Interview Freko & Da'Pro (A2D)

Prenez le 10ème arrondissement de Paris. Choisissez un rebord de fenêtre. Calez-y un litre et demi de whisky. Mélangez avec autant de cola. Posez-y Freko et Da'Pro, accompagnés de Degueu’Lars (Association de Dingos) et Hepto (Cromicid). Enfin, assaisonnez de gobelets et laissez glisser quelques questions durant 1h30, et vous obtenez une interview de deux des dingos de l’association du même nom.

01/02/2009 | Propos recueillis par zo.

Interview : Freko & Da'Pro (A2D)
Abcdrduson : Le concept d’Association de Dingos avait déjà été proclamé dans les années 90 dans certains de tes duos avec Cyanure. C’est de là qu’il est né ?


Freko : On va dire en 1995 lorsque j’ai rencontré Lars et Nicks. Tout de suite on s’est bien entendus, on a commencé à faire des petits freestyles à droite à gauche avec des gars du 91, 92, 77, etc. Et c’est même plutôt 94, puisque je suis rentré dans ATK en 1995, alors que l’Association de Dingos existait déjà.

A : C’est donc né avant ATK ?

F : Oui. ATK a été connu bien avant, mais pour moi, c’était d’abord l’Association de Dingos. Et puis ce n’était pas le même délire. Quand je ramenais des gars de l’Assos’ lors des concerts d’ATK, des mecs comme Sergio Lini et ses potes de Sarcelles ou Val de Fontenay tout ça, ça ne collait pas avec le concept ATK. Il y’avait quelque chose d’Hip-Hop dans ATK, alors que nous, on se trimballait déjà dans les trains pour aller à Orléans ou Chartres avec nos packs de bières, la clope au bec etc. Eux étaient plutôt "contre" ce genre d’activités. Bref, ça ne collait pas bien ensemble, c’est d’ailleurs pour ça qu’il n’y a jamais eu de morceaux communs ATK / Association de Dingos. Bon, là ça commence doucement à se faire. Pour preuve, Test est sur l’album, sur le morceau 'Quand on arrive en ville'. Bref, voilà c'est parti de là. De toute manière l’Assos' de Dingos c’est le délire ter-ter, des mecs cailleras, cinglés, toxicos de la tise. Parce qu’à ce niveau-là, ce n’est plus alcoolique, c’est toxico de la tise ! Quand tu te lèves le matin et que tu te bois un flash de sky pour la redescente de la veille… Tu vois ce que je veux dire ?

A : [sourire]

F : Ah il connaît !!!

A : Ouais enfin, pas de méprises, ça ne m’est pas arrivé dix fois ! C’est loin d’avoir été tous les jours !

F : Non, pas tous les jours hein... Mais il nous arrive de faire des crises, comme il y a des crises de boulimie. On passe parfois deux semaines sans redescendre !

A : Et comment ça se fait qu’un collectif qui existe depuis 14 ans ne sorte qu’aujourd’hui son premier album ? Parce que ATK, ça ne s’est pas terminé hier !

F : Bah en 1998 j’ai effectivement privilégié ATK, déjà parce qu’il y avait l’album et aussi parce qu’il y avait plus de demande. Puis j’ai quitté ATK, j’ai sorti mon solo, signé chez machin-truc. Et à ce moment,  en 2002, 2003, on me demandait si l’Association de Dingos allait sortir quelque chose. A force de l’entendre, j’ai dit "bah attends, bien sûr", et on a appelé les potos pour faire l’album. Pour ne pas rester tout seul aussi, parce que le solo tu es quand même assez seul. Là au moins on sera plus que le public lors des scènes. Etre plus nombreux que le public, c’est toujours sympa [rires].

A : Et tous les deux par exemple [Ndlr : Lars est présent à côté de Freko], vous vous êtes rencontrés comment ?

F : Il est venu à la maison, chez ma daronne à la même époque, en 94. On y faisait des freestyles.

A : Nicks, Noss, c’est pareil aussi ?

