Interview Svinkels

9 Juin, lendemain de fête de la 8.6. Une date calibrée pour rencontrer les Svinkels. Krevards désormais un peu bling-bling, du genre à exploser des pneus 17 pouces sur les débris d'une bouteille de cabernet d'Anjou, Xanax, Baste et Nikus Pokus restent fidèles à leur réputation. Ou presque, car de Prince à Booba, de Fredy K à Michaël Youn en passant par Robert Palmer et Drixxxé, la fête de la 8.6, elle, ils l'avaient un peu oubliée ! "On se dit qu’on va faire des morceaux sérieux, mais on n’y arrive pas". Pour ce qui est des interviews, par contre, c'est en bonne voie.

22/06/2008 | Propos recueillis par zo.

Interview : SvinkelsAbcdrduson : 5 ans pour pondre un album que vous définissez comme celui de l’immaturité, c’est un beau paradoxe quand même non ?

Xanax : Ouais, mais ce n’est pas le premier ni le dernier.

Nikus Pokus : Normalement, au troisième album, les médias vont dire que ça y est, c’est l’album de la maturité. Alors nous, pour contrer tout de suite, on décrète que c’est l’album de l’immaturité. Ce n’est malheureusement pas avec l’âge que tu deviens plus intelligent ou que tu grandis.

Gerard Baste : C’est surtout qu’il nous a fallu beaucoup de temps pour comprendre qu’en fait, il fallait qu’on revienne à l’essentiel, à savoir le côté petit con et un peu branleur qui nous caractérise. On avait envie de mettre ce côté en avant et de le faire contraster avec une grosse prod’. Bon, les cinq ans n’ont pas été que consacrés à l’album, on a fait plein de choses à côté. Mais on a voulu prendre le temps de faire quelque chose qui nous satisfasse vraiment. On aurait pu faire des mixtapes, 20 titres de freestyles sur des instrus cainris. Mais non, même si personnellement j’aime bien ça et que j’aimerais le faire un de ces quatre. Quand on fait un album Svinkels, on a envie qu’il s’y passe quelque chose de A à Z. Le but ce n’est pas de dire que dessus, il n’y a rien à jeter. De toute manière ce n’est justement pas à nous de le dire. Mais chaque morceau a sa place, chaque arrangement a été pensé, bref, tout est fait pour que l’ensemble soit cohérent. Pour nous c’est hyper important de faire un truc comme ça. Après, ce qui est mortel, c’est que tu te prends la tête à bosser, tu le fais bien, tu travailles dur, et au final tu te rends compte que c’est l’album de l’immaturité parce que c’est le plus stupide que tu n’aies jamais fait. C’est bien de se donner du mal pour faire des trucs bêtes !

A : Les disquaires ont souvent eu des difficultés à vous classer dans les rayons rap. A partir de "Bons pour l’asile", on a parfois eu l’impression que vous cherchiez une reconnaissance du milieu rap, à dépasser le délire que j’appellerais : les krevards parlent aux krevards. L’étiquette de ‘Reveille le punk’ vous a-t-elle poursuivie ? "Dirty Centre" est-il aussi une manière de définitivement vous affirmer comme un groupe de rap aux yeux du public et de ses prescripteurs ?

X : Non, ce n’est pas une question de reconnaissance. Ça on en a rien à foutre. Le vrai constat, c’est qu’il y a 10 ans, on n’arrivait pas nécessairement à retranscrire exactement ce qu’on avait dans le crâne. Maintenant on y arrive beaucoup mieux. Mais ça n’empêche pas que l’énergie qu'il pouvait y avoir dans le premier album, dans "Le punk" par exemple, tu la retrouves toujours aujourd’hui, mais sous une autre forme, détournée vers d’autres délires. Il y aura toujours ce côté un peu rentre-dedans dans Svinkels. En terme discographique, quand ça fait environ 10 ans que tu fais un groupe, au bout d’un moment, tu réfléchis avant de faire les choses, même si tu gardes un côté exalté comme le nôtre. Tu te demandes pourquoi, lorsque tu réécoutes ton album d’il y a 10 ans, tu as l’impression que tous les titres sont pourris et que tu n’as pas réussi à faire exactement ce que tu voulais. Puis tu poses un second album, et tu réalises que tu te rapproches de ce que tu veux exactement. Mais la reconnaissance, se coller ou se décoller des étiquettes, non, ça ça ne rentre pas en compte. C’est juste qu’avec notre expérience, on est de plus en plus capables de reproduire précisément ce que l’on a en tête.

