Interview DJ Premier

Que faire de dix minutes d'interview avec un pan entier de l'Histoire du hip-hop ? C'est l'équation à laquelle nous avons été confrontés fin septembre lors de la venue de Preemo himself à Paris. Notre plan : lui soumettre, au hasard, une poignée d'albums auxquels il a participé. Et espérer qu'il joue le jeu. Miracle : nos 10 petites minutes se sont transformées en une série d'anecdotes que nous ne sommes pas prêts d'oublier. Jugez vous-mêmes.

14/12/2008 | Propos recueillis par JB | English version

Interview : DJ Premier

The Lox – We are the streets (2000)

Je suis fan de The Lox. Je me souviens quand Mary J. Blige m'a parlé d'eux pour la première fois. C'était vraiment à leurs débuts, car c'est elle qui leur a permis de décrocher un contrat. Ils viennent du même quartier [NDLR : Yonkers, à New York], elle les aidait à démarcher en racontant à tout le monde qu'ils déchiraient. C'est arrivé aux oreilles de Puffy qui les a intégrés à Bad Boy Records. Nous, on était toujours fans. Quand je travaillais avec BIG sur l'album "Life After Death", on passait notre temps en studio ensemble. Il y avait moi, Biggie, Styles, Sheek, Jadakiss, Lil' Kim, tous dans le studio Daddy's House à traîner et taper la discute. C'était quand on bossait sur 'Kick in the door' avec Biggie. En ce temps-là, le groupe ne faisait même pas partie de l'effectif Bad Boy. Être amené à bosser avec eux sur le premier album, ça a donc été forcément un "oui" automatique. J'étais le seul producteur invité en dehors de Swizz Beatz. Hé ouais, c'était pour la rue que j'étais là ! C'est ce que je représente.

 

Limp Bizkit - Significant Other

Limp Bizkit – Significant Other (1997)

Mon ancien manager m'a appelé pour me demander de travailler avec Limp Bizkit. J'avais déjà entendu parler d'eux à l'époque où ils avaient remixé 'Faith' de George Michael. J'avais vu le clip et j'avais bien aimé la manière dont ils avaient tourné ça à la sauce rock. Après ça, j'ai entendu dire qu'ils préparaient un nouvel album. Method Man était annoncé dessus. Mon manager me demandait carrément à quel moment j'allais me mettre à bosser avec eux. Moi je lui ai répondu "Fred Durst ne sait pas rapper !" Ca aurait pu bousiller ma réputation de bosser avec lui. Mais il a insisté : "Method Man sera aussi sur l'album, tu ne veux pas au moins rencontrer le mec ?". Finalement, Fred Durst est passé au D&D Studios. Il m'a fait genre "Mec, je sais que tu ne veux pas travailler avec moi car je ne rappe pas terrible et tu as raison, mais ça fait longtemps que j'étudie ta musique. J'ai même tes mixtapes "Tape Kingz"". "Tu connais les "Tape Kingz" ?", je lui réponds, parce que c'était quand même un pur truc de rue, vraiment underground. Et lui me cite 'Heads over wheels', un morceau avec G-Dep. Moi : "Putain, tu connais G-Dep ?!". Du coup je lui ai dit "Tu sais quoi ? On le fait."

J'ai accepté de bosser avec lui car il avait mentionné des choses que je ne soupçonnais pas venant de lui. J'ai enregistré ses prises de voix en m'efforçant d'en tirer le meilleur parti. Ses prises n'étaient pas dingues mais on a fini par y arriver. Ensuite Method Man a posé sa partie. D'ailleurs à l'origine, l'instrumental était réalisé par Lethal. Le sample était déjà présent. En gros, j'ai pris ce sample en rejouant la partie qui fait "Du-du-du-dum". Je l'ai trafiqué différemment, en ajoutant mes drums et mes scratchs. C'était vraiment un remix à partir d'une version de travail. Si tu regardes le vynile 12 pouces, tu verras qu'ils ont mis le mauvais instrumental, cette première version. Les drums sont bizarrement trop bas, par accident ils ont oublié d'intégrer les miens. Au final, l'album est devenu leur plus gros succès, ils ont du en vendre 5 millions d'exemplaires. Grâce à ça, mon pote Vic Black et moi avons pu aller sur le tournage du clip. On s'est saoulé au Hennessy sur le plateau. Et en prime, Limp Bizkit m'a demandé d'animer leur soirée pyjama à la Playboy Mansion. Mon pote Headquarterz, paix à son âme, nous avait accompagné et s'est fait jeté par deux fois !  Il y a du beau monde, des mecs comme Leonardo DiCaprio et tout… Et moi, je passais du Ghostface ! Les mecs m'avaient demandé de rester 100% hip-hop. Il y avait des pin-ups Playboy dans tous les coins, et on a les photos pour le prouver ! C'est un bon souvenir. Je n'aurai sans doute jamais l'occasion d'être invité à nouveau à la Playboy Mansion, mais j'ai pu rencontrer Hugh Hefner ! J'ai fait des photos avec lui, il faisait genre [prenant une voix nasillarde] "Thank God for 'Nookie' !" [rires].

 

Fat Joe - The Elephant in a Room

Fat Joe – The Elephant in a room (2008)

Je connais Joe depuis des années. Je l'ai rencontré par l'intermédiaire de Showbiz et Lord Finesse. C'est une affaire de famille, le DITC, alors il peut appeler quand il veut… En plus, il m'a fait signer un deal mortel chez Atlantic Records via Terror Squad. Je sais que l'album n'a jamais vu le jour mais Joe n'a jamais rien remis en question. C'est le seul mec à m'avoir jamais accordé un deal avec une major où, dans le cas où ils voudraient se séparer de lui mais souhaiteraient me garder seul, mon contrat serait automatiquement dénoncé. Qui d'autre te filerait un contrat pareil ? Si jamais ils avaient voulu me garder à la place de Joe, ça aurait été genre "C'est bon, on t'a filé ta thune". Mais non : s'il se fait virer, je me barre avec lui. Et ça, c'est un deal qui défonce.

 

Nas - I am...

Nas – I am… (1998)

"I am…", c'est l'album avec 'Nas is like', c'est ça ? Et 'New York State of Mind pt. 2' aussi, ouais. Le bon truc avec celui-là, c'est que, parmi tous les albums de Nas, je n'avais jamais obtenu de single, et j'en avais toujours voulu un. Je voulais que 'New York State of Mind' soit un single. Je voulais que 'Represent' soit un single. 'I gave you power' avait bien failli devenir un single et être clippé, mais c'est tombé pile au moment où ils ont commencé à ôter les flingues des vidéos. Nas n'a pas pu trouver le moyen de tourner le clip de sorte que ça puisse fonctionner à l'image. En ce temps-là, il n'y avait pas YouTube, sinon on aurait quand même fait le clip. Nas a donc du changer d'avis. Mais quand il a fait l'album "I am…", il m'a dit "Yo, tu as le premier single, je vais tourner le clip à Queensbridge, juste à l'endroit où j'ai grandi. Il y a quelqu'un d'autre qui y habite maintenant mais il nous a donné l'autorisation de filmer". Donc on est tous allé à Queensbridge, on a tourné le clip avec tout ce monde et c'était dans la boîte. De toute ma carrière, c'est l'un de mes morceaux préférés.

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