Danger Doom - The Mouse and the Mask
Chronique par Nicobbl - Publiée le 20/11/2005
Déjà particulièrement riche,
la discographie du surproductif MF Doom continue à s’enrichir régulièrement
suivant un rythme pour le moins frénétique. Alternant ces derniers années
entre le hautement jouissif ("Madvillainy"), le passable ("Special Herbs and Spices
vol.1", "Mm…Food") et le franchement insipide ("Venomous Villain", "Live from Planet X) le
Super Villain aux innombrables alias multiplie les projets et collaborations
diverses, semblant comme lancé dans une épuisante course contre la montre.
Jamais rassasié, Doom s’allie le temps de cette nouvelle échappée avec
l’étonnant Danger Mouse ; co-auteur de "Ghetto Pop Life"
avec Jemini et concepteur de thèmes musicaux pour dessins animés. Un
Danger Mouse véritablement encensé par la critique depuis la sortie du
polémique "The Grey Album", mêlant les envolées
lyriques du "Black Album" de Shawn Carter, et le
"White Album" des Beatles. Particulièrement
sollicité depuis cette figure de style plutôt rafraîchissante, il a pu
endosser, non sans un certain succès, le flatteur costume du grand
orchestrateur des nouvelles aventures de Gorillaz, tout en plaçant quelques
unes de ses productions pour Prince Po’ (sur l’inégal "The Slickness") ou Murs ('To a Black boy' sur "The Free Design Remix vol.2"). Annoncée de longue
date, cette collaboration finalement intitulée "The
Mouse and the Mask" suscitait logiquement certaines attentes tout en
laissant présager le meilleur. Passé au révélateur du sillon vinylique elle
révèle un tout autre caractère.
Tous les deux fanatiques absolus de
comics et dessins animés, l’impitoyable Dr. Doom et son explosif acolyte ne
pouvaient pas rater l’occasion de partager une passion devenue forte source
d’inspiration. Depuis l’inclassable "Operation: Doomsday
!" et la fantastique galerie de portraits et personnages purement
fictifs qui a suivi, l’ex-Zev Lux X multiplie régulièrement les références
explicites à ces univers dont la richesse métaphorique semble inépuisable.
Fasciné lui aussi par cette imagerie, jusqu’à choisir un nom faisant
directement référence à un dessin animé, Brian Burton joue, lui aussi, sur
un terrain qu’il pratique régulièrement en composant une multitude de thèmes
musicaux pour Toonami, chaîne câblée dédiée aux dessins animés. Unis dans
l’adversité, le duo Danger Doom impose un univers fantasque, acide et
déjanté fortement inspiré par la série "Adult Swim". Quelques extraits de la
série placés tout au long de l’album confortent un peu plus une filiation
entretenue par les compositions développées par Danger Mouse, piochant dans
une multitude de genres musicaux, enchaînant minimalisme absolu ('El Chupa
Nibre', 'Mince meat') et compositions plutôt fouillées ('Space Ho’s',
'Benzie Box').
Les inspirations de Danger Mouse alternent aussi
relatives réussites ('Vats of Urine', 'The Mask', 'Sofa King') et
beaucoup de passages plus anodins fortement desservies par le caractère
incroyablement low-fi et sous-mixé des enregistrements, très loin de rendre
justice au travail de l’impétueux rongeur. Et si l’alchimie entre les deux
comparses n’atteint pas des sommets de perfection, Doom déverse son lot
habituel de rimes tranchantes et images surréalistes, sans jamais manquer de
contourner les wack MCs à la craie blanche. Facile, le Super Villain semble
parfois tout de même en roue libre, limite pilotage automatique, délivrant
quelques couplets bien plus anecdotiques. Anecdotique comme le couplet du
fantôme de Talib Kweli, continuant sa longue (et éternelle ?) traversée du
désert. Au registre des invités, impossible de passer sous silence la
présence d’un Ghosftace toujours débordant d’énergie sur le très bon 'The
Mask', hors d’œuvre officiel d’un album qui constituera à n’en pas douter
l’événement des mois à venir.
Plutôt excitante sur le papier, cette
collaboration brûlante entre deux des acteurs les plus prolifiques du moment
fait finalement plutôt office de pétard mouillé. Les quelques réussites de
"The Mouse and The Mask" ('Vats of Urine' et
'Sofa King' en tête) peinent à dépasser le fragile statut d’interlude dans
la pharaonique discographie de Doom. Décevant.