Interview Zoxea

Investi avec les Sages Po', le Beat de Boul, à une époque IV My People, ou simplement en solo, Zoxea est régulièrement cité et considéré comme une figure et un moteur du rap autour de Boulogne. Retour sur son parcours, entre succès et déceptions, et premiers éclairages sur son nouvel album solo, actuellement en préparation. Un échange où il est notamment question de compétition, d’esprit fédérateur, d’image, de coupe Gambardella, de Melopheelo, du Cent-Quatre et de "Tout dans la tête".

16/08/2009 | Propos recueillis par Nicobbl avec Mehdi et .Zo

Interview : ZoxeaAbcdr : On va débuter très simplement: quels ont été tes premiers contacts avec le Hip-Hop ?

Zoxea : J’ai commencé le Hip-Hop avec la danse, le smurf à l’époque de Sidney et de l'émission H.I.P. H.O.P. A cette époque là, je dansais beaucoup, j’étais connu en tant que smurfeur. Pas breaker. Smurfeur. A chaque soirée, où plus intimement quand il y avait des mariages dans ma famille, il y avait toujours un moment où il fallait faire le spectacle. J’étais toujours désigné pour ça. C’était pas évident vu que j’étais un peu timide mais au final j’y allais, je smurfais.
Après, y’a eu le tag avec le côté plus vandale qu'artistique. C'était déjà le délire où il fallait cartonner la ville, Paris, les métros…

A : T’étais déjà avec Dan à l’époque ?

Z : Oulah, c’est flou là. Je sais plus...enfin, ouais, je crois qu'on a commencé à se voir aux débuts du tag.

A : Et après tu t’es mis au rap ?

Z : On parlait de danse et de tag mais pour moi le Hip-Hop c’est large. Je m’y suis vraiment impliqué avec la musique. J’avais un oncle et une tante qui faisaient des soirées africaines et invitaient pas mal d'artistes africains. Mes parents leur donnaient parfois un coup de main pour l'organisation. Nous, on était petits, et on évoluait là-dedans, avec des artistes de la scène ivoirienne et d’autres pays. On a baigné vraiment tôt dans la musique. Mes parents n'étaient pas musiciens mais ils aimaient beaucoup la musique. Pendant les trajets en voiture, on écoutait Bob Marley, de la musique africaine et antillaise.

A: T'étais déjà à Boulogne ?

Z: Ouais, j'ai toujours été là-bas. Je suis né à Sèvres, à côté, et j'ai grandi à Boulogne, entre les deux y'a le Pont de Sèvres.

A : Tu es régulièrement cité comme une des personnes à l’origine de cette émulation autour du rap à Boulogne, tu as quelque part montré la voie...

Z : Ouais, c'est vrai mais en même temps il y avait d'autres grands de la cité qu'on ne cite jamais. Des mecs comme Kamel. On l'appelait Ben-K. Il faisait partie du groupe LST, Les Sans Tiep'. Eux, c'étaient les grands de la cité qui faisaient partie de la génération de Melopheelo. Ils allaient souvent en Angleterre et ils ramenaient plein de sapes, des Troops, les survets peau de pèche déjà, les baskets, les sons, les disques. A l'époque, c'était vachement le rap anglais qui cartonnait, Overlord X, Silver Bullet. Avec les BPM super accélérés, et puis Public Enemy. Bref, on a grandi là-dedans, et ces mecs là, non médiatisés, ont beaucoup contribué à l'essor du rap à Boulogne. Après, derrière, mon frère et moi on a apporté aussi un truc.

A : Tu ressens une fierté particulière de ce côté très fondateur ?

Z : Ouais, carrément, et je le revendique aussi. Même si je ne vais pas le crier sur tous les toits. Avec les Sages Poètes de la Rue, et moi, à titre personnel, on a fait beaucoup. J'ai été à l'initiative de tout ce qu'on a pu développer avec différents groupes, j'ai vachement engrainé et motivé les gars. Comme au foot où tu ramènes tous tes potes dans le même club. Moi, j'ai étendu cette démarche au rap.

A : Petit aparté, t'as joué au foot pendant des années, t'as même failli rentrer en centre de formation, non ?

Z : Ouais, carrément, j'avais fait des essais. J'étais en équipe d'Ile de France. Mon premier amour, d'ailleurs je vais écrire un morceau là-dessus, c'était le foot. Mon père était joueur professionnel, international béninois. Et moi, à la base, c'était ma vocation. J'ai baigné dans le foot, le Brésil, Pelé, Garrincha,... J'ai beaucoup joué mais après deux-trois désillusions, quelques blessures et le rap venant, j'ai lâché.

A : Dans une interview récente, Salif expliquait qu'à une époque, genre fin des années quatre-vingt dix, il galérait pas mal et que si un mec lui avait donné envie de rapper, ben c'était toi. Tu avais quels contacts avec lui à ce moment là ?

Z : Salif, c'était un petit du quartier. Il venait à la maison vu qu'à l'époque on avait des jeux vidéos et il venait faire des copies. Je lui faisais des petites cassettes et il commençait à rapper dans son coin. J'avais déjà décelé en lui une bonne écriture. Je voyais qu'il était vif dans le quartier, il était petit mais c'était déjà un bonhomme.

Je l'ai pris en quelque sorte sous mon aile un peu avant mon album "A mon tour d'briller". On avait même fait un morceau qui n'est jamais sorti. Le morceau s'appelle 'Groupie', on avait pris un sample de Charles Aznavour et on a pas eu les droits. Donc, bref, ouais, Salif c'était un des petits, un petit bien prometteur.

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