Large Pro - Beatz volume 1
Chronique par Nicobbl - Publiée le 12/11/2006
Eminent compositeur, chef d’orchestre
imprévisible reconnu comme l’un des pianistes de Jazz les plus influents,
Duke Ellington avait également quelques théories pleines de bons sens.
Particulièrement lorsqu’il s’agissait de musique. Pas franchement fanatique
des étiquettes musicales, il se faisait notamment une fierté de distinguer
deux types de musiques : la bonne et la mauvaise. Simple finalement. Oui, vu
que par delà les sacro-saints clichés en carton sur l’incroyable éclat de
l’underground et la perfidie des majors- forcément- il y a avant tout de la
musique. De la musique, beaucoup de passion et des références.
1991.
William Paul Mitchell A.K.A Large Professor n’a pas encore vingt ans. A
peine sorti de l’adolescence et alors membre du trio Main Source, il forge
avec Sir Scratch et K-Cut "Breaking Atoms", un premier ovni passé depuis à
la postérité. Innovant dans son approche de l’échantillonnage, fort d’une
véritable couleur musicale, les compositions de Large Pro contribuent à
(re)définir l’identité d’une musique devenue la bande originale des rues
new-yorkaises. Auteur par la suite d’une foultitude de pépites pour le
gratin de la grosse pomme ('It ain’t hard to tell' (Nas), 'Keep it
rollin’' (ATCQ), 'Streets of New-York' (Kool G Rap), 'It’s us' (Non
Phixion), le remix de 'Peer Pressure' (Mobb Deep), 'Step Back' (Eric B.
& Rakim),…) P aurait dû sortir en 1995 "The LP". Un album solo qui l’aurait porté au
firmament. Un grand coup dans l’eau puisque Geffen, sur le coup pas
franchement inspiré, préféra retirer ses billes, plombant au passage la
carrière de cette icône du Queens. Cet opus ne sortira finalement jamais par
les voies officielles– officieusement, quelques bootlegs ont réussi à se
disperser insidieusement. Passé une période de silence et d’inactivité, le
professeur sortira finalement sept ans plus tard son premier album solo, le
plutôt décevant "1st
Class".
Aujourd’hui plutôt reclus dans l’ombre, le Mad
Scientist disperse toujours ses productions, notamment auprès de Jin,
Cormega ou Jurassic 5 ; tout en continuant à gérer son propre label Paul Sea
Productions (l’appellation renvoie à son comparse de longue date aujourd’hui
disparu Paul C.) Sans surprise, c’est sur ce label que sort aujourd’hui
"Beatz",
nouvelle galette de Large Pro débarquée dans une confidentialité certaine et
sans ambition de tenir le haut du pavé.
Composé de dix-huit titres
entièrement instrumentaux, ce nouvel album fait figure de concentré des
inspirations de cet oligarque de la production. Il alterne différentes
atmosphères, parfois aériennes ('Out All Night', 'Tribe Called Quest'),
parfois abruptes ('Flushing Queens Day'), parfois débordantes
d’enthousiasme et d’énergie ('Love Wit U') tout en revisitant quelques
classiques, notamment 'Just Hangin’ out', classique de Main Source, ou le
'Tres Leches' de Big Pun. Si l’ensemble s’avère indéniablement cohérent,
il manque parfois de relief et demeure loin de briller constamment de mille
feux. On détache néanmoins quelques illuminations du lot ('Love Wit U',
'Beginning', 'After School'), juste assez pour replonger avec le sourire
dans une ambiance qui transpire le New-York du début des années
quatre-vingt-dix.
On dit parfois que la patience est l’art
d’espérer. Alors soyons clairs : cet album n’a ni la carrure ni même
l’ambition d’être l’essai ultra abouti que l’on aurait pu, un peu naïvement,
attendre. Il fait plutôt figure d’échappée inattendue et inégale. Une
surprise discrète pour les fans d’un passionné injustement oublié.