Mala - Himalaya

Chronique par Mehdi - Publiée le 06/06/2009

Son entrée historique sur 'Beat de Boul est dans la sono', ses apparitions aux côtés de Booba ('Hommes de l’hombre', 'Nouvelle école'), ses phases les plus célèbres ("Star des bandits je suis")… En guise d’introduction de l’album, Mala braille ses références histoire de planter le décor. S’il est aujourd’hui un des "potes du héros" au sein du 92i, second couteau qui parade dans les clips et pose un couplet de temps en temps, Mala n’en demeure pas moins une figure à part entière de l’histoire rapologique de Boulogne. Cité dans les couplets des Sages Po dès leurs premiers albums, auteur d’entrées en matière au bulldozer sur les deux posee cut légendaires des EP du Beat de Boul’, membre fondateur du 92I quand il était encore un véritable réservoir de talents, freestyleur radiophonique mémorable… Et surtout membre d’un groupe mythique, la Malekal Morte, qui est clairement identifiée (Bram’s/Mala/Issaka) mais n’a été que trop rarement réuni. A ce titre, leur dernière sortie au complet sur l’avant-dernier album de Booba fait aujourd’hui figure de pièce de collection.

Un album de Mala, éternel rookie, en 2009 a donc forcément de quoi susciter l’intérêt. Celui qui aurait arrêté d’écouter du rap il y a dix ans de cela et serait tombé dans un profond sommeil façon Mel Gibson dans "Forever young" sera forcément désarçonné à l’écoute d’"Himalaya". Ceux, en revanche, qui sont familiers de l’évolution du 92I et des nouvelles sonorités que le duo Animalsons a dévéloppé depuis "Autopsie volume 2" se retrouveront dans ce disque. En laissant ces derniers produire 13 des 16 sons de l’album, Mala avance en terrain connu. Pire, on pourrait presque penser qu’il a laissé la direction artistique du projet à d’autres. Animalsons aux machines, la star du crew en featuring sur le premier single, des proches invités à collaborer… A première vue, "Himalaya" s’apparente à un album de Lloyd Banks ou de Tony Yayo, incapables de se défaire de l’emprise de 50 cent sur leurs albums solos.

C’était sans compter sur la personnalité de Mala. En ce sens, "Himalaya" n’a rien d’un "0.9" bis. Déjà parce que Marc Jouanneaux d’Animalsons est sûrement allé plus loin qu’il ne l’avait jamais été. Architecte musical quasi intégral de l’album, cette première salve de Mala est aussi la sienne. Plutôt que de chercher à placer à tout prix le hit de l’année, il a eu cette fois toute la liberté pour explorer différentes palettes sonores. Bénéficiant de la confiance totale du rappeur, il passe d’instrumentaux agressifs aux ressorts apparemment boiteux ('J’suis pas ta copine') à de véritables revivals des sonorités dance des 80’s ('Où sont mes bandits') jusqu’à créer des ambiances futuristes aux accents apocalyptiques ('Tu m’connais pas'). La plus grande réussite étant sûrement la prod de l’imparable 'Danse pour moi', bombe hypnotique qui a tout pour finir en haut des charts. Les autres compositeurs de l’album ne sont pas en reste dont le trop rare Fred Dudouet qui est à l’origine de l’excellent 'Délit de faciès'.

Le reste est pris intégralement en charge par Mala. En effet, même si le tout est agrémenté de quelques featurings, on a l’impression que Mala est tout seul du début à la fin. Il donne d’ailleurs lui-même la meilleure définition possible de son personnage : "Ambianceur rarement ambiancé". Autant les morceaux semblent calibrés pour les clubs et les voitures, autant lui, au micro, paraît incapable d’esquisser le moindre sourire ou de danser sur un de ses sons. Gueulard à souhait qui use à outrance de sa voix caverneuse, Mala est comme le personnage central de la trilogie "Evil dead" de Sam Raimi. Au départ, Ash n’est qu’un membre de la bande, plutôt timide et pas spécialement destiné à être leader. L’évolution de la situation va le transformer en dernier rempart contre la rébellion des esprits, hache dans la main gauche, fusil à pompe dans la main droite. Comme Ash, Mala est en guerre et quand il exhorte les gens à danser, il le hurle de sa voix désespérée comme s’il annonçait la fin du monde. L’analogie prend tout son sens lors d’un titre comme 'La Malekal'. L’espèce d’orgue d’église que Bernyprod a savamment distillé aide à conférer une ambiance unique au morceau que Mala habite totalement de sa voix de baroudeur. Finalement, peu importe que certaines tournures lyricales laissent franchement à désirer et que Mala ait poussé l’insolence jusqu’à inclure les paroles dans le livret. L’essentiel de sa prestation est dans son interprétation.

Une heure durant, Mala donne le sentiment de savoir parfaitement où il va. Plus étonnant, Booba, lors de ses deux apparitions, n’éclipse pas le maître de cérémonie du jour, bien au contraire. Ce qui n’empêche pas B20 de rappeler une nouvelle fois ses craintes de nouveau riche ("J’fais des cauchemars, j’ai des soucis, j’ai rêvé que je roulais en Laguna"). Peu importe qui l’accompagne, Mala emmène l’auditeur dans une jungle nocturne, souterraine et violente où l’alcool coule à flots ("Laisse moi cuver mon sky, alcoolique je suis et alors ?"), les femmes sont faciles et où il prononce des discours à la limite de la compréhension ("Les cons je les cavale et mon sperme les putes avalent, Mala écarte leur trou de balle avec un bon ballon oval, ces pédales sont trop banales, qu’ils aillent tous clamse dans le canal, ils auront tous un nouveau chef qui s’apelle shhhhhht… pédale") saupoudrées de menaces improbables ("Fais pas ton glaçon") du haut de son trône conquis à la sueur de ses poings.

Alors qu'on attendait au mieux un album efficace à la durée de vie limitée, "Himalaya" est un authentique voyage musical dans lequel Mala camoufle habilement ses quelques lacunes derrière un concept parfaitement maîtrisé. Plus que jamais, Mala est dans la sono.

 

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