Sadat X - Black October
Chronique par Greg - Publiée le 21/10/2006
L'octobre noir de Sadat X n'a rien à voir, et on
peut le regretter, avec un effondrement de Wall Street. Il a en revanche
tout à voir avec un emprisonnement de quelques mois pour port d’arme,
menaces de tirer dans le tas et délit de fuite, dans des circonstances
apparemment… euh… confuses. Grâce à DJ Premier, Guru avait converti une
arrestation en un excellent morceau ('JFK 2 LAX'). Après la mise au point
du morceau-titre, Sadat X distille sa version des faits (un morceau vise le
crapoteux New York Post), d’où,
peut-être, le craquage de fin de parcours sur la 'Momentary Outro', un
speech a capella aussi énervé que
peu éclairant. Sur 'Black October', l'enseignant Derek Murphy rappe
qu'il va regretter ses potes, les cookies, la bière et sa classe. Sûr que
si une mauvaise note leur vaut la menace d'un Beretta, ils doivent trimer
en silence, les marmots...
Ce nouvel album sort un an pile après le
précédent, "Experience and
Education". Il suit aussi de quelques mois le premier solo
d’un autre ex-Brand Nubian, Lord Jamar. On pouvait y voir autant un signe de
mauvais augure qu’un point de comparaison flatteur. Car au-delà de son
emballage, "The 5%
Album" était un album franchement quelconque. Juste de quoi
servir de marchepied pour son ancien compère. Reste à voir pour quelle
hauteur.
"The 5%
Album", donc. Rien pour exciter l’enthousiasme, même en
s’efforçant d'accueillir le délire des Five Percenters comme un prétexte à sarcasme plutôt qu’à
lamentation, leur baratin n'étant pas sensiblement plus crétin que celui
des entreprises concurrentes mieux installées sur le marché des aspirations
théocratiques. Débarrassé de 85% de sa masse graisseuse, le petit livre
accompagnant le disque contenait même quelques bribes d'information
intéressantes. Si l’album ne brillait pas, la faute en allait à des
productions lambda et à un rap sans relief. L’album typiquement moyen,
alternance de morceaux "plutôt pas mal" et de morceaux (majoritaires)
"plutôt pas terribles", alourdie d’interludes sans intérêt et de
performances infantiles fort vilaines.
Ce n'est donc pas faire un
gros compliment que d’affirmer que "Black October" s'en
sort mieux, mais c’est déjà ça de pris. Derrière une pochette à l'ambiance
Twilight Zone, voilà un album
correct, qui ne mérite ni les cailloux, ni les lauriers. Mettons de côté
cette voix aiguë et nasillarde dont Sadat X, un peu à la manière d’un B.
Real, a réussi à faire une marque de fabrique, retournant la faiblesse en
force. Reste un flow qui laisse parfois perplexe, agile pour les partisans,
brouillon pour les détracteurs.
Quand le rappeur contrôle son flow
et donne l’impression de le caler sur l’instru qui le supporte, cela donne
des morceaux plutôt convaincants — où se détachent 'Eternally Yours' et
'On tha Come Thru'. Quand J-Zone sort sa boucle du lot et l’agrémente de
scratches ('X is a machine'), il glisse un grain d’originalité bienvenu
dans un album qui en est largement dépourvu, jusqu'à la fausse surprise des
morceaux cachés, pas plus mauvais que les autres d’ailleurs.
À
l'inverse, dès que Sadat X est en roue libre, comme s'il ne se préoccupait
pas vraiment du beat, et que ça tombe où ça tombe, le résultat laisse au
mieux indifférent ('Million Dolla Bill'), voire irrite quand un sagouin
est derrière les machines. Au premier rang des accusés figurent le peu
inspiré Scotty Blanco, qui tire deux mauvaises cartes de sa poche crasseuse,
et DJ Pawl, qui commet l’électro-repoussant 'Who'. DiamonD et DJ Spinna
(le morceau-titre démarre plutôt bien l’album, malgré une prod un peu
chargée) s’en sortent convenablement, sans plus. On n'en dira pas autant de
Greg Nice et de sa tentative old school frelatée.
"Black October"
confirme simplement que Sadat X vaut plus comme élément d’un trio que seul,
où il est vite lassant. C'est dans un ensemble que sa voix prend sa place
et son intérêt, par contraste avec le timbre grave de Jamar, Puba assurant
l'entre-deux. On n’est d’ailleurs pas mécontent de retrouver les trois
compères sur 'Chosen Few', malgré un morceau mollasson. On n’est pas
mécontent non plus de ne pas entendre la voix du rappeur venir polluer un
très bon interlude…
Au final, les positions ne devraient pas bouger.
Si vous aimez Sadat X, il y a des chances que cet album vous plaise. Si vous
ne l'aimez pas, la conversion n’est pas pour maintenant. Si vous ne le
connaissez pas, il est temps de faire connaissance avec d'autres BN que les
biscuits ; on est ici loin de "Everything is Everything" et même de "Foundation". Si
vous vous en foutez parce qu’il y a tant de bons disques à découvrir plutôt
que celui-ci, somme toute faiblard, vous avez sûrement raison.