Chronique

Oxmo Puccino & The Jazzbastards
Lipopette Bar

Oxmo Puccino & The Jazzbastards - Lipopette Bar
  • Blue Note Records/ Capitol Music
  • Sortie : 25 septembre 2006
  • www.oxmo.net

"Tu n'as aucune chance, alors saisis là !" : c'est sans doute ce que s'est dit Oxmo Puccino lorsque ont germé en lui les prémices de ce qui deviendra le projet "Lipopette bar". Marier jazz et rap en français ? Le pari est tentant et, somme toute, jusqu'ici relativement peu tenté. D'autant qu'Oxmo a à chaque fois le chic pour les intros qui choquent. "Même le ciel faillit pleurer puis il resta gris ; c'était en pleine semaine, y'avait quelques copains, deux ou trois oiseaux" écrivit-il ainsi naguère pour évoquer un enterrement… Point chez lui de clapotis de pacotille, chacun de ses albums s'ouvre sur un clap apte à claquer moult clapets. "Opera Puccino", "L'amour est mort" et "Le cactus de Sibérie" débutaient ainsi par trois versions toujours plus perchées du même prêche rêche, chiche sermon arraché aux flammes aqueuses de "Mississipi burning" – fameux fleuve calciné au-dessus duquel les siècles et les Noirs furent souvent suspendus.

"Il y a des jours que l'on attend plus que d'autres, comme ce jour où l'on marche vers le trône" : avec son titre en forme de juron amputé, tel qu'il s'en échappe parfois de la bouche d'un patient atteint d'Alzheimer, "Lipopette bar" ne déroge pas à ce tic tactique de l'entrée tentante autant qu'hantée. Accrochés à leurs instruments, les Jazzbastards - Vincent Taurelle aux pianos et claviers, Vincent Taeger à la batterie et aux percussions, Ludovic Bruni aux guitares et Marcello Giuliani à la basse, aux contrebasses et à la guitare - accompagnent le nouveau venu du label à la note bleue. A quarante ans d'intervalle, la musique de ce 'Perdre et gagner' initial exhume celle de l'Ennio Morricone du "Clan des Siciliens". Mieux : elle la fume.

Il y a quelque chose de Gérard Depardieu chez Ox', bien qu'il ne karaoque pas encore sur du Michel Delpech. Même physique Douillet, même capacité à chanter ou à chuchoter sans jamais donner l'impression de forcer sa voix. Là où ses pairs s'assument essayistes, avec une humilité plus ou moins tonitruante, l'homme qui "même les yeux bandés" écrit pourtant "d'une main" s'affirme chaque album un peu plus comme un romancier, avec tout ce que cela comporte de part de vrai. "Lipopette bar" est un conte musical en douze actes pour adultes à l'haleine de vair, et la curiosité d'Oxmo fait plaisir à écouter. Rester dans son créneau d'avant, et refaire cent fois le même album ? "La vie ne vaut que ce que l'on en fait" susurre-t-il, sibyllin.

L'entend-on dire "je" ? Oui mais peu, et presque toujours dans la peau d'un autre. Depuis toujours ses "mots s'emboîtent, les gens s'y voient comme dans une flaque d'eau ; ça leur renvoie un triste reflet", mais est-ce sa faute ? Il y a chez Oxmo comme une volonté de se coltiner le tordu et de laisser le plus facile aux autres. Laisser accroire qu'il parle souvent d'autre chose alors que c'est pourtant "dès le début de ce texte qu'il fallait calculer".

Alors OK, "Lipopette bar" souffre parfois de trop s'en remettre au col de cygne de l'alambic. Reste une démarche courageuse, à saluer. Et une prise de conscience tardive, par contraste : l'exceptionnelle densité du "Cactus de Sibérie". Question : l'éventuel prochain opus livrera-t-il les clefs de celui-ci ? Avoir toujours un album d'avance : tel est peut-être la force d'Oxmo et, partant, sa plus touchante faiblesse.

Anthokadi, 28/01/2007

TRACKLIST

01. Perdre et gagner (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
02. Au Lipopette bar (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
03. Quoi qu'il en soit (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
04. Depuis… (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
05. Où est Billie ? (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
06. Conte de fée (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
07. Tito (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
08. La roulette russe (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
09. Black Popaye (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
10. Ceux qui disent… (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
11. La femme de sa nuit (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)
12. Nirvana (Oxmo Puccino / Vincent Taeger-Vincent Taurelle)

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