Lars : Pareil.

F : Nicks oui. Noss ça a été plus tard, quand on a parlé de faire l’album, vers 2003/2004. C’est au même moment qu’on a rencontré Da’Pro. On s’est tout de suite bien entendu. Il y avait d’autres gars des Ulis comme Hulk. Hulk qui aurait d’ailleurs pu rentrer dans l’Assos’, mais il ne se retrouvait pas complètement dans l’état d’esprit. Il a son monde. Puis ça le faisait peut-être un peu chier de monter sur Paris. Mais c’est un ami !

A : Comment s’est justement faite cette connexion en direction des Ulis avec des mecs comme Noss ou Da’Pro ?

F : Test d’ATK connaissait bien Reeno et toute l’équipe Ul'team Atom. Ils se sont rencontrés en concert, et ils sont devenus copains. Les gars d’Ul'team Atom ont commencé à fréquenter notre studio, le studio Prestige où ATK bossait à Belleville. Ils y faisaient bosser leurs amis. Bref, tout le monde est devenu copains ! Sauf moi ! Parce que moi je n’étais pas là, donc je n’étais pas au courant. Et quand j’ai rencontré Noss qui m’a présenté Reeno, Grodash, etc. tout le monde me demandait "mais tu étais où à cette époque ?!". Et bref, le contact s’est fait, c’était comme si on se connaissait déjà.

A : Et tu étais où justement si ce n’est pas indiscret ?

F : Ah bah, à droite à gauche… Un peu de son-pri, un peu de fiche de recherche.

A : Je vois. La vie quoi !

F : Ouais, la vraie vie ! D’ailleurs là faut pas se faire contrôler hein, tu fais attention ! [sourire]

A : Et l’album, c’est un one-shot, histoire de dire que ça aura été fait, où il y aura d’autres disques de l’Association de Dingos ?

F : L’album est là pour faire plaisir aux gens déjà. Ils veulent du Freko, réclament un album solo. Là je suis présent sur douze titres. Il y a un morceau solo pour Fredy K. Mais ce disque c’est aussi et surtout pour ceux qui ne connaissent pas encore Assos’ de Dingos. Pour les jeunes qui ne connaissent pas ATK ni rien de ce qu'on a déjà fait. Pour eux, ils se retrouvent avec un nouveau groupe. Et bien sûr qu’il y aura une suite, vu qu’on est une bonne vingtaine de rappeurs. Il va falloir sortir les solos des MCs qui sont prêts pour ça, et éventuellement en même temps un second album Assos’ de Dingos, puis mon solo… Qui ressemblera pas mal à ce que les gens ont pu entendre sur ce disque !

Da’Pro : Puis il y a aussi des membres de l’Assos qui n’ont pas pu poser sur l’album. Genre Jox Kardifrox, Toner, Mexik'1...

F : Ouais y en a beaucoup qui n’ont pas pu poser sur celui-ci. Par manque de temps, puis parce qu’on s’est aussi bien basé sur le noyau dur comme on dit. Les 4… heu…

L : Les 4 batards !

F : Ouais les 4 batards ! [rires]

D : Les 4 salopards [rires]

F : [rires] Ouais, Lars, Nicks, Freko et Noss. On s’est fait nos petits morceaux, on en a allongé certains pour accueillir des invités, à l’image de 'Majors, radios et célébrités' avec Da’Pro et Daddy Lord C. Il y a aussi les Zakariens qui sont là, on s'entend très bien avec Wira, mais finalement il n’y a pas trop d’invités hors du groupe.



A : Freko, comment ça se fait que tu poses si souvent les refrains ? C’est un kiff ?

F : Ouais, non, c’est pas un kiff, c’est pour les droits ! C’est une histoire d’oseille ! [rires] Non, je kiffe les refrains, je kiffe faire ça. D’ailleurs, souvent, quand on me demande un featuring, on me laisse souvent les refrains. Les gens savent que j’aime ça et que je sais le faire. Des fois j’y vais juste pour le refrain.

