Interview Substantial

Routard du circuit underground à New York, Substantial est désormais membre officiel du collectif QN5. En tournée française avec CunninLynguists début avril, ce passionné de culture japonaise était à deux pas quand nous avons interviewé le trio. Le dictaphone est resté ouvert pour faire sa connaissance.

14/06/2009 | Propos recueillis par JB | English version

Interview : SubstantialAbcdr du Son : Quel est le sens du titre de ton album, "Sacrifice", et sa pochette ?

Substantial : J'ai toujours été influencé par la culture japonaise. D'ailleurs, une bonne partie de mes fans se trouvent au Japon. Je me suis beaucoup documenté sur les Samouraïs. Le mot samouraï signifie "Servir" et moi-même, je suis au service de la jeunesse, car je suis éducateur. Ma vie tourne donc autour de la notion de sacrifice : j'en fais pour ma famille, pour ces enfants et pour les gens qui écoutent ma musique. Sur la pochette, on me voit représenté en samouraï, mais je ne porte pas d'épée : il s'agit d'un stylo d'un côté, et d'un micro à l'autre bout. Ce sont mes armes pour protéger et servir les choses auxquelles je tiens. J'accomplis un sacrifice car souvent, il faut presque se tuer à la tâche pour servir les siens et accomplir ses rêves.

A : La notion de sacrifice est également présente dans le dernier projet de CunninLynguists, "Strange Journey". Être avec eux sur la route fait aussi partie de ton sacrifice désormais…

S : Complètement. En septembre 2008, ma fille est née. C'est mon premier enfant. Trois semaines après sa naissance, j'ai du partir en tournée avec CunninLynguists. Aujourd'hui, elle s'approche de ses sept mois, et me revoilà sur la route. D'ailleurs, ma femme vient de m'envoyer une photo d'elle il y a quelques minutes… Donc oui, c'est dur de voir grandir au loin les gens que tu aimes. On rate des choses importantes, mais tout ça, c'est pour qu'ils aient une meilleure vie, donc…

A : Comment as-tu rejoint le collectif QN5 ? On a l'impression que tu es un peu le Padawan de l'équipe, le petit jeune…

S : Je suis le plus jeune de l'équipe dans le sens où je fais partie de QN5 depuis peu de temps. Mais en fait, je suis plus vieux que Session, et du haut de mes trente ans, j'ai à peu près le même âge que les membres de CunninLynguists. C'est Pack FM qui a fait la connexion. On s'est rencontré il y a dix ans, à la fin de ma première année de fac, grâce à un ami commun. On a commencé à faire des open mics et des battles ensemble sur New York. On se faisait appeler Packistan, car en Espagnol, la lettre Y se dit N, donc ça faisait Pack-N-Stan [rires]. Par la suite, Pack m'a présenté Tonedeff, qui m'a présenté Session, c'est comme ça que l'on a formé le groupe Extended Famm. Au final, alors que j'étais à mi-chemin du travail sur mon album, j'ai expliqué à Tonedeff où j'en étais niveau distribution. J'en avais simplement aucune, il y avait des personnes intéressées mais rien de sérieux. Donc Tone m'a proposé de sortir le disque, et j'ai rejoint QN5 en tant qu'artiste solo début 2007.

A : J'ai lu qu'il t'avait fallu six ans pour aller au bout de ce disque. Comment ça se fait ?

S : Quand j'ai commencé à bosser sur "Sacrifice", j'étais signé sur un label japonais appelé Hyde Out Productions. Mon producteur d'alors s'appelait Nujabes. Au départ, il devait produire l'intégralité de l'album, mais nous avons eu quelques conflits. Nous n'étions pas d'accord sur tout, et je voulais explorer des directions légèrement différentes avec ce disque, par rapport au premier. J'ai donc décidé de quitter le label et faire les choses par moi-même. J'ai fait partie du label pendant une année, je bossais sur le disque, ensuite on s'est séparé, j'ai du acheté de nouvelles productions, remixer des morceaux… Ça a sérieusement allongé le processus. J'ai également rencontré des producteurs et fait intervenir des musiciens sur certains titres. C'est comme ça qu'un morceau comme 'My favourite things' a pris quatre ou cinq années avant d'être bouclé. En plus, j'ai du mixer l'ensemble de l'album moi-même. Quand tu décides de porter toutes les casquettes, ça prend vraiment du temps pour avancer. Tonedeff et moi avons du gérer la quasi-totalité du disque à deux. C'était du boulot.

A : D'où vient ton lien avec le Japon ?

S : Pour résumer, l'un de mes potes de fac venait du Japon. Son frère était l'un des rappeurs les plus connus là-bas. Il s'intéressait au monde de la musique et travaillait dans un magasin de disques dont Nujabest était le propriétaire. Nujabest lui avait demandé s'il connaissait des rappeurs doués sur New York. Mon pote lui a parlé de moi, il lui a fait écouter des mixtapes sur lesquelles j'avais posé. Le mec m'a appelé, il m'a demandé quelques morceaux et directement, il m'a fait signer avec ce label au Japon. J'ai passé deux ans avec eux. Ils ont sorti mon premier album là-bas, ça a vraiment bien marché, j'ai vendu plus que certains rappeurs connus. Ils ont un peu fait de moi une star sur le circuit underground au Japon.

A : Tu parles japonais ?

S : Un peu. Je ne maîtrise vraiment pas la langue à 100%, mais suffisamment pour pouvoir sortir, faire du shopping, commander de la nourriture et faire deux-trois blagues [rires].

A : D'où vient ton intérêt pour le Japon ? C'est lié au hip-hop ? Tu as découvert le Wu-Tang et ça t'a rendu dingue ?

S : Ha non, c'était un peu différent. Je m'intéresse au Japon et aux cultures asiatiques en général depuis que j'ai 5 ans. Quand j'étais à la maternelle, l'un de mes meilleurs amis était d'origine japonaise. Sa nourriture ne ressemblait pas à la mienne, il avait toujours plein de petits trucs super cools avec lui, et moi je n'avais pas ces trucs-là à la maison [rires]. On discutait beaucoup ensemble et ça a déclenché mon intérêt pour cette culture. Aujourd'hui, je regarde beaucoup de dessins animés japonais. C'est quelque chose qui a toujours été présent dans ma vie.

A : Tu as des références particulières ?

S : Ha oui, carrément [rires] ! L'un de mes dessins animés préférés s'appelle "Ninja Scroll". J'aime aussi beaucoup "Afro Samuraï". C'est vraiment bien. J'aime "Samurai Champloo" dont la musique est produite par Nujabest. Et aussi des mangas comme "Fist of the North Star" [NDLR : "Ken le Survivant" en français]. Il y a vraiment des trucs mortels. Dans mon disque dur que tu vois là, il doit y avoir une vingtaine de films [rires].

1 | 2 |