Interview Al'Tarba

Voici l'histoire d'un jeune homme dont les principaux centres d'intérêt sont le rap, l'ultra-violence et la confection de beats crados. Bienvenue dans le monde d'Al'Tarba

02/12/2007 | Propos recueillis par Julien

Interview : Al'Tarba

Abcdr du Son : Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?

Al'Tarba : Salut ! Moi c'est Al'Tarba, 21 ans, beatmaker de Toulouse, officiant également dans le groupe Droogz Brigade. J'aime les beats sombres et crados, les films gore des 70's et le hardcore/punk qui groove, à la Madball ! Je fais des beats depuis environ 5 ans et j'ai sorti il y a quelques mois mon premier skeud, "Rap, Ultraviolins & Beatmaking".

A : C'est qui/quoi précisément la Droogz Brigade ? Vous avez déjà sorti quelque chose ?

Al : La Droogz est un groupe toulousain composé de 4 rappeurs aux styles de voix  et de textes bien différents (Sad Vicious, Herken, Rhama le Singe, Staff l'instable) et d'un beatmaker/rappeur – moi-même, Al'Tarba. Le groupe existe depuis environ 3 ans. On est avant tout des potos, avant même de faire de la zik. Deux titres du groupe sont dispos sur "Rap, Ultraviolins & Beatmaking". Là on taffe sur un album qui devrait voir le jour d'ici quelques mois. Je m'occupe de la production. Ca va être sale : des thèmes  torturés, des concepts de morceaux bien spécifiques... Tout un programme !

A : Tu rappes également, donc. Qu'est-ce qui a fait que tu t'es plus concentré sur la prod, à un moment donné ?

Al : En fait j'ai rencontré il y a quelques années Sad Vicious, par l'intermédiaire d'un pote. J'écoutais beaucoup de punk et de hardcore à l'époque ; j'avais plus ou moins lâché le rap bien que ça ait été une des premières musiques m'ayant poussé à acheter des disques. Sad écrivait des textes et écoutait des trucs comme Necro ou Killarmy, qui m'ont tout de suite fait accrocher. Je commençais à m'intéresser à la musique assistée par ordinateur pour enregistrer des maquettes pour le groupe de punk dans lequel je jouais et je me suis mis à faire des beats hip-hop, des trucs hyper-bourrins et crados sur lesquels il hurlait des textes revanchards [rires]. J'te jure, on sentait vraiment l'influence punk dans nos sons de cette époque... A partir du moment où je me suis mis à faire des beats, impossible de lâcher l'affaire, et maintenant c'est une de mes activités principales ! Au début j'avais qu'un ordi et Acid Pro 4 dessus. Au fil des années le matos et les beats ont évolué mais la démarche est restée la même : faire des trucs sales d'inspiration new-yorkaise.

A : Au fait, le nom "Droogz" ça vient du film de Kubrick "Orange Mécanique", non ? Du visuel de ton album jusqu'à certains concepts de textes et d'instrus, on sent que t'as été bien traumatisé par l'atmosphère du film. Qu'est-ce qui t'as tellement marqué là-dedans ?

Al : Déjà, comme beaucoup de gens, j'ai toujours aimé le cinéma de Kubrick, de "Shining" au "Docteur Folamour" ou "Full Metal Jacket"... et évidemment "Orange Mécanique" ! On a repris certains concepts du film avec le groupe, c'est vrai, dans nos visuels et dans le langage que l'on emploie dans nos textes. Par exemple, pour "droug" c'est comme ça que s'appellent les membres du gang d'Alex dans le film. En vérité cela veut dire "pote" en russe. L'univers, la musique, l'esthétique bizarroïde du film, on s'en est pas remis. [rires]

Je pense que, dans ce film, Kubrick montre au spectateur la violence d'un façon très stylisée et esthétique, d'une part pour correspondre à la mentalité de son personnage principal, Alex, qui est à la fois super violent et raffiné, mais aussi pour dénoncer plusieurs formes de violence. Je veux dire que dans ce film son but n'a jamais été d'en faire l'apologie comme beaucoup de gens lui ont reproché à l'époque. Eh bien quand t'écoutes les textes du groupe tu vas entendre plein de métaphores violentes, des trucs ultra-sanglants parfois : on te décrit la violence qu'il y a autour de nous en une forme de poésie qu'est le rap. Pareil pour les beats : certains sentent les bas-fonds et la crasse à base de samples de films ultra-glauques et de batteries qui tapent, mais c'est pas du tout dans l'optique de jouer les ultra-violents, crois-moi. D'ailleurs on est plutôt coolos comme gadjos, alors que les Drougs du film, eux, sont de vrais salopards ! Enfin voilà, sans nous comparer au génie de Kubrick, je pense que c'est un truc qui peut aussi nous rapprocher d'"Orange Mécanique", dans la démarche.

Et puis surtout on trouvait que "Droogz Brigade" ça sonnait bien, alors voilà on a pris ce nom !

A : En tant que fan de ce film et de Necro, t'avais dû particulièrement aimer le maxi 'Agent Orange' de Cage (produit par Necro) qui en samplait la BO, non ?

Al : Ah mais ouais carrément ! Je vais pas te mentir, Necro c'est le beatmaker qui m'a le plus influencé, avec RZA et Stoupe. J'ai toujours aimé son taff, cette manière de faire des trucs bien morbides sans sonner horrorcore guignol comme on en entend beaucoup. Ce maxi c'est un classique, une bête de combinaison ! Necro, je suis toujours la moindre de ses sorties. En revanche, Cage je préférais l'époque de "Movies for the Blind", quand il prenait encore de la drogue [rires]. Maintenant j'aime moins.

A : En plus avec Necro vous avez un parcours un peu commun, passés du rock (punk pour toi, métal pour lui) au rap... Tu penses quoi de son retour vers des sons très rock depuis quelques années ?

Al : Moi ça me déplaît pas. Tant qu'il lâche pas le hip-hop ! Le truc intéressant dans sa démarche de faire des sons plus orientés "rock", c'est-à-dire metal ou HxC [ndlr : hardcore, sous-genre de la musique punk], c'est que ça sonne tout de même "street". Comment dire... ça sonne pas neo-metal d'ado boutonneux et dépressif qui mélange flow et guitare comme on en entend beaucoup à droite à gauche. Son truc sonne metal 80's ou punk hardcore. D'ailleurs tu retrouves des légendes en featuring avec lui, comme Cro-Mags ou Voivoid.

Personnellement, je trouve le résultat plutôt bon, même si je ne suis pas fan de tous les morceaux typés rock qu'il a fait mais seulement de certains, comme 'Belligerant gangsters' ou 'Push it to the limit', avec le gars d'Hatebreed au refrain. Nous-mêmes on va tenter le truc avec Droogz Brigade, mais encore une fois pas avec n'importe qui. Un feat avec le groupe de hardcore Fat Society va se faire sous peu : ça va être du lourd, pas du Pleymo ! [rires]

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