Interview Ugly Duckling

Groupe potache aux clips bidons pour certains, à l'apogée du fun pour d'autres, Ugly Duckling a passé son année 2009 sur scène à défendre son dernier né : l'album "Audacity". Leur second passage dans l'hexagone a été l'occasion de discuter avec eux de leur DJ, savant fou des samples latinos, du golden age, des cartoons et des difficultés à croire en quelque chose, entre deux vannes sur les papi chulos et la chaîne en or d'Einstein.

05/01/2010 | Propos recueillis par zo. avec Downsea et Nicobbl | English version

Interview : Ugly DucklingAbcdr : Sur votre dernier album, vous intégrez du chant dans vos morceaux, vous en venez aussi à des sujets plus sérieux. C’est même la première fois qu’il y a une certaine mélancolie dans l’un de vos disques. Comment ça se fait ? Vous voulez également montrer que vous êtes capables d'aborder des sujets sérieux ? D'aller au-delà du rap potache et festif ?

Andy Cooper : Pour commencer, je n’appellerais pas vraiment ça du chant [il sourit, NDLR]. Chanter, ça se dit pour les gens qui savent vraiment le faire. Ici, c’est juste … [Il se met à chanter faux, NDLR].

A : Non, je ne suis pas d’accord. Vous devriez m’entendre chanter ! Sur ‘I won’t let it die’, ça chante pas mal !

Dizzy Dustin : Oublie, il ne sait pas chanter [rires].

A.C : Mais ça fait quand même un sacré moment qu’on fait de la musique ensemble, et quand tu écris des chansons, tu cherches forcément à essayer de nouvelles choses, à ce que ta musique côtoie de nouveaux horizons tout en gardant bien sûr tes fondements, ton identité. Je pense que cette fois, on s’est juste dit : "Essayons d’être plus dans la mélodie, d’aborder des sujets parfois plus personnels et mélancoliques. Utilisons le son Ugly Duckling pour parler d’autre chose que de fêtes à l’ancienne qui déboîtent". Ca ne veut pas dire qu’on n’aime plus ça. C’est juste que pour cet album, on voulait la jouer un peu différemment.

A : C’est pour cela que vous avez appelé l’album “Audacity” ?

A.C : Oui. Ce mot est vraiment cool car il a deux sens. D’un côté, ça renvoie à l’insolence, ce qui est plutôt un défaut, puisque ça revient parfois à ne pas savoir se contrôler, à être quelqu’un sans retenue. De l’autre, il y a cette notion d’audace dans le sens courageux, ce qui est une vraie qualité. J’ai pensé que c’était vraiment un mot intéressant. Peut-être que "Audacity", que ce soit dans le sens du courage ou dans le sens nerveux, c’est le truc qu’il faut pour réussir.

A : Dans une interview, vous reparliez du nom du groupe [Vilain petit canard en français, NDLR] en disant que ce choix "avait beaucoup à voir avec le fait qu’à l’époque où vous débutiez, être un groupe de blancs dans le rap était assez inhabituel". Vous avez vraiment ressenti un regard bizarre à cette époque [vers 1993, NDLR] parce que vous étiez blancs ?

D.D : Je ne pense pas que ce soit essentiellement parce que nous sommes blancs. Quand on a commencé le groupe, il y avait énormément de rappeurs G-Funk à Long Beach, pas mal de gars qui comme Warren G se réclamaient du gangsta-rap. A tel point qu'on était vraiment à part, qu’on ne rentrait pas dans la mouvance locale. C’est surtout pour ça que nous avons pris ce nom.

 

"Que ce soit de la country, de la dance, du rock, du hip-hop, les gens savent si la musique est bonne. Si c’est le cas, le genre leur importe peu au final."

A : Vous êtes souvent rangés dans la case du rap alternatif, celui qui permet d’éviter les tares qui ont parfois gangréné le rap conscient comme le gangsta rap. Ce n’est pas un peu frustrant d’être toujours mis en opposition, qu’on parle de vous comme un groupe de rap Cartoon ?

A.C : Ce qui est marrant là-dedans, c’est qu’on a grandi avec le hip-hop de la fin des 80’s et du tout début des 90’s. C’était avant le gangsta-rap. Et soudainement, le gangsta-rap s’est développé et est devenu mainstream. Nous, on fait juste la musique en s’inspirant de celle avec laquelle on a grandi et qu’on a aimé en étant jeunes. Alors on ne pense pas aux gangs et tout ça, on fait simplement du hip-hop "traditionnel" comme nous l’aimons. On ne s’inquiète pas du reste, des étiquettes, on fait simplement des morceaux que nous jugeons bons.

A : En France, le public de vos concerts est loin d’être Strictly Hip-Hop. On y croise du monde qui a plus l’habitude d’aller à des concerts de funk, d’électro, voire de rock. Il se passe la même chose aux USA ?

A.C : Oui. Partout où nous allons, nous avons un public assez éclectique, diversifié. Ce sont des gens ouverts d’esprit. Tu sais, de la bonne musique c’est de la bonne musique. Que ce soit de la country, de la dance, du rock, du hip-hop, les gens savent si la musique est bonne. Si c’est le cas, le genre leur importe peu au final.

A : Est-ce vrai que vos pires concerts ont eu lieu chez vous, à Long Beach ?

D.D : On a eu quelques mauvais moments là-bas. [rires]

A.C : Mais il y en a aussi eu des bons !

D.D : Mais ce n’est pas facile de jouer dans ta ville. A Long Beach, tout le monde sait qui on est, quand on joue ce sont nos amis qui envahissent la salle ! Ce n’est pas une bonne affaire ! Ils nous ont vu  à l’œuvre un million de fois et ils rentrent sans payer ! [rires] Ils sont tous là : "oh, je connais Dizzy, je connais Andy". C’est quasi impossible de faire un concert à Long Beach !

A.C : C’est une grande petite ville. C’est un demi-million de personnes, mais tout le monde se connaît !

A : Il y a un côté latino et salsa assez récurrent dans le choix de vos boucles, dans vos productions. Est-ce que c’est un héritage de la communauté Latino très implantée en Californie ?

A.C : Un petit peu. Mais la plupart des latinos de Long Beach sont des mexicains. Nous sommes plus tournés vers les sons brésiliens, voire caribéens et cubains. Nous aimons la salsa par exemple. Quand tu grandis ici, tu entends plein de sons avec des percussions par exemple. Alors je pense que forcément, ça nous a influencés, ça a retenu notre attention, fait qu’on aime vraiment ça. Et il n’y a rien de plus puissant qu’une section de cuivres.

D.D : Et Einstein [Leur DJ, NDLR] est membre de l’un des plus grands gangs mexicains de Long Beach ! Il est très influencé par les membres de son gang ! [rires]

A.C : C’est quoi leur nom déjà ?

D.D : Los Papi Chulos ! [rires]

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