Planet Asia
The Medicine
- ABBRecords
- Sortie : 3 octobre 2006
- www.myspace.com/planetasia
Le rap, des fois, ça ressemble
un peu au jeu des 7 familles que vos parents sortaient en dernier recours
pour vous occuper les dimanches pluvieux.
"Dans la famille des rappeurs qui avaient les capacités pour... mais
qui n'ont pas..., je voudrais Planet Asia..."
Bonne pioche.
C’est qu'elles semblent lointaines les années où le MC de la Bay
Area était l'un des plus grands espoirs émergeant de l'underground
californien. Passés ses premiers et imposants faits d'armes aux côtés de
Rasco (The Cali Agents) et deux EP's, la carrière de Planet Asia s'était
peu à peu embourbée : un deal foireux avec Interscope rompu en 2003,
quelques coups d'éclat discrets avec son groupe Skhool Yard (notamment les
maxis "Fashion Show/Sit Back
and Chill" et "Cigar Splittas/Faded")... 2004 devait être
l'année de son explosion commerciale ; elle ne sera en fait que celle
d'une grosse déception : "The Grand Opening", son premier LP, passera
complètement inaperçu, plombé par une mauvaise promotion et des choix
musicaux pas toujours judicieux. On avait fini par oublier Asia jusqu'à la
sortie début 2006 de "The
Sickness", album/compilation/street-cd quasi-unanimement
lynché pour ses productions apparemment désastreuses. Quelques mois plus
tard le MC de Fresno revient avec "The Medicine", entièrement produit par Evidence
des Dilated Peoples.
Ce qui est rassurant avec Planet Asia, c'est
que l'on sait en mettant son album sur la platine qu'on ne s'ennuiera
pas. Niveau emceeing, le bonhomme est en effet difficilement critiquable et
a rarement déçu. "The
Medicine" ne fait pas exception à la règle : voix et flow
restent agressifs, voire hargneux, et le résultat est toujours aussi carré.
Jason Green sait capter l'attention et la retenir. Comme d'habitude il
livre beaucoup de textes egotrip et/ou empreints de "black consciousness"
(voir notamment le magnifique 'Old Timer Thoughts' en compagnie de
Defari), se penche sur son parcours le temps d'un couplet touchant ('Get
Active', "I was born in the 70's, raised
in the 80's, got my game in the 90's, 2000 : I was crazy ; had a deal when
I was 21, Interscope signed me, then I left in 2003, still had my hopes and
dreams..."). Toujours à la recherche du bon coup commercial, il tente
un morceau dans la grande tradition du rappeur-lover avec au refrain un
clone d'Ashanti, Jonell ('In Love') et s'en sort plutôt bien, dans ce
genre éminemment casse-gueule.
Le Cali Agent ne pose en solo que sur six
titres. Ses invités livrent des prestations inégales : certains partenaires
de Skhool Yard sont là (Kubiq, Supa Supreme, Shake), les proches du cercle
Dilated Peoples aussi (Rakaa et Evidence, lisses comme bien souvent, Defari,
Rasco et Phil Da Agony, qui lâche encore une fois un bon couplet sur 'Get
Active'). Deux grands noms new-yorkais se sont joints au MC californien :
après Ghostface Killah sur "The Grand Opening", on retrouve ici Black
Thought ('Over Your Head') et un Prodigy en petite forme ('Stick &
Move').
La grosse interrogation concernait donc, comme souvent avec
Planet Asia, la production. Evidence est seul aux manettes, malgré les
rumeurs qui annonçaient Alchemist. Cette première constatation, en lisant
les crédits, avait de quoi laisser songeur car si on ne doute pas de la
complicité existant entre les deux hommes (ils ont déjà travaillé ensemble à
plusieurs reprises), les productions d'Evidence n'ont jamais marqué les
esprits. Sur "The
Medicine", le travail du MC/beatmaker des Dilated Peoples ne
restera pas non plus dans les annales, mais il a au moins le mérite
d'éviter les faux-pas maladroits de ses prédécesseurs. D'une simplicité
parfois presque rustique, mélange de composition au synthé et de sampling,
les instrus restent dans le sillage des grandes tendances de ces dernières
années : quelques gros samples de soul ('In Love', 'Get Down or Lay
Down'), beaucoup – trop – de caisses claires maigrichonnes, une tentative
timide de hyphy ('On Your Way 93706'). Les BPM sont peu élevés, les beats
pesants – la lourdeur de certains kicks contrastant parfois étrangement avec
le pauvre clapotis des snares – et les samples s'enchaînent par moments de
manière simpliste. Si la lenteur des rythmiques n'incite que trop rarement
le MC à "mouiller le maillot", elle lui permet néanmoins de développer un
style brut et efficace. Pas de grandes innovations ni de coups d'éclat
intemporels, donc, mais pas mal de bons moments : l'évolution de l'instru
de 'Da Prescription', 'Get Active', 'That's On Me', 'Get Down or Lay
Down', 'Old Timer Thoughts', 'Dilated Agents'.
Au final, et
alors qu’on attendait peu de lui, Planet Asia livre avec "The Medicine" un bon album. En
dépit de la production peu inventive d'Evidence, l'album du MC californien
s'avère plutôt plaisant. Rassurant, donc, même si les capacités que l’on
connaît à Planet Asia sont encore loin d'être pleinement exploitées.
— Julien, 15/10/2006
TRACKLIST
1.
Da Prescription (Planet Asia / Evidence)
2.
Thick Ropes (Planet Asia / Evidence)
3. Get Active (Planet Asia-Krondon-Phil Da Agony /
Evidence)
4. All The Names (Planet Asia /
Evidence)
5. Over Your Head (Planet
Asia-Black Thought / Evidence)
6. In Love
(Planet Asia-Jonell / Evidence)
7. That's On
Me (Planet Asia / Evidence)
8. On Your Way
93706 (Planet Asia / Evidence)
9. Get Down or
Lay Down (Planet Asia-Kubiq-Supa Supreme / Evidence)
10. Medicine (Planet Asia / Evidence)
11. Stick & Move (Planet Asia-Prodigy / Evidence)
12.
Ghetto's Thirsty (Planet Asia-Auch / Evidence)
13. The Hustle pt 2 (Planet Asia-Shake Da
Mayor / Evidence)
14. No Question (Planet
Asia-Killa Ben-Turbin / Evidence)
15. Old Timer
Thoughts (Planet Asia-Defari / Evidence)
16. Dilated Agents (Planet Asia-Rasco-Rakaa-Evidence /
Evidence)




