Interview Opus Akoben

Samedi 6 juillet, fin d'après-midi, la tournée française d'Opus Akoben vient de s'achever par un concert de folie aux Eurockéennes de Belfort. Avant de reprendre l'avion Sub-Z et Kokayi, les deux MCs, se livrent à une discussion franche et ouverte sur leur vision d'un hip hop oublié : libre et sans frontière...

06/07/2002 | Propos recueillis par Shadok avec JB

Interview : Opus AkobenAbcdr : Aux Etats-Unis comme en Europe, il y a peu de place pour le hip hop à instruments, a quoi attribuez-vous cela ?

Sub-Z : Et bien je pense simplement que la musique évolue, et tu sais nous arrivons en ce moment dans une période dans l'histoire de la musique où le hip hop et l'instrumentation live deviennent plus populaire, mais lorsque que le hip hop est né, il y avait déjà beaucoup de groupes lives tel que le Sugar Hill Gang. Le Sugar Hill Gang a inspiré beaucoup de groupes. Ca a toujours existé, et c'est peut-être devenu plus populaire au cours des dix dernières années. Oui c'est ça, c'est juste devenu plus populaire.

A : Vous avez monté beaucoup de concerts et de projets avec Steve Coleman, est-ce lui qui vous a donné le goût de la scène ?

Sub-Z : Avant que l'on rencontre Steve Coleman, Kokayi et moi chantions déjà en tant qu'artistes solo (cf. au sein du freestyle union). Nous n'étions jamais venu en Europe auparavant, et quand nous avons rencontré Steve et que nous avons enregistré notre premier projet avec lui, il nous a présenté à l'Europe, mais nous nous produisions déjà sur scène avant : j'ai commencé à rapper à 15 ans, et j'ai fait ça pendant la moitié de ma vie. Plus de la moitié de ma vie même! Mais cela n'était jamais à un niveau professionnel jusqu'à ce que je bosse avec Steve Coleman et que j'entame une carrière professionnellle.

A : En quoi aimez-vous travailler avec des jazzmen ?

Sub-Z : J'aime travailler avec toutes les personnes avec lesquelles je sens que je peux entrer dans la musique. Pas seulement avec le jazz, j'ai aussi travaillé avec un combo cubain, celui d'Omar Sosa. Kokayi a travaillé avec le pianiste Andy Milne et a produit pour la chanteuse Vinia Mojica. Si la musique est bonne, alors on collabore, tu vois.

A : Quelles comparaisons pouvez-vous faire entre le public Français et Américain ?

Kokayi : Je pense que le public Français dans certaines circonstances est plus ouvert aux différents types de musique, à la différence des Américains, avec la musique populaire. Là-bas, quand un groupe a du succès, tu as sept groupes qui essayent de l'imiter. Alors je pense que la différence est dans le fait que les gens sont ici un petit peu plus ouverts d'esprit, à travers l'Europe, pas seulement en France et aussi en Asie.

A : Hier à ce même endroit il y avait un concert d'Anti-Pop Consortium. Un peu comme vous ils aiment la performance scénique, en faisant du slam. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce genre plutôt méconnu en Europe ?

Sub-Z : On ne fait pas de slam ! On freestyle. Je ne connais pas grand chose du slam, vraiment. J'en ai entendu parlé, je sais que c'est populaire, mais ce qu'on préfère c'est écrire et improviser. L'idée c'est juste de prendre du plaisir tu vois, il n'y a pas de formule. On aime la musique qu'on aime jouer, et quand on rappe on aime prendre du plaisir. C'est aussi simple que ça ! C'est pas plus compliqué. On aime faire de la musique, la jouer, et prendre du plaisir..

A : Durant le concert, tu as fait un freestyle* Sub-Z. Vous sentez-vous proches d'artistes tels que Mos Def, Talib Kweli ou Saul Williams, qui freestylent et jouent avec les mots comme vous ?

Sub-Z : De Saul Williams ? Non. Pas vraiment. Je n'ai pas entendu assez des trucs de Saul Williams. Je veux dire, je suis qui je suis. Je sais que c'est un grand poète. Pendant le concert, ils ont jeté des bouteilles en l'air et j'ai commencé à en parler. Je me suis dit "What's next ?". Tu sais je dis le premier truc qui me vient à l'esprit. Ca fait longtemps que le freestyle existe. Ca a peut-être plus de succès à l'heure actuelle mais il y a eu des artistes qui ont freestylé tout au long de l'Histoire du Hip Hop, et même avant. Le spoken word a existé avant les instruments de musique. C'est juste plus populaire en ce moment mais la véritable origine date du temps où une personne s'est mise à utiliser une percussion et qu'une autre a parlé sur ce rythme. Ca a existé dès l'Afrique. On ne fait rien de nouveau. On fait juste ce qu'il nous est dit de faire à l'intérieur de nous-même. Ca fait partie de nous.

* Au cours du concert, Sub-Z a commencé à faire un freetyle en incorporant dans celui-ci tous les éléments qu'il avait à disposition : ce fut tout d'abord des objets que lui présentaient sous ces yeux ces musiciens, puis par la suite, ceux que lui présentèrent le public: impressionnant.

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