Article Fragments d'Eurocks 2008

C'était notre Ben-Hur. 75 concerts, trois jours intenses de festival et le plus gros casting jamais réuni dans un article de l'Abcdr : Oxmo Puccino, The Cool Kids, Cali, Pharrell Williams, Sly the Mic Buddah, Pete Doherty, Keny Arkana, Khujo Goodie, Sinik, Sébastien Tellier, Camille, Boots Riley et bien d'autres… Voici, rien que pour vous, les Eurockéennes 2008 vues de l'intérieur.

13/07/2008 | Par JB

Article : Fragments d'Eurocks 2008

Vendredi 4 juillet Jour 1


15h30 – Montbéliard, rue des Febvres
Parmi les badauds qui se promènent en ville en cette journée ensoleillée, une coupe de cheveux se distingue : c'est l'afro de Boots Riley, moitié du duo californien The Coup, qui fait du shopping avec sa compagne. Au cœur de la ville du FC Sochaux, l'image est un peu surréaliste. Dans quelques heures, le MC sera sur scène au côté de Lyrics Born : les deux artistes accompagnent le groupe de funk-rock Galactic pendant leur tournée.

16h20 – Centre Ville de Belfort
Le faubourg des Ancêtres est embouteillé, mais il vaut mieux passer par le Centre Ville que suivre le faux-raccourci de la sortie 14 sur l'autoroute pour arriver à temps sur le site des Eurocks. Playlist du moment dans la voiture : "Underground Kingz" de UGK. Et un constat aussi implacable que la chaleur en cet après-midi : cet album est sacrément bien foutu.

17h35 – Site du Malsaucy
La foule se masse dans les navettes qui relient l'immense parking à l'entrée du site. A l'intérieur des bus, ça sent le shit et le coup de soleil sur peau teutonne. Au fur et à mesure que l'on approche de l'entrée, un bruit sourd gagne en intensité, puis des bribes de mots nous parviennent : "Babylone, babylone"… "Jeunesse du tiers-monde, nous partageons ta douleur"… "J'veux voir tout le monde le poing en l'air"… Pas de doute : le concert de Keny Arkana a bien commencé.

17h45 – Grande scène
1 mètre 65 à tout casser. Un t-shirt noir frappé du slogan "Rap Chiens de Guerre". Un autre t-shirt en guise de bandana, avec la mention "Rabia del Pueblo" (La rage du peuple). Un keffieh attaché au poignet et le continent africain en pendentif : Keny Arkana refait le monde sur la grande scène des Eurockéennes. C'est elle qui ouvre le festival, accompagné d'un DJ, un backeur et un guitariste. La petite marseillaise parle révolution, système et liberté. Le cynisme ambiant voudrait qu'on sourie poliment à son idéalisme nerveux, mais quand Keny se lance à bras le corps dans 'La rage', il y a dans ses yeux une détermination et une force qui restent imprimées dans les deux écrans géants qui entourent la scène. Le public du festival, toujours friand des coups de gueule politiques, n'en demandait pas tant et ovationne la rappeuse. Un seul regret : Keny ne donnera pas d'interview. Dommage.

Keny Arkana

18h – Village Pro
Devinette : comment reconnaître un artiste dans le village Pro des Eurocks ? Facile : il s'y ballade tout sourire, avec un sac Puma à l'intérieur duquel on a glissé une paire de baskets en édition limitée spéciale Eurocks, la "917 My Eurocks by Puma". Pas de chance : les journalistes n'y ont pas droit, même s'ils font dans leur article un honteux placement de produit comme celui que vous venez de lire.

18h02 – Conférence de presse : Camille
En voyant Camille participer à cet exercice rituel sur canapé en compagnie d'un journaliste affable, un souvenir revient en tête : un an plus tôt, au même endroit, le journaliste mandaté pour animer la conférence du Wu-Tang Clan avait cité le titre "Shame on a nigger" en regardant RZA droit dans les yeux tout en appuyant lourdement sur le dernier mot. Sur le coup, le journaliste (blanc, évidemment) n'avait pas eu conscience de sa bévue, mais RZA avait jeté un regard stupéfait à Raekwon... avant de reprendre courtoisement l'interview.

