Interview Focus...

Fils d’un célèbre bassiste, Bernard Edwards Jr. a.k.a. Focus… (points de suspension inclus) vit dans la musique depuis tout jeune. Mais c'est depuis que Dr. Dre l'a signé sur sa structure Aftermath que ce producteur de 36 ans fait vraiment parler de lui. Au lendemain d’une session studio pour son album solo, l'arme secrète de l'Abcdr a pu interviewer celui qui, avec Hi-Tek ou Nottz, représente le son Aftermath.

18/11/2007 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec JB

Interview : Focus...

Abcdr : Je ne pense pas que tout le monde te connaisse : peux-tu te présenter rapidement ?

Focus... : Je m’appelle Focus…, je suis producteur au sein d’Aftermath. Ça va faire bientôt six ans que je suis dans le « game » et mon but est de créer ma propre légende.

A : Tu viens d’une famille où la musique a toujours eu son importance. As-tu toujours voulu devenir musicien ou est ce que tu as été forcé ?

F : Oui et ça depuis que je suis petit. J’ai toujours voulu faire parti de cette industrie. Mon père était bassiste et chanteur dans un groupe qui s’appelait CHIC. Il a écrit beaucoup de tubes en compagnie de Nile Rodgers. Il a travaillé avec beaucoup de monde : Rod Stewart, Diana Ross, les Jackson et encore plein d’autres. Je voulais vraiment lui ressembler quand j’ai commencé à produire. C’est mon idole.

A : Il est mort dans sa chambre d’hôtel suite à une pneumonie après un dernier concert. Qu’à t il appris de plus important dans la vie et dans la musique ?

F : J’ai beaucoup appris de lui en le regardant faire. J’ai appris combien c’était dur d’entrer dans cette industrie et d’y rester. Mes frères, mes sœurs et moi, le regardions jouer des instruments et on essayait de faire les mêmes choses tout seul, dans notre coin. J’ai appris la basse, la guitare en autodidacte et j’ai pris des leçons de batterie et de piano. Mais l’instrument que je maîtrise le mieux à l’heure actuel reste le piano.

A : Pourquoi as tu décidé de faire du hip hop plutôt que juste jouer de la basse dans un groupe ?

F : J’ai toujours voulu devenir un producteur et je ne voulais pas faire la même chose que mon père. Et les producteurs ont toujours le dernier mot [rires].

A : Penses-tu que les lignes de basses sur tes sons sont spéciales du fait de ton éducation musicale ?

F : Le fait que mon père soit bassiste m’a énormément aidé pour les lignes de basses. J’aime le son des vrais instruments de musique, pas ceux des instruments électroniques. Tu ne peux pas vraiment sampler une basse car tu n’auras jamais la même qualité de son si un bassiste la joue à coté de toi. C’est pourquoi j’utilise beaucoup d’instrumentation dans mes sons.

A : Quelles étaient tes premières influences ?

F : Mon père bien sûr, Prince parce qu’il jouait beaucoup d’instruments, Quincy Jones et Dre car c’est un perfectionniste dans tout ce qu’il fait. Dre m’influence encore beaucoup. Ce que j’aime chez lui c’est la dimension de ses sons : elle est énorme ! Je pense que c’est ce qui différencie Aftermath des autres labels, on a notre propre son et tout le monde est capable de le reconnaître.

A : Tu es né à New York mais tu as fini par bouger sur Los Angeles. Qu’est ce qui t’as motivé à prendre cette décision ?

F : Je voulais être indépendant et pouvoir devenir celui que je voulais être sans avoir à porter le poids de l’hérédité sur mes épaules. Je ne voulais pas être le fils à papa qui réussit dans la musique grâce à lui. Pour ça, il a donc fallu que je parte loin de New York et Los Angeles m’a semblé être une bonne destination.

A : Quelles étaient tes premières impressions sur la scène locale quand tu es arrivé là – bas ?

F : Tous les gens qui arrivent ici pour la première fois sont excités par la ville. Tu croises beaucoup de célébrités dans les rues, il ne fait jamais froid et la musique ici est vraiment bonne. J’ai toujours aimé la scène musicale de Los Angeles et ça a donc était très facile pour moi de venir vivre ici.

A : Toute la nouvelle scène "La New West" semble très unie, comparée à celle de New York. Est-ce que cela t’aide pour te développer d’un point de vue personnel ?

