R.A. The Rugged Man - Die, Rugged
Man, Die
Chronique par Nicobbl - Publiée le 11/02/2006
Pour définir une époque et
certains courants musicaux, on évoque parfois quelques albums précis,
suffisamment marquants et fondateurs pour l’illustrer et mettre du coup
terme à toute discussion. S’il fallait trouver un disque pour symboliser
l’émergence de la nouvelle scène new-yorkaise du milieu des années
quatre-vingt dix, "Soundbombing" premier du nom serait celui-là.
Mené par le dynamiteur DJ Evil Dee (Black Moon et Da Beatminerz), cette onde
de choc estampillée Rawkus aura fait office de révélateur pour Mos Def,
Talib Kweli, Company Flow mais aussi pour l’imprévisible R.A. the Rugged
Man, auteur d’un '’til my heart stops' concentré en nitroglycérine et en
rage jubilatoire. Une rage déversée avec une régularité stocktonienne sur
les planches des sanglantes battle rhymes de Brooklyn et Staten Island, mais
aussi dans les bureaux de Jive. Après un silence radio quasi-absolu pendant
ces dernières années, R.A. the Rugged Man revient, dix ans après, pour
donner une suite, à son ténébreux "Night of the bloody apes".
Echappé des
chiottes des MTV Awards ("catch me at the
MTV awards jerkin off in the bathroom", sur 'Bottom Feeders'), R.A.
revient immédiatement sur son parcours pour le moins chaotique le temps de
'Lessons'. Un passé agité parsemé de polémiques, anecdotes, disparitions
tragiques (de son ancien compagnon d’arme Biggie en passant par celle de son
petit frère Maxx) et autres moments de gloire tous entremêlés sur une
composition accrocheuse de Koran. Parti la fleur au fusil dans une
authentique croisade contre une industrie du disque génératrice de clones,
laissant le quasi-suicidaire 'Every record label sucks dicks' à son pot de
départ, l’original white trash n’est pas franchement du genre à faire
repentance. L’encéphalogramme toujours agité, il assume et revendique son
statut de has been attribué par un public ingrat à la mémoire courte ('A
star is born'.)
Aujourd’hui trentenaire toujours excessif et
attachant, l’ex-Crustified Dibbs n’a pas raté les marches menant aux
sommets, il a sciemment préféré ne pas les emprunter. Il n'est pas non plus
devenu le Elvis du rap, la figure de proue blanche, d’une musique noire
jusque dans ses racines. Une place finalement occupée par un autre dont la
soi-disant folie demeure très relative ('Black and white'). En refusant de
suivre un chemin balisé il aura finalement plombé une carrière qui sent
aujourd’hui sérieusement le sapin. Cet album, et plus particulièrement le
caractère poussif au possible de ses productions, illustre concrètement et
sans équivoque cette réalité. Entouré d’un pool de producteurs composé
d’illustres inconnus promis à le rester (exceptions faites du roi déjà
couronné J-Zone et d’Ayatollah), l’autoproclamé "first pornographic rhymer"
finit par s’essouffler.
A vrai dire, à quelques exceptions près,
'Lessons', 'Chains' et à un degré moindre 'A star is born', ce "Die, Rugged Man, Die"
sorti au moment où on ne l’attendait plus, n’est clairement pas
l’album espéré. Il est par contre à l’image de son auteur: insaisissable,
imprévisible, et, finalement, plus vrai que nature.