Cette fois-ci, un autre journaliste affable interroge Camille sur la musique hip-hop, le rap et le hip-hop (au choix). Réponse de la chanteuse : "J'aime le dépouillement du rap. On doit comprendre les paroles, qui portent souvent un discours politique. Et puis il faut quelque chose de lourd derrière, un beat et une basse." Le journaliste a visiblement envie de lui faire dire du mal du rap en français, et évoque la grandeur de Public Enemy, mais Camille s'accroche : " Dans le rap, on s'émancipe de la mélodie. Une langue appelle des mélodies : chanter des mots français sur une mélodie soul, c'est une violence faite à la soul. Mais dans le rap, il n'y a pas cette mélodie donc ça n'est pas un problème. Et puis le rap, c'est viscéral, c'est un cri. En France il est ancré dans une réalité, il est moins plaqué, moins copié sur le rap américain. " A l'image des chansons de l'artiste, l'interview prend alors un tour surréaliste : "Aux Etats-Unis, par exemple, les gens portent des capuches car les rues sont à angle droit, alors il faut une capuche pour se protéger du vent. C'est pour ça que les rappeurs portent des capuches. On dit aussi que les rappeurs mettent des baggys pour avoir le pantalon déjà baissé pendant les contrôles de police, du coup leurs baggys leur coupent la circulation des couilles. Non c'est vrai, je vous le dis : à cause des baggys les couilles ne sont plus irriguées, il y a un risque de stérilité."

18h56 – Grande scène - Issue de secours n°13
Stupeur : la jolie métisse bénévole au sourire ravageur qui avait marquée l'édition 2007 est fidèle à son poste ! Elle s'est juste déplacée de quelques mètres à droite de la passerelle qui mène au village Pro. Le temps s'arrête sur le Malsaucy et Anthokadi, chroniqueur des Eurocks l'année dernière, a droit à un texto pour apprendre l'heureuse nouvelle.

19h25 – Grande scène
Stupeur (bis) : Olivia Ruiz porte à quelques centimètres près la même mini-jupe prometteuse que l'année dernière ! Anthokadi apprécierait. Elle est accompagnée de Camille et Oxmo Puccino. Avec Arno, Amadou & Mariam, An Pierle, Didier Wampas, Daniel Darc et Nosfell, ils forment La Bande Originale, une création spéciale à l'occasion des vingt ans du Festival. Réunis une semaine plus tôt, les artistes ont préparé une série de reprises et de collaborations inédites. Sur scène, Daniel Darc a l'air raide défoncé. La conférence de presse confirmera qu'il l'est vraiment.

19h30 – Village Pro
Au bord du lac du Malsaucy, Arnaud et Lloyd de Radio Chrétienne Francophone (dont l'antenne bisontine a eu l'idée de génie de lancer l'opération hyper-médiatisée "Prêtres Academy") interviewent à l'arrache Boots Riley et les musiciens de Galactic. Le temps d'apprendre qu'Ice Cube est logiquement l'influence numéro un du MC que Lloyd lui lance "Tu sais que tu ressembles à Shaggy ?". Réplique immédiate de Riley : "Toi aussi tu ressembles à Shaggy, mais celui de Scoobi-Doo". Boum.

20h02 – Grande scène
Oxmo interprète 'Nirvana', extrait de l'album "Lipopette Bar", puis les autres musiciens le rejoignent pour un final sur l'air de 'Higher', de Sly & the Family Stone.

