Cam'ron - Purple Haze Chronique par JB - Publiée le 06/03/2005 Flamboyant ou ridicule. Génial ou médiocre. Fascinant ou ennuyeux. Avec Cam'ron, les avis sont tranchés. Et pourtant, force est de constater que Cameron Giles a réussi à se muer en une véritable icône. Richissime tycoon, dealeur de coin de rue ou gravure de mode drapée de rose, Killa Cam semble avoir kidnappé les fantasmes du folkore rap pour y modeler son univers. Depuis quelques mois, le MC d'Harlem est auréolé d'une hype aux limites du rationnel. Pour certains, il est la honte du hip hop. Pour d'autres, il est un génie du surréalisme. Ses rimes tarabiscotées, faites d'allitérations frénétiques, d'onomatopées et de références obscures sont l'objet d'un culte - ou d'un rejet - sans commune mesure. Début décembre, le très sérieux New York Times a évoqué le phénomène. Son nouvel album, "Purple Haze" y était décrit comme un disque abstrait, aux "récits fracturés", presque expérimental. Alors, Cam'ron : génie novateur ou rappeur kitsch ? Ecoutons. Beaucoup de choses sont détestables dans "Purple Haze". La mysoginie vertigineuse de Cam se ressent autant dans l'affligeante médiocrité des titres-pour-filles réglementaires ('Girls', 'Hey lady') que dans certaines de ses rimes ("I keep bitches straight up like Simon Says : open vagina, put ya legs behind ya head"). Par ailleurs, l'utilisation récurrente et vulgaire des samples de soul ('Soap opera') sonne le glas d'un genre vite écoeurant s'il n'est pas placé entre des mains expertes - on y arrive. Et pourtant, au milieu des chutes de mixtapes et des interludes poussifs, "Purple Haze" compte suffisament de tueries et de couplets bien ficelés pour qu'on ne puisse s'empêcher d'y revenir inlassablement. En tête : 'Down and out', produit par - roulement de tambour - Kanye West. Ces derniers temps, on a beaucoup glosé sur la boulimie productive du golden boy de l'échantillonage. Cette charge épique remet les pendules à l'heure et rappelle qu'un producteur du calibre de West a la capacité de sublimer un morceau, du sample jusqu'au refrain. En fin d'album, il réitère presque la performance avec le très bon 'Dip Set forever'. Et puis il y a 'Get'em girls', LE titre emblèmatique de "Purple Haze". Sur une production tétanisante de Skitzo, à mi chemin entre Carmina Burana et un rite vaudou, Cam'ron entre en zone rouge. "When it's repping time, I get on extra grind, fried to fricassee, pepperseed to pepperdine, Jeff Hamilton, Genesis, leather time, bitches say I'm the man, I tell 'em nevermind". Incompréhensible ? Peut-être. Incroyable, sûrement. Alors, Cam'ron : génie novateur ou rappeur kitsch ? Comme d'habitude, la réponse n'est peut-être pas si tranchée. Cam'ron a créé un univers lexical trop singulier (si si) pour que l'on ne s'attarde pas sur sa musique - au moins le temps d'un 'Get'em girls'. Mais il est également trop balourd, trop prévisible et trop "trop" pour être présenté comme le Jackson Pollock du hip hop. Avec ce quatrième LP, Cam'ron enchantera ses fans, mais ne convaincra pas les sceptiques. Un peu longuet, "Purple Haze" souffre d'une direction artistique hasardeuse, qui le place un cran en dessous de son prédécesseur, notamment en terme de productions. Malgré tout, et assez paradoxalement, Cam'ron livre là un album qui lui ressemble, jusque dans ses lourdeurs, ses outrances et ses foudroyances. |