KRS One
Return of the Boom
Bap
- Jive
- Sortie : septembre 1993
- www.krs-one.com
Le matraquage gavant du refrain de 'Sound of da
police' et sa reprise incontrôlée pendant les concerts avaient fini par me
faire détester le premier album "solo" de KRS One. Pire, même pas de la
répulsion : de l’indifférence. CD hors d’accès et d’usage, prêtable sans
états d’âme. Je le retrouve par hasard, oublié dans un coin, banni, bafoué…
et lui donne une seconde chance. Enregistré dans le D&D Studio, sorti en
1993, "Return of the Boom
Bap" est sans doute un grand album, mais sans atteindre le
chef d’oeuvre. Il lui manque un petit quelque chose (probablement de
l’inattendu) pour prétendre jouer dans la même catégorie que les premiers
faits d’armes signés Boogie Down Productions. Mais quand on est d’humeur à
s’injecter une (très) bonne dose de minimalisme new-yorkais, il remplit
efficacement sa fonction. Le titre de l’album annonce clairement la couleur.
"Return of the boom bap means just that. It
means a return of the real hard beats and real rap". Bref : pas
l’ombre de basses ronflantes ni de grosses nappes de clavier à l’horizon. Un
son sec et claquant : l’antithèse de la formule G-Funk qui sévit de l’autre
côté des Etats-Unis.
Minimalisme : "Return of the Boom Bap" s’éloigne aussi du son
étoffé expérimenté sur "Sex
and Violence", qui invitait notamment Prince Paul en renfort.
Ici, chaque morceau suit une recette décharnée quasi invariable : une base
basse/batterie, un sample ou deux pour la route et basta. Quand DJ Premier
s’y colle, ça se goupille sans accroc. Il signe les meilleures productions
de l’album, tout en façonnant des instrus dont la coloration diffère de ceux
qu’il concocte à la même époque pour Gangstarr. Le meilleur exemple,
derrière une intro parfaite, est le premier et meilleur morceau du LP. Sur
un 'Outta here' dépouillé et hargneux, Kris Parker relate ses débuts et
dénonce les vendus, rend des hommages et revendique des héritages. En
revanche, on est dans l’ensemble nettement moins convaincu quand KRS-One
himself s’assoit derrière la console. S’il s’accompagne efficacement sur
'Mad Crew', il produit un 'Uh Oh' poussif et saoulant, et un
morceau-titre dont le beat tout en pulsations est un peu trop terne pour
convaincre entièrement.
Pour le reste, KRS est fidèle à lui-même :
aussi brillant qu’irritant. Marque de fabrique du rappeur, les tonalités
ragga à la limite du toasting se font régulièrement entendre, comme sur
'Black Skin Woman'. Et comme d’habitude, l’icône du South Bronx distribue
une cuillère pour les suckers et une cuillère pour les flics : avant 'Sound
of da Police', on trouve 'Black Cop', sur la trahison des siens ("The black cop is the only real obstacle, black
slave turned black cop is not logical"). Sur les très bons 'Mortal
Thought' et 'Slap Them Up', KRS vante aussi ses indéniables qualités au
micro ; l’occasion pour ceux qui avaient des craintes de voir que l’ex-clodo
reconverti dans la métaphysique de rue a toujours un melon énorme. Une
mégalomanie inflexible que vient à peine adoucir l’originalité de 'I Can’t
Wake Up', où KRS One rêve qu’il est un blunt. Circulant de main en main, il
se fait fumer par une belle brochette de collègues… ainsi que par Bill
Clinton — qui tire sans avaler, comme on le sait.
Il ne fait pas de
doute que KRS est un rappeur d’exception. L’auditeur ne risque pas de
l’oublier : le rappeur se charge d’ailleurs avec une telle constance de
disserter lui-même sur sa supériorité qu’on finit par perdre un peu
patience. Ca fait partie du jeu, c’est vrai, et c’est pas nouveau chez lui,
d’accord. Ca donne quand même envie de dégonfler un peu la baudruche. Sa
dénonciation des imposteurs se contente de tirer sur l’ambulance, à savoir
PM Dawn. Et elle prend tellement de place qu’il n’en reste plus beaucoup
pour le commentaire social pour lequel le rappeur est célèbre. A force de
répéter un morceau sur deux que ses textes sont les meilleurs ('Stop
Frontin'), KRS a partiellement oublié d’en écrire. Le 'Higher Level'
final, bien troussé grâce à la boucle la plus smooth de l’album, sonne
impeccablement bien. Mais sans être inintéressant, on ne peut pas dire que
son propos — un topo religieux anti-papiste ("Like liquor, we are God-intoxicated, not the real God, but the one
the government created") — aille jusqu’à atteindre des sommets de
critique politique… On se dit qu’on a entendu mieux ailleurs, et chez des MC
qui la ramènent moins…
Au final, si on fait abstraction de ces
redites, on a affaire à un album solide, dont le moins qu’on puisse dire est
qu’il n’a pas été formaté pour servir de musique d’ambiance. Avec DJ Premier
et Kid Capri comme parrains (ce dernier pose même quelques rimes), on avait
pas de craintes sur le plan des fioritures. L’agressivité du son de "Return of the Boom
Bap" reflète sa pochette bleu métallisé : un KRS assis mais
rentre-dedans, ses lyrics dans une main, le micro dans l’autre, rappant avec
un acharnement intact. On ne lui en veut pas vraiment d’avoir la grosse
tête, au "teacher" : ça fait partie de son personnage. S’il avait été
humble, il n’aurait pas fait d’aussi bons disques.
— Greg, 12/06/2005
TRACKLIST
01. KRS-ONE Attacks (KRS-One / DJ Premier)
02. Outta Here (KRS-One / DJ Premier)
03. Black Cop (KRS-One / KRS-One)
04. Mortal Thought (KRS-One / DJ Premier)
05. I Can’t Wake Up (KRS-One / KRS One - DJ Premier)
06. Slap Them Up (KRS-One - Ill Will / N.
Cotto – D. Jones)
07. Sound Of Da Police
(KRS-One / Showbiz)
08. Mad Crew (KRS-One /
KRS-One)
09. Uh Oh (KRS-One / KRS-One)
10. Brown Skin Woman (KRS-One / Kid Capri)
11. Return Of The Boom Bap (KRS-One /
KRS-One)
12. "P" Is Still Free (KRS-One / DJ
Premier)
13. Stop Frontin’ (KRS-One - Kid
Capri / Kid Capri)
14. Higher Level (KRS-One
/ KRS-One)




