Glue - Catch as Catch Can
Chronique par Greg - Publiée le 07/01/2007
Glue, ou l’histoire de trois gus avec des
gueules bizarres, qui se demandaient s’ils tiendraient le coup, et qui sont
bien contents d’y être arrivé. Soit, côté musical, le producteur chicagoan
Maker, affilié à la bande Galapagos 4, et DJ DQ, membre à part entière du
trio : non seulement il venge en un disque le dépérissement du turntablism, mais il signe les quatre
interludes (sans l’aide d’un sampler, tient-il à préciser), tous réussis, à
l'instar du mélancolique 'State of the World'. Ce beau monde accompagne
Adeem, un rappeur du genre introspectif qui en a gros sur la patate. Comme
il va mieux, ce dernier s'ouvre au monde et à son triste état (l'album
s’ouvre sur : "The class difference is
making us all crazy / The gifted fall back while the rich stay
lazy…"). Mis bout à bout, ça donne "Catch as Catch Can". C’est-à-dire un bien bel
album, livré dans un emballage marron dont l’objectif est visiblement de
feinter son monde sur le style de ce qui est rangé dedans.
Loin de
se cantonner à égayer les interludes, DJ DQ est d'une omniprésence
réjouissante. Que ce soit au début des morceaux (les premières secondes de
'Catch as…', entrée en matière véloce qui affirme d’emblée le flow
dynamique d’Adeem), pendant les refrains ('Hometown Anthem', 'Making A
Mess'), pour terminer en beauté ('A Lot To Say', en forme de course
contre la montre, 'A Fly Can't Bird', 'Glupies'), ou tout bonnement en
plein milieu, sa participation ne se résume pas à l’apport d’une petite
"touche" ; elle fait partie intégrante du son de l’album et sublime
plusieurs morceaux. Sans lui, ils perdraient beaucoup de leur charme.
Ce qui ne veut pas dire que Maker démérite, bien au contraire. Il
échafaude des instrumentaux inventifs, d'une richesse qui évite le
tape-à-l'oeil. Avec un grand sens rythmique, il les larde de détails, de
variations (à l’instar des évolutions du bien nommé 'Beat, Beat, Beat'),
d’effets, d’inserts vocaux. Quand ses compositions sont relevées par des
instruments joués, c’est encore meilleur. La trompette n’est pas pour rien
dans la qualité de 'Hometown Anthem' (et son riff de guitare) et 'Never
Really Know' (et son piano jazz), irréprochables. On passe de tonalités
électriques et rugueuses à des ambiances plus soyeuses, entre cuivres et
samples de voix soul, avec une grande fluidité. Un second disque,
instrumental, met en relief la qualité du boulot effectué.
Adeem se
pose là dessus avec une énergie jamais démentie. (Est-ce pour ça que, à en
juger par la pochette, le groupe semble avoir choisi le cheval comme animal
fétiche ?) L’avantage, c’est qu’on ne s’emmerde pas pendant les refrains
('Making A Mess') et même qu’on ne s’emmerde pas tout court ('Glupies',
qui revisite le thème inépuisable de la succube). Jamais aussi efficace que
lorsqu’il rappe vite, il fait aussi montre d’un certain talent pour, sinon
faire pleurer dans les chaumières, au moins jouer sur la corde dramatique.
Sur le remarquable 'Vessel', il découvre qu’il est en réalité un robot
(qu’est-ce qu’il faut pas faire pour illustrer le thème de l’identité
aliénée…) : un début calme, d’où sourd une vague inquiétude, explose en
guitares saturées... avant de s’achever en reprenant la boucle initiale,
identique et pourtant différente.
Si on tenait vraiment à faire la
fine bouche, ne serait-ce que pour le principe, on dirait peut-être trois
choses. Premièrement, qu’un ou deux morceaux sont un cran en dessous du
reste ('Belmont and Clark', un peu mou). Deuxièmement, qu’un invité au
micro bien choisi n’aurait pas été de trop, histoire de perturber le
monopole d’Adeem, aggravé par le fait que sa voix est souvent doublée en
écho. Troisièmement, qu’un découpage à la hache a rendu la fin de plusieurs
morceaux anormalement brutale. Défauts mineurs, étant donné la qualité
d'ensemble de "Catch as
Catch Can". Allez, ne rechignez pas : passez à la caisse.