AZ
Aziatic
- Motown Records
- Sortie : 11 juin 2002
Fidèle compagnon de
route de Nas, AZ n'est jamais véritablement sorti de l'ombre de son
mentor. On se rappelle du titre 'Sugar Hill', de sa participation au
projet "The Firm", mais sa voix juvénile et
chantante n'a jamais bénéficié d'un écho plus retentissant que celui qui
suivit l'inoubliable 'Life's a bitch' dans "Illmatic". Pourtant, le natif de Brooklyn en est déjà
à son quatrième album, le deuxième chez Motown Records après "9 Lives" en 2001.
Sa présence sur le plus
prestigieux des labels soul n'est pas dûe au hasard. Sans surprise mais
avec brio, la majeure partie des atmosphères de l'album est puisée dans des
samples chaleureux et férocement accrocheurs. Et même si les producteurs ne
se retrouveront pas forcément en caractère gras sur les stickers promo, les
sons fournis par Portiay, Chop D.E.S.E.L., Miller Time ou les expérimentés
DR Period et Buckwild sont tous d'une cohérence et d'une solidité
exemplaire. L'ouverture de l'album est des plus réussies : une intro
jouissive ('Once again', dont le fameux sample sera repris plus tard par
Onyx dans 'Slam harder'), un égotrip bien ficelé ('A-1 Perfomance') et
le premier temps fort, 'Wanna be there'. Entre nostalgie et bonheur
d'être en vie, AZ se distingue de ses pairs en jouant sur les sonorités
dans des rimes courtes et concises, portées par l'harmonie d'une basse, un
piano et des choeurs :
East New York, Eighty-two, First pumas
navy blue
First wife Kiesha Wilson with love, she was my baby boo
Crazy crew, paying dues, few of us made it thru
Front window, Ms.
Glady's, that was my favorite view
Les nombreux refrains
chantés en agaceront sans doute quelques uns, mais ils sont parfaitement
dans le ton des morceaux, et s'accordent élégamment avec les voix qui
constituent souvent les samples. On peut reprocher à AZ de trop se reposer
sur une formule surexploitée actuellement, mais l'écoute n'en est pas
moins agréable et sans heurt.
Malheureusement, "The Visualiza"
connaît les rouages de l'industrie, et le soufflet retombe vite quand il se
met en mode "dancefloor". A quatre reprises, on subit des morceaux dansants
destinés aux rotations lourdes. Trop grillées pour être honnêtes, les
influences de 'Take it off', 'Hands in the air', 'Take care of me' et
le bonus track 'Doing me' plagient allégrement les tics des Neptunes, mais
la copie n'a pas la saveur de l'original. OK, l'album est sorti en
période estivale, on a déjà entendu bien pire, et après tout y a pas de mal
à bouger ses fesses, mais ces quatre party joints tombent à plat… et n'ont
pas franchement laissé de trace indélébile sur la FM et les clubs. Alors à
quoi bon ?
Pour se faire pardonner, AZ appelle Nas en renfort pour
un passe-passe complice dans 'The essence'. Puis, il élève le niveau dans
'Paradise (Life)' (aaaah, ces voix samplées…) et l'excellent 'Fan
mail', dans lequel il se met dans la peau d'un prisonnier et d'une mère
célibataire lui écrivant. Très à l'aise dans cet exercice de style, évitant
l'égotrip mal placé et les clichés épistolaires, AZ n'usurpe pas son
statut de bon lyriciste :
You touched souls to a lost population
of men
And no doubt, if ever out they'll never lock me again
Faced
wit 10 on state time, wit life on the back
It's fucked up when your own
folks ain't writing you back
Learn to relax, spoke wit certain cats
that helped adapt
You know the streets to the pen it's kinda hard to
transact
Entre les morceaux dansants dispensables et des
ballades rap un peu trop calmes, on ressent comme un goût d'inachevé aux
deux tiers de Aziatic. On commence à attendre des couplets un peu plus
énergiques et des beats rentre-dedans. Par chance, AZ a réussi son dosage,
et l'album se conclue sur trois titres plus puissants. Les cuivres
triomphants d'un 'I'm back' digne de Kanye West donnent un coup de fouet
à l'album, tout comme le street-banger 'Hustler' et 'Rebirth', dans
lequel AZ fait une démonstration ébouriffante de la maîtrise de son souffle
et sa technique. On croit saisir la tuerie au début de la plage 13, mais en
voyant sa courte durée, on déchante vite. Dans la série "Les mystères
insondables du rap" : pourquoi AZ n'a pas utilisé l'énorme beat
Premier-esque de l'outro sur un morceau entier ? ? Dommage, car Buckwild
lui donnait là l'occasion de se réconcilier avec les anti-chœurs féminins…
Les accrocs aux originaux de samples se feront un plaisir de partir
à la recherche des titres de Wilbert Longmire, George Duke, Eddie Kendricks,
ou des Mary Jane Girls échantillonnés tout au long de "Aziatic". Un album de bonne facture, mais on peut
s'interroger sur sa résistance à l'épreuve du temps. Les titres
dancefloors tendance sont condamnées à tomber en désuétude rapidement, et il
n'est pas exclu que la densité des boucles puisse à terme écœurer
l'auditeur. Cela dit, il n'est pas donné à tout le monde de sortir un
quatrième album de la teneur de "Aziatic", et AZ
tient la distance, sans pour autant connaître la gloire de celui qui l'a
placé sur orbite.
— JB, 21/10/2002
TRACKLIST
01. Once again (AZ / Dr
Period)
02. A-1 Performance (AZ /
Portiay)
03. Wanna be there (AZ / Chop
D.E.S.E.L.)
04. Take it off (AZ /
L.E.S.)
05. The essence (AZ - Nas / Baby
Paul)
06. Hands in the air (AZ - D.J. Rogers,
JR. / Precison)
07. Fan mail (AZ / Miller
Time)
08. Paradise (Life) (AZ / Miller
Time)
09. Take care of me (AZ /
Precison)
10. I'm back (AZ - El Shaber /
Buckwild)
11. Hustler (AZ - Trav - Animal /
Chop D.E.S.E.L.)
12. Re-birth (AZ /
Buckwild)
13. Aziatic (Outro) (AZ /
Buckwild)
14. Doing me (Bonus Track) (AZ / Big
Joe)