21h25 – Interview-Express avec… Oxmo Puccino

A propos de La Bande Originale : "C'est le violoncelliste Vincent Ségal qui a eu l'initiative de me présenter le projet. Vu que je connais la pointure, forcément je me dis qu'il va ramener des potes à lui qui font la même pointure ! Dès qu'il y a du Vincent Ségal dans le coup, je ne me pose pas de question quant à la chaussette que je vais mettre, je fonce, je galope ! Et puis ça faisait longtemps que je n'avais pas fait de concerts. J'ai arrêté la tournée en décembre, j'ai fait un concert la semaine dernière au Zénith dans le cadre de Paris-Hip-Hop 2008 mais un festival, c'est différent. Là, je fais 2/3 morceaux, le reste du temps je regarde les autres artistes chanter, en plus c'est des projets inattendus, des reprises, des recompositions de morceaux de mon répertoire… Amadou & Mariam qui reprennent AC/DC par exemple, c'est mortel. Moi j'ai repris une chanson de Tricky avec Olivia Ruiz, mon morceau 'Nirvana'  avec les cuivres du conservatoire de Reims et 'El Ratón', un vieux morceau latin sur lequel j'ai ajouté un couplet… Si je pouvais reprendre un morceau de rap sur scène ? Là, comme ça, tout de suite, ce serait 'Juicy' de Biggie."

A propos de son prochain album et le premier extrait, 'L'effet réel' : "J'aime bien ce morceau, c'est une nouvelle technique pour raconter une histoire : je la commence au premier couplet, je la termine au deuxième, et j'explique dans le troisième comment on est arrivé au deuxième. Car c'est souvent ce qu'on ne sait pas qui cause des problèmes ! Je voulais faire un morceau comme on attend de moi, classique, qui m'amuse. L'instrumental est super bien joué, c'est une prouesse : les mecs ont tout recomposé pour que ça sonne comme un sample, en le faisant évoluer. C'est l'équipe de Marc Bombattack qui a produit, des mecs à recommander. Le prochain album sera un mélange de choses établies que l'on connaît de moi, avec d'autres choses que je vais expérimenter compte tenu de l'expérience "Lipopette Bar". Ce sera un album vivant, auquel on aura envie de participer, et qu'on voudra voir sur scène."

22h27 – Club Deville
Hipster Alert ! La scène est bourrée de jeunes gens porteurs de keffieh (rien à voir avec Keny Arkana) qui remuent frénétiquement sur le set de Girl Talk, DJ de Pittsburgh qui s'est fait une spécialité dans le télescopage instinctifs des genres, des époques et des tubes. En l'espace de trois minutes, passent ainsi à la moulinette 'Hypnotize' de Notorious B.I.G., 'My neck, my back' de Khia, 'What happened to that boy' de Birdman et 'Lip gloss' de Lil' Mama.

22h45 – Plage
Boots Riley et Lyrics Born rappent les yeux dans les yeux. Derrière eux, le groupe Galactic finit son set dans le bruit et la fureur. Sympa, le guitariste du groupe fait en sorte que je puisse accéder à l'arrière de la scène pour interviewer Lyrics Born, dont l'album "Everywhere at once" a des airs d'énorme fête sous le soleil de la baie de San Francisco. Le MC italo-japonais s'est mis en tête d'aller dégoter une paire de Puma à l'autre bout du site. Nous partons ensemble, dictaphone allumé. L'interview-promenade est interrompue à chaque fois que l'on se trompe de chemin (environ cinq ou six fois au final). Pas de chance : le stand Puma est fermé au moment où l'on arrive sur place. Philosophe, Lyrics Born hausse les épaules et l'interview se poursuit sur le chemin du retour. 

0h00 – Grande Scène
Ben Harper et son groupe, les Innocent Criminals, débutent leur concert. La foule est compacte. Une bande de jeunes se fraie un chemin en beuglant le "Po-lo-po-po-po-poooo" du 'Seven Nation Army' des White Stripes, transformé en hymne beauf par Tomer G. Il est temps de partir.

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