Interview Wax Tailor

Le succès de ses deux albums instrumentaux lui a valu de porter les étiquettes les plus incongrues, mais Wax Tailor insiste : aucun doute à avoir, il est bien un artiste hip-hop. Et c'est tout naturellement qu'il a fait escale avec ses musiciens au Festival L'Original de Lyon. Le temps pour nous de dégainer le dictaphone pour parler sampling, concerts et évolution musicale avec le talentueux producteur.

11/05/2008 | Propos recueillis par JB

Interview : Wax TailorAbcdr du Son : J'ai l'impression que tu es perpétuellement en tournée. Tu en es où actuellement ?

Wax Tailor : Là, ça fait un peu plus d'un an qu'on est sur la route. La tournée s'est divisée en trois grands blocs et on arrive à la troisième phase. Beaucoup de dates en France, en Europe, aux Etats-Unis, au Chili, au Mexique… On est allé un peu partout. Je ne fais pas le décompte mais pour cette tournée, on doit approcher 150 dates. C'est une longue tournée, mais pouvoir présenter ce projet en live est un moment important, donc tout va bien !

A : Qui sont les musiciens qui t'accompagnent sur scène ?

W : Je suis entouré de quelques outillages : sampler, platines, mini-table, etc. Je suis accompagné par Marina Quaisse au violoncelle, Ludivine Issembourg à la flûte, Charlotte Savary au chant. Et le grand dadais à mes côtés qui s'occupe de faire des gribouillages dans notre dos pendant les concerts s'appelle Nils Incandela [NDLR : designer-scénographe].

A : Toi qui travaille avec des machines, quelle relation as-tu avec tes musiciens qui utilisent des instruments traditionnels sur scène ?

W : C'est un temps assez spécifique. Autant le studio est un moment solitaire où tu crées tes titres, tu fais venir tes invités, tu collabores sur un angle un peu différent, autant la tournée s'apparente plus à un travail de groupe : on a un temps de résidence, on travaille, on discute, on échange. Ce n'est pas moi qui arrive avec toutes les propositions, on essaie de mettre en place la notion de spectacle ensemble. Ce spectacle n'est pas le mien, il nous appartient à tous. Quant au rapport machines/instruments, il est assez logique quand tu regardes l'approche des arrangements sur l'album. Ce n'était pas un Rubicon à franchir. C'est une approche différente qui amène à faire évoluer les arrangements sur scène, mais c'est plutôt enrichissant au final. Pour moi, c'est un retour des choses qui m'enrichit quand je me retrouve de nouveau en studio par la suite.

A : Justement, avec ce rythme de tournée éreintant, est-ce que tu réussis à te projeter dans ton prochain album ou est-ce que tu vis dans l'instant ?

W : Il y a un petit peu des deux. Je ne crois pas qu'on soit constamment en mode création. Au bout d'un moment, quand tu es en tournée, tu es un peu frustré de pas pouvoir faire du son en studio. Donc tu y reviens un peu plus frais, car tu as une envie, une énergie. Inconsciemment, un mécanisme se met en place et te permet de travailler. De la même façon, quand tu passes six mois en studio, tu commences à tourner en rond et tu te dis "Vivement que je parte en tournée, j'en ai marre !". Je pense que les choses se répondent bien, c'est un équilibre.

A : Tu es aujourd'hui au festival L'Original, un gros événement hip-hop. Vois-tu ça comme un retour aux sources ?

W : On peut dire ça. Je me sens plus dans mon élément dans un festival comme celui-là que dans certains festivals électro où on s'est retrouvé coincés entre deux trucs de jungle. Ce n'est pas un jugement esthétique, mais ce ne sont pas vraiment mes affinités sonores. Je t'avouerai que ça me fait assez plaisir d'être ici. On va faire le Hip-hop Camp en Europe de l'Est avec The Roots au mois d'août, et j'en suis super content car de l'extérieur, avec toutes ces étiquettes qu'on essaie de coller aux genres, la perception finit par changer. C'est bien que des gens à qui on n'a pas rabâché que Wax Tailor portait telle ou telle étiquette pensent à nous programmer dans un festival hip-hop. On y pense, et ça reste cohérent.

1 | 2 | 3 |