suis pas un ingénieur de son hyper calé. Je n'ai suivi aucun cours, j'ai tout trouvé par moi-même. Beaucoup de professionnels se marreraient surement en voyant avec quoi je m'enregistre, mais je ne sais pas faire autrement !

A : Tu as la réputation d'être un accroc du vinyle. Tu as une grosse collection ?

M : Trop grosse ! Je n'ai plus assez de place. Il faut que je me trouve un appartement plus grand car je ne sais plus où ranger mes disques. Je dois en avoir 6000 ou 7000.

A : Y a-t-il une pièce de ta collection à laquelle tu tiens particulièrement ?

M : L'une de mes préférées, c'est une copie du "Love Deluxe" de Sade. Ce disque n'a jamais été pressé en vinyle aux États-Unis, je crois que ma version est coréenne. C'est simplement un disque que peu de personnes possèdent en vinyle. J'ai eu du mal à mettre la main dessus. C'est un disque important pour moi, mais chaque disque a sa propre histoire. Pour moi, le prix n'a pas vraiment d'importance, les disques que j'aime le plus sont ceux qui ont une vraie signification pour moi. Je me rappelle, je diggais à Cologne, en Allemagne, avec Peanut Butter Wolf quand je l'ai trouvé. Je m'en souviendrai toujours.

A : Toi qui est un fan de Sade, sais-tu où elle est passée ? [NDLR : L'interview a eu lieu avant l'annonce de la sortie d'un nouvel album]

M : Bonne question, j'aimerais bien pouvoir y répondre ! J'en parlais justement il y a peu. Il y a un vrai vide à la place qu'occupait Sade dans le monde de la musique.

A : Quel est ton point de vue sur le débat "Vinyle contre Serato" ?

M : J'utilise les deux. Je suis évidemment un amoureux du vinyle, je pense que la musique y sonne bien mieux mais je n'ai pas non plus peur de la technologie. Serato, c'est mortel. Je peux débarquer à Paris avec un simple ordinateur portable et passer du son pendant six heures d'affilée. C'est une chose incroyable ! Mais à choisir, si je ne pouvais passer que des vinyles, je le ferais.

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