G.B : Je crois qu’on a souffert de l’étiquette rock. Attention, ça nous a aussi apporté plein de trucs, particulièrement au niveau du live ! Mais cette histoire de classification dans les rayonnages, c’est vraiment quelque chose pour lequel on s’est battu et il a fallu 10 piges pour avoir gain de cause. Même si y a un ou deux morceaux teintés rock sur nos disques et qu’on est un groupe avec des concepts un peu rock et l’attitude qui va avec, on fait des disques de rap qui sont faits pour aller au rayon rap ! Moi je trouve ça dur qu’après nous avoir vu en concert, un type qui se pointe le lendemain au rayon rap d'un magasin pour acheter notre disque, bah il ne le trouve pas ! Tu crois qu’il va penser à aller dans le rayon nouvelle scène française pour le trouver ? Aujourd’hui cette histoire est réglée. "Dirty centre" est au rayon rap, bien qu’on ait toujours fait des disques de rap. On ne cherche pas la reconnaissance des autres mais effectivement on essaie de s’affirmer comme un groupe de rap, qui a sa vision de cette musique et sa manière de la faire. OK, il y a plein de groupes dans lesquels on ne se reconnaît pas, mais il y en a aussi plein dans lesquels on se reconnaît !

A :  "Dirty centre" semble délaisser le travail sur les champs lexicaux et le côté jeu de mots et références cachées qui émaillaient vos textes au profit d’un rap plus direct. Vos textes semblent plus spontanés, moins recherchés, et faire plus de place aux onomatopées et gimmicks. C’est d’ailleurs tout le concept du titre 'Faites du bruit'. J’ai lu que pour "Juste fais là" et "Tapis rouge" vous écriviez vos textes bien avant de penser aux instrus, alors que depuis "Bons pour l’asile" ça a changé…

G.B : Ouais, on a une manière de bosser qui est plus freestyle aujourd’hui.

A : Vous êtes plus dans la recherche de la musicalité en fait ?

G.B : Exactement. Tout simplement, ce qu’on a fait il y a longtemps, tout le délire des morceaux à grosse thématique, on peut dire qu’on l’a plus que fait, parfois même un peu en avance. A une époque, tu disais champ lexical à un rappeur, il ne savait pas ce que ça voulait dire. Après, une pléthore de morceaux du style "Je zappe et je matte" est arrivée. Aujourd’hui, on continue à recevoir des démos de mecs qui font du sous Svinkels et qui sont là genre "ouais regarde, j’ai fait un morceau, je cite tous les animaux dedans, tous les personnages de bandes dessinées". Bah ouais, c’est bien, mais je m’en fous mec si ton morceau il est tout pourri. Nous ce qu’on veut, c’est faire des trucs qui sonnent. Je sais pas, quand j’écoute les Ying-Yang twins, c’est super teubé, mais musicalement ça défonce ! Tout est basé sur le groove du truc. On a appris plein de choses en matière d’écriture et on a désormais envie de faire des trucs plus simples, plus agréables à écouter. On souhaite faire des trucs plus groovy, plus funky, et voilà… Tout simplement parce que ça ressemble aussi à ce qu’on aime écouter et entendre.

A : Le côté Gainsbarre de Xanax dans ‘Tout nu Yo !’, le sample de ‘We will rock you’ sur ‘Droit dans le mur’, les sons de Mario sur ‘Du PQ pour mon troutrou’. Finalement, les références ne sont-elles pas plutôt d’ordre musical sur ce disque ?

X : Si tu veux, à partir du moment où tu tartines, tu ne laisses pas de place à la musique. Comme là on n’a pas tartiné,  effectivement, on avait besoin d’avoir de vrais trucs musicaux derrière. Le but du jeu c’était que quand l’auditeur écoute "Dirty Centre", il soit content, il ait envie de bouger son cul, et non pas qu’il reste assis sur une chaise à dire "attends, attends, remets, qu’est ce qu’il a dit là ?!", tu vois ce que je veux dire ? Y a un truc pour ça, c’est les mecs qui font du slam.

G.B : Sur ‘Droit dans le mur’ l’idée au départ c’était de faire un truc qui sonne à la fois G-Funk et Queenesque. On se le dit entre nous, et forcément, à l’écoute ça se ressent aussi. Tout l’album est aussi basé sur ce besoin d’assumer aussi bien ce que nous sommes que nos influences. On n’a jamais vraiment donné de direction musicale à nos disques. Là pour une fois, on s’est dit "on veut faire un truc qui va sonner comme ça, qui va dans cette veine là" et voilà… Au final ça s’entend.

A : Baste et Xanax, vous avez votre interlude solo sur "Dirty centre". Ce n’est pas ton cas Nikus. T’es puni ?

G.B : Si il en a une ! C’est ‘On ferme’.

A : Ouais c'est vrai, mais je ne sais pas, c’est peu rappé au profit d'une ambiance, c’est plus l’outro quand même non ? Dans la vibe de celle de Qhuit…

N.P : Oui c’est l’outro, mais je l’ai fait comme une interlude. J’ai même pas réfléchi au fait que ça allait être le dernier titre. Enfin si, j’y ai pensé quand j’ai fait la fin, où je laisse un blanc avant que la patronne de bar reparle pour clôturer le disque.

G.B : Chacun a sa petite intervention qui ressemble à sa personnalité. Moi voilà, j’adore la culture pop, le name-dropping, la télé-réalité qui me fait trop marrer, donc j’avais envie de faire ‘La ferme’. Lui [il désigne Xanax], il a fait son truc de pimp [rires]. Et Nico voilà, les bars quoi…

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