Nathaniel Merriweather - Lovage - Music to make love to your old lady by - Instrumental Version

Chronique par Shadok - Publiée le 21/12/2002

Étiqueté à raison producteur d'albums à concepts, Dan Nakamura (aka The Automator) n'en finit pas de surprendre. Après les classiques "A much better tomorrow" (1996) et "Dr Octagon" avec Kool Keith (1997), "Handsome Boy Modeling School" avec Prince Paul (1999), "Deltron 3030" avec Del (2000), le projet pop-cartoon "Gorillaz" avec des artistes pour le moins sporadiques (2001), il décide de revenir en cette même année avec le concept "Lovage - Music to make love to your old lady by". Cette fois-ci, le producteur a voulu réaliser un album-hommage aux chanteurs crooners, et plus particulièrement à Serge Gainsbourg (dont il pastiche d'ailleurs la pochette du deuxième 33 tours sortit en 1959). Pour se faire, il a convié le leader vocal de Faith no more Mike Patton et la chanteuse Jennifer Charles de Elysian Fields, afin d'y instaurer des ambiances aussi kitschs que romantiques, tant au niveau des textes que des sonorités.

Si le choix des invités d'Automator s'avère toujours judicieux, les versions instrumentales de ses albums sont souvent tout aussi riches, voire davantage significatives de l'orientation conforme qu'il a souhaité donné originellement à son projet. Grâce à cela, on peut discerner plus justement le but primitif que s'était fixé Automator. A la fois producteur et compositeur sur ce disque, il ne serait pas abusé de dire qu'il se plaît sur "Lovage" à se mettre dans la peau d'un sexologue musical ringard. Il suffit d'écouter 'Book of the month' et ses cuivres plaintifs ou encore 'Anger Management' pour s'en convaincre. Mais, si on se laisse prendre au jeu, on s'aperçoit que ce morceau est superbe (ressemblant fortement à Ballade de Melody Nelson) et qu'il dégage réellement quelque chose, une atmosphère indéfinissable et captivante.

Rien de révolutionnaire dans cette version instrumentale donc, si ce n'est la justesse des choix musicaux qui la composent. Si les samples à cordes constituent la majeur partie des sources d'inspiration du producteur ('Everyone has a summer'), ce dernier en compte toutefois plus d'une à son arc. Souvent confectionnés au gré des invités présents, les instrumentaux n'en demeure pas moins diversifiés et surprenants. Agréables d'écoutes et surtout moins marqués par le second degré de la version originale, les productions défilent paisiblement, sans pour autant tomber dans la facilité de la musique d'ambiance. La recette pour obtenir ce résultat se résume à des boucles apaisantes ornées de rajouts instrumentaux judicieux : flûte ('Lies and alibis'), guitare ('Anger management'), harmonica ('Everyone has a summer') et piano ('To catch a thief'). Le tout donne un résultat très cohérent, aux confins de plusieurs influences, allant de la musique sensuelle et harmonieuse des débuts de Gainsbourg aux rythmiques contemporaines les plus hip hop.

Des mélodies familières teintées de romantisme et de nostalgie, propres à la variété des années soixante ('To catch a thief') et à toute une vague de films de la même époque ('Strangers on a train'), se succèdent et invitent l'auditeur à un délassement mélancolique. Les beats hip hop apparaissent moins marqués mais rappellent cependant sur certains morceaux ('Pit stop (Take me home)') que leur auteur en est un des fers de lance les plus atypiques. Frais, efficaces et souvent agrémentés de quelques effets kitschs, les instrus pop de "Lovage" sont sur cette version plus révélateurs des nuances légères apportées au fil du disque. Gratifiés par exemple d'une place plus importante accordée aux scratches de Kid Koala ('Everyone has a summer'), ceux-ci donnent un intérêt tout autre en comparaison de la version chantée.

Successivement hip hop, lounge, downtempo, romantique, sensuel, drôle et kitsch, mais au final pleinement talentueux, "Lovage" dans sa version instrumentale prouve une nouvelle fois que le producteur de San Francisco aime le risque et qu'il n'est jamais aussi efficace que lorsqu'il se lance des paris impossibles. Après l'opéra hip hop "Deltron 3030", Automator met au goût du jour les ballades romantiques du même genre. Sans prétention et jamais à cours d'inspiration, cet album intrumental laisse augurer de lendemains prometteurs après un projet "Gorillaz" qui en avait laissé plus d'un septique… à moins que nous n'ayons une fois de plus rien compris aux véléités fantasques d'Automator.

 

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