Youssoupha - A chaque frère Chronique par Nicobbl - Publiée le 29/07/2007 La relève du rap français. Voilà ce qu’on peut lire régulièrement dans un paquet de communiqués de presse foireux promettant l’arrivée en grande pompe des nouveaux maîtres à penser hexagonaux. Evidemment la plupart du temps les cadors annoncés ne relèvent pas grand chose. Encore moins le niveau. Mais au-delà des grands effets d’annonces, le rap français continue d’offrir son lot de bonnes surprises, symbolisées par la sortie de "J’éclaire ma ville", le premier album de Flynt.
Les premières écoutes imposent d’emblée deux constats. Le premier ? Youssoupha a (toujours) bien les pieds sur terre et des idées fixes. Pas d’apologie du gangstérisme ni besoin de se conformer aux visions fantasmées du ghetto. Plutôt une vision lucide sur son parcours ('Ma destinée'), ses désillusions et ses racines africaines. Guidé par des références idéologiques clairement énoncées (Martin Luther King débute 'One Love', Aimé Césaire sur 'Rendons à Césaire'…), et un certain héritage familial (son père Tabu Ley Rochereau est un parrain de la rumba congolaise), Youssoupha évite plutôt habilement lieux communs et analyses toutes faites pour se concentrer sur de vrais récits. "A chaque frère" s’écoule, guidé par un fil rouge ("t’avais jamais entendu de rap français") et un paquet de formules chocs symboliques, qu’elles soient empruntées ("Qui prétend faire du rap sans prendre position", "Le savoir est une arme") ou détournées ("C’est pas l’argent qui pourrit les gens connard c’est la sère-mi", "Le bonheur n’est pas dans le pré mais dans un Hummer"). Musicalement ? Il s'extirpe plutôt habilement de l'empilage des dernières tendances façon pot-pourri pour proposer un univers sonore à la fois classique et cohérent. Cet édifice musical laissant la part belle aux boucles de soul apparaît finalement assez en retrait, plaçant Youssoupha au premier plan. Concocté par une belle brochette de jeunes producteurs aux dents longues (The Soul Children, C.H.I, Pellygrosso), et quelques fines lames plus aguerries (Madizm & Sec.Undo), "A chaque frère" bénéficie d’une vraie direction artistique et de partis pris contestables mais assumés. Le seul "Arrêtez les beats crunk, putain on est pas à Atlanta" (sur 'Dangereux') apparait si symbolique et lourd de sens qu’il pourrait à lui seul enflammer les forums Internet les plus apaisés. Alors évidemment "A chaque frère" comporte son lot de moments moins enthousiasmants associés à quelques indéniables réussites. Mais mettons pour une fois de côté notre activité favorite (la critique fielleuse) et ne boudons pas notre plaisir. Quelque peu linéaire par instants, "A chaque frère" demeure un bon album, débordant de bons mots, de bons moments et de promesses. |