F : Ce qui est magnifique dans "La New West" c’est qu’il y a beaucoup d’artistes de la nouvelle génération qui font de la très bonne musique et qui ramènent un nouveau son pour la West Coast. Je pense être la personne qui produit ce nouveau son et je contribue donc beaucoup au mouvement. Il est clair qu’évoluer dans un tel environnement est bénéfique pour tout le monde.

A : Aujourd’hui tu vis à Atlanta. Est-ce que cette ville t’influence ?

F : J’aime la ville et les gens qui y habitent mais je n’aime pas la musique qui en sort. La musique y est devenue tellement simple et minimaliste que c’est presque impossible pour moi de l’écouter. Plus je vieillis et plus ce style de musique m’insupporte. Mais je respecte la musique des producteurs de la vieille école comme Lil' Jon et Jazze Pha.

A : Penses tu que tes origines East Coast se ressentent dans tes sons ?

F : Toujours, je suis de New York à la base, et mon influence New Yorkaise peut se ressentir dans mes caisses dans leurs manières de taper, elles sont très aggressives.

A : Comment décrirais-tu ton son ?

F : Une description basique de mon son serait de dire qu’il a une influence de l’Est, avec un mix de la West et un zest de Sud [rires].

A : Quand tu fais le point par rapport à ton travail il y a deux, quatre ou six ans, quelles sont les évolutions qui te semblent les plus importantes dans ta façon de faire de la musique ?

F : J’ai mûri dans ma manière de faire mes beats et je suis plus à l’aise dans mon son. Je me suis trouvé un son et je sais maintenant ce que les gens attendent de moi quand ils veulent des productions. Je sais quelles caisses utiliser et quel(s) piano(s). Sans jeu de mot : "I’m a lot more Focused now !" [rires].

A : Te rappelles tu le jour où tu as signé sur Aftermath ?

F : Bien sûr ! En fait, j’avais commencé à bosser pour Dre un an avant de signer le deal. Il aimait ce que je faisais et voulait me signer sur son label. Je suis allé en studio à Los Angeles et il était là en studio (je crois qu’il bossait sur le premier 50 Cent) avec Eminem. Il m’a pris à part pour me dire que mon travail lui plaisait et qu’il voulait m’intégrer à son équipe. La seule chose qu’il m’a demandée c’est de travailler. Je lui ai dis que j’étais prêt et quelques instants plus tard j’étais en studio.

A : Pourquoi Dre t’a t il signé à ton avis ?

F : Je ne peux pas vraiment te dire mais je pense qu’il a vu le potentiel en moi et quelque chose dont même moi je n’avais pas conscience à ce moment là. Il savait dès le début que mon son prendrait une autre dimension avec le temps.

A : As-tu eu et as-tu encore de la pression en travaillant avec lui ?

F : Chaque putain de jours [rires] ! C’est très difficile de satisfaire un perfectionniste. C’est la définition même du perfectionniste, il peut passer des heures à mixer un charlet, une caisse ou a essayé de nouvelles mélodies. Mais c’est une bonne chose car cela nous permet de rester à l’affût et de toujours vouloir se surpasser.

A : As-tu déjà travaillé avec lui sur un même son ?

On a travaillé sur ce son qui ne sortira sûrement jamais, c’était un jour où l’on était en studio, Dre, Mike Elizondo et moi. Mais je n’ai jamais plus travailler en studio avec lui après ce jour-là.

A : Même pour les beats que tu vas avoir sur "Detox" ?

F : [rires] N’essaye pas de me soutirer des informations classées confidentielles ! Pour l’instant je n’ai pas de beat sur Detox mais j’y travaille en ce moment.

A : Quel est le meilleur conseil que tu as appris en travaillant avec lui ?

F : D’être moi-même ! Il m’a dit que s'il m’a signé c’est pour que je reste moi-même.

A : De nombreux producteurs affiliés à Aftermath ont en commun la simplicité de leurs arrangements sonores (je pense à Hi-Tek et 'Runnin'', Scott Storch et ta prod pour 'Live by the gun' de Tony Yayo). Peut-on parler d'une influence, d'un enseignement de Dre ou d'une simple coïncidence ?

F : C’est définitivement l’influence que Dre peut avoir sur nous. Je pense que nous sommes tous signé sur Aftermath du fait que nous sommes similaires. Je ne parle pas de notre son mais de notre approche du son. Nous n’avons pas peur de tenter des nouvelles choses et d’amener la musique encore plus loin. Je crois que c’est un trait de caractère que nous avons tous en commun.

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