Interview Arm (Psykick Lyrikah)

La voix de Psykick Lyrikah, c'est lui. Celle qui ouvre et clôt le spectacle "Hamlet, thème et variations" aussi. L'alter ego d'Iris sur le morceau 'Métronome' du projet "Soul'Sodium", c'est encore lui… Rencontre sous forme d'abécédaire avec Arm, un homme dont ceux qui le connaissent de près disent de lui qu'il ira loin.

20/01/2008 | Propos recueillis par Anthokadi avec PJ

Interview : Arm (Psykick Lyrikah)5 albums :

- David Axelrod : "Songs of experience". Groove incroyable et arrangements sompteux.
- Elliott Smith (toute sa discographie). Pour moi le plus grand songwriter… triste destin.
- Lhasa "The living road". Je suis très ému par sa musique et son chant. Ce deuxième album est celui que je préfère.
- Ice Cube "Amerikkka’s most wanted". Tellement patate, il tourne souvent, encore maintenant.
- Lunatic "Mauvais œil". Le disque de rap français que j’ai dû le plus écouter.


5 concerts :

- Matt Elliott. Période "drinking songs", seul avec ses loopers, grand moment.
- "L’aurore" par Olivier Mellano. Un tel film mérite le plus bel accompagnement live. Et pour la performance.
- Dominique A. Découvert sa musique tardivement, sur scène... Ça m’a scié. C’est un artiste pour lequel j’ai beaucoup d’admiration, autant sur le plan musical que sur celui du texte.
- Cypress Hill. Période “IV” aux Transmusicales de Rennes. Pas le meilleur disque mais quelle ambiance…
- Lhasa. Pour les mêmes raisons que plus haut, mais cette fois en vrai.


5 films :

- "Paris, Texas" de Wim Wenders. Pour moi le plus beau film du monde.
- "Les sept samouraïs" d’Akira Kurosawa. Beau et brutal, j’aurais pu te citer "Ran" ou "Dodes’Kaden", et presque tout ce que Kurosawa a fait. Je me souviens lorsqu’il est mort, les cinq secondes que ça a fait dans le JT. Mais c’est comme ça, la France aime ses têtes locales.
- "Heat" de Micheal Mann. Pour les acteurs, l’atmosphère, la façon de filmer…et la fusillade bien-sûr.
- "Mystic River" de Clint Eastwood. Superbement joué, filmé, et une ambiguïté dans le propos qui fait la force du film.
- "La ligne rouge" de Terrence Malick. Pour le regard qu’il offre sur tout.


5 livres :

- "1984", George Orwell. Nous a inspiré 'Salle 101' au lendemain du 21 avril 2002.
- "Melmoth", Charles Robert Mathurin. Un homme se damne et traverse les époques en quête de redemption. Etrange et magnifique.
- "Le double", Fedor Dostoïevski. A la fois terrifiant et drôle, comme cette Russie d’excès dépeinte à cette période.
- "Le Maître et Marguerite", Mikhaïl Boulgakov. A inspiré 'Un félin près du maître' sur Acte, la version originelle étant sur le prochain album. Des moments de poésie lunaire hallucinants.
- "Ubik", Philip K. Dick. Classique. Superbe intrigue.


5 morceaux :

- 'Between the bars', Elliott Smith. Le dernier verre…
- 'Les vieux', Jacques Brel. Parce que l’horloge...
- 'Rue des marais', Dominique A. Pour l’ambiance, la voix, et le texte magnifique.
- 'Ciel éther', Iris. Parce qu’Iris est un tueur. J’adorais ce morceau bien avant de le rencontrer. Et le son de ParaOne est terrible.
- 'Chez moi', Casey. Parce que comme 'Ciel éther', c’est un très beau morceau d’hommage, et parce que le rap de Casey est très fort.


Arm : Ce pseudo vient des paroles d’une chanson que j’étais en train de lire dans le livret d’un disque, je ne sais plus lequel. Je cherchais un blaze pour le tag. C’était simple et court. L’explication ne va pas plus loin. L’origine des pseudos c’est souvent comme ça.


Atemporalité : Je m’en rends compte. Ce n’est pas calculé mais finalement ça me plaît. En fait les trucs que je décris sont souvent d’ordre visuel et ressentis, donc je n’éprouve pas le besoin de rajouter des touches ultra-référencées. Mais c’est pas un truc que j’évite non plus, j’aime d’ailleurs écouter ça chez plein d’artistes : leurs pompes, leurs bouffes au Mac Do, leurs plans soirées... C’est quand même typiquement un truc qu’on remarque dans le rap, parce que dans les trucs pop, rock ou chanson, plein de textes sont assez abstraits ou intemporels et personne n’y fait attention.


B.O. : Il y a eu une seconde bande originale d'"Hamlet" parce que le spectacle a connu une deuxième version de mise en scène, du coup plein de nouveaux morceaux ont été composés. Le premier disque devenait un peu décalé par rapport à la pièce qui se jouait, on avait envie de sortir toutes ces nouvelles choses. Robert le Magnifique a composé la plupart de l’album, il a aussi quasiment tout réalisé. Pour moi c’est presque son nouveau disque.


Cheminement : Je fais de la musique depuis tout petit. J’ai appris le solfège et la guitare. J’ai été élevé notamment par ce qu’écoutait mon grand frère, des trucs assez punk et new-wave. C’est aussi lui qui m’a fait découvrir le rap. Il passait des week-ends au Val-Fourré et ses potes lui faisaient des cassettes de fous qu’il ramenait à la maison, Expression Direkt, la clique Boot Camp, les premiers Cypress Hill… J’avais plus de mal avec les trucs West Coast, sauf Ice Cube. J’ai continué à apprendre la musique, à écouter plein de trucs très différents. Tout se mélangeait, mes parents écoutaient beaucoup Leonard Cohen, Joan Baez, des trucs assez folks et des musiques de films. Ensuite comme beaucoup de ma génération, il y a eu le raz-de-marée Nirvana, le Wu-Tang, etc. Plus tard, des disques comme ceux de Company Flow, Cannibal Ox ou La Caution m’ont prouvé qu'il était possible de créer un rap nouveau. Aujourd’hui je revendique ma pluralité musicale, mais je reste très difficile dans ce que j’écoute. J’aime autant Elliott Smith que M.O.P, autant Booba que Nick Drake.


Ciné-concert : Le 12 mars 2006, j’ai assisté à la projection du film "L’aurore" de Friedrich-Wilhelm Murnau mis en musique par Olivier. Il avait composé toute une bande-son qu’il jouait en live sur le côté de la scène. La salle était pleine à craquer, et les gens sont ressortis de là les larmes aux yeux. Sans mentir, c’est l’un des trucs les plus beaux que j’ai jamais vu de ma vie… Je ne connaissais pas le film. J’ai pris une claque et du coup cette bande-son extraordinaire m’obsédait. Olivier m’a filé l’enregistrement de la prestation, j’ai pensé à écrire un texte sur une des scènes du film. Ça a donné le morceau 'L’ aurore', et j’ai écrit 'La poursuite' un peu plus tard. Ce sont en fait deux scènes qui se suivent dans le film, il était donc indispensable qu’elles se suivent aussi sur le disque. Il y a le regard d’une femme sur 'La poursuite', puis celui d’un homme sur 'L’aurore'. Je suis content d’avoir fait ces deux titres, très fier aussi puisqu’ils m’ont permis d’écrire différemment de ce que je fais d’habitude. C’est aussi pour moi un petit hommage personnel à ce ciné-concert, qui, plus d’un an après sa première, me rappelle à quel point ce que j’ai vu était d’une grâce totale.

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