Interview DJ Damage

On ne connait pas forcément le plus discret des DJ's du Double H. Pour le décrire on pourrait simplement dire que DJ Damage c'est quelqu'un. Quelqu'un qui est resté fidèle à son idée d'un Hip-Hop intimement lié au Jazz donc quelqu'un d'atypique dans la petite faune des pionniers français de ce mouvement. Mais surtout, quelqu'un qui respire la musique...

19/04/2009 | Propos recueillis par LMR

Interview : DJ DamageAbcdr: Pour commencer, un an après la sortie de"Clin d'oeil", album que tu as produit avec les Jazz Liberatorz, qu'est-ce que tu as à dire pour justifier la très longue attente qui a précédé l'arrivée en bac du projet?

DJ Damage : Parce qu'on avait des métiers à côté, parce qu'on est sur un label indépendant, que ça coûte du fric, parce que l'industrie de la musique quand on a commencé l'album commençait déjà à se casser la gueule et qu'il faut prendre des risques calculés parce que sinon c'est pas possible. On y allait au coup par coup pour enregistrer les artistes américains. Quand on avait un peu de pognon, on s'en faisait un, on attendait deux mois, rebelote. C'était assez complexe.

Le truc surtout c'est que vues les activités qu'on avait autour, je parle pour moi mais pour les collègues c'est pareil, quand tu fais 10/11 heures de taf par jour, que t'as une vie à côté, que tu fais le DJ. Tu rentres d'une journée stressé, quand t'allumes le sampler il se passe rien. Faut quand même que tu aies une espèce de plénitude pour créer,  ça rentre en ligne de compte, et puis après l'économique est certainement le vecteur le plus important dans l'attente de cet album et puis aussi savoir comment on allait le distribuer sans perdre de plumes. Comme les distributeurs se cassent tous la gueule, ils te laissent les ardoises, quand tu fabriques tes vinyles et que tu te retrouves avec 1000 vinyles à l'autre bout de la planète et qu'on te les enverra plus jamais. Il faut déjà prévoir en amont de pas se faire refaire avant de faire le disque. Tout ça mis bout à bout fait qu'il y a eu ce retard. Un an en fait. A l'instant T où on a décidé de le faire, je pensais mettre deux ans . En fait ça a pris trois ans.

A: On peut justement revenir sur le label Kif, quand j'ai appelé là bas je suis tombé sur toi, tu es dans le staff?

D: C'est parce que j'étais en train de répéter, ça arrive jamais que je réponde au téléphone, c'est impossible ce qui t'es arrivé. Le label Kif c'est un seul et même gars qui s'appelle Mickael Darmon.

A: Faster Jay...

D: Qui était à mon sens avec Crazy B, les deux meilleurs DJ's Hip Hop de Paris pendant de longues années, on peut rajouter Clyde, Dee Nasty. En fait après ils ont fait Alliance Ethnik qui a fait un carton notoire,  il allait signer comme directeur artistique mais comme il est vachement rock and roll il a dit niet et il a voulu monter son label et tout le monde s'est foutu de sa gueule. Sauf qu'il sort un maxi indépendant d' électro Hip Hop et qu'il en vend un bon paquet. Suite à ça comme il avait travaillé pendant deux ans dans un bureau chez Delabel, en face de lui y avait un daron qui allait prendre sa retraite et qui connaissait tous les métiers de la musique, il lui a transmis le savoir et donc il s'est mis à faire de l'édition aussi et c'est comme ça qu'il a signé Crazy B, Guts, et nous aussi.

A: Donc il est aussi à la base du projet?

D: Je me souviens qu'au début il était complètement dans l'électro genre futur funk, house sur son label alors qu'il a un passif Hip Hop que tu peux pas test mais qu'il avait un peu oublié. Quand je suis arrivé avec mon concept Hip-Hop/Jazz machin, il m'a dit "ouais t'es sûr que ça marche ça?" je lui ai dit: "écoute t'es rock and roll ou t'es pas rock and roll?" Il m'a dit banco. Donc on a fait le premier maxi avec Aloe Blacc à l'époque, ça a stagné dans les bacs pendant deux mois et d'un seul coup les ventes se sont faites et on a enchainé les deuxième, troisième, quatrième, cinquième maxis et puis l'album.

A: Est-ce qu'il y a des gens  sur cet album que tu n'as pas pu avoir, d'autres que t'es super content d'avoir eu?

D: Je t'avouerais franchement que y en a un et je l'ai rencontré il y a une semaine, c'est Gift of Gab, le gars il est onze mois par an sur scène et le mois qui reste, il est en studio. Il est pas du tout studio donc pour le chopper c'est dur. Lui, il aurait dû poser avec Apani B-Fly sur 'The Process' et donc c'est Apani en solo. C'est la seule collabo qui n'a pas pu se faire pour des raisons de timing. Après y a quelques chanteuses avec qui on voulait bosser, je vais pas te dévoiler les noms puisqu'on va sûrement les avoir pour le deuxième album. Je garde la surprise. Mais globalement cet album s'est fait super naturellement dans le sens où on a enregistré la moitié au studio chez Kif avec les artistes et l'autre moitié des feats on les a fait à distance, sans avoir de déchets, ni de mauvaises surprises parce que c'est toujours complexe de bosser à distance. On leur envoyait des morceaux, ils choisissaient et posaient dessus, mais on ciblait quand même nos feats parce qu'on les connaissait par coeur à travers toutes leurs sorties précédentes. Franchement là-dessus on a eu quand même un peu de pot, parce que bosser à distance c'est pas easy et puis je trouve que globalement le rendu est pas mauvais.

Mais tu sais étant donné qu'on les avait pas à portée de main, on glissait leurs acapellas sur nos beats. Tu mets une acap' d'Apani, tu te dis que ça sonne bien et tu lui envoies...

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