D : Et puis t’as la vibe pour que ça reste dans la tête.

A : C’est un savoir faire en fait.

F : Ouais et puis je ne sais pas, ça vient tout seul. Vu que j’aime bien la chanson française, les accords un peu chantés et tout… Le morceau 'Je suis artiste' d’ailleurs, je l’ai écrit en studio, très vite, et lors de l’enregistrement, Lars m’arrête en me disant que ça ne va pas. Je me dis "merde, j’ai foiré mon refrain !?". Et il me répond que non, c’est juste dans la voix. J’ai eu peur moi ! [rires].

D : D’ailleurs, tous les morceaux faits depuis l’album, Freko pose les refrains ! C’est un bon ciment pour ça.

L : [il chantonne] Tacatacatique !

F : Ouais, bah tiens, tu vois, ça c’est typique. On a enregistré un titre contre les flics où je reprends la ritournelle de Bourvil avec le gimmick "la tacatacatique du gendarme" ! On l’a enregistré dans les premiers mais on l’a mis de côté. Il sera sûrement sur l’album de Lars et Nicks. On garde des armes secrètes !

A : [Ndlr : à Lars] Toi tu es en duo avec Nicks en fait ?

L : Oui les Neggs maudits. Ca fait longtemps, on a jamais rien fait hormis des petites compils à droite à gauche.

A : Vous fonctionnez comme ATK en fait, il y a des groupes dans le groupe ?

F : Ouais, voilà. Pas systématiquement mais oui. Donc par exemple Lars et Nicks sont les Neggs maudits. Depuis 1994.

A : Freko, on dirait que tu fais moins d’autodérision, que sur ce projet, tu n’as pas été dans l’optique de lâcher des gros délires comme pouvaient l’être certains de tes freestyles radio ou encore les duos avec Cyanure, comme 'L’affaire hot-dog'. Tu n’as plus envie de déconner au micro ?

F : Non. Tu sais, il y a dix ans qui se sont écoulés, et il y a la maturité d’un mec de 30 ans. Quand "Heptagone" est sorti, on avait dix-huit ans et on était plus dans la rigolade. C’était plus hip-hop à cette époque-là, malgré qu’on avait déjà des vies de chiens et qu’on était déjà sur le ter-ter ! Mais quand on entrait dans le studio, c’était de la découverte pour nous. On a appris le métier comme ça, on était heureux d’y être. Quand tu es heureux d’un truc, tu vas pas te mettre à écrire des trucs sombres ou quoi. Là, la différence, c’est que déjà on arrive en studio on est défoncés, on ne tient pas debout. Il faut enregistrer, ça nous casse les couilles, à côté de ça on voit que tout prend du retard, on lutte pour la promo, ça va être une misère, parce qu’on se rend compte qu’on fait tout nous-mêmes et qu’on paie tout nous-mêmes. Forcément, vu l’argent et tout ce qu’on met là dedans, ça change, ça colle la rage. Si ça se trouve Sefyu ou Tandem chantaient des trucs plus marrants à l’époque. Mais peut-être que le jour où on aura une femme, des enfants, une belle voiture et tout ça, on pourra se radoucir. Les textes vont avec la vie, c’est tout.

A : En gros, actuellement, tu n’es pas dans un état d’esprit pour faire des trucs funs, amusants ?

F : Non, ça ne me plairait pas. Mais y'a des morceaux qui sont de côté, écrits, prêts à être posés sur des trucs funs, mais pour l’instant on n’a pas envie de les sortir du classeur. Ce n’est pas le moment. Au moins, ça caractérise bien nos vies et ça prouve qu’on ne raconte pas des bêtises. Tu sais, y'a des mecs super aigris qui font du Rn'B pour le zeillo. Nous aussi on taffe pour le zeillo, mais en restant nous-mêmes. Et si ça marche pas tant pis, c’est pas pour ça qu’on lâchera des morceaux funs juste derrière, en tongs. Faire des clips en bermuda sur le canal Saint-Martin ? Non. Pas pour le moment.

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