Article Festival L'Original 2008 - Fragments

21/04/2008 | Par Anthokadi

« Page précédente | Page suivante »

Vendredi 11 avril 2008, 15h33. JB est arrivé la veille sur le site du festival. Il a assisté aux concerts d'Hocus Pocus et de Wax Tailor, puis a interviewé ce dernier. Logé sur la presqu'île à proximité de la rue de la Bourse, il a peu dormi et s'est levé vidé. L'interview avec Seth Gueko était fixée pour 15h30 dans le hall d'un hôtel situé à proximité de la gare de la Part-Dieu. A l'heure dite, son manager Vincent Portois a expliqué que Seth "pour m'avoir en feat faut faire appel à mon pote Vincent" Gueko dormait encore un peu et que dans quelques minutes ce serait bon. Excellente occasion de peaufiner les questions préparées rapidement autour d'une omelette au fenouil le midi. Même feutrés, les mots échangés suscitent les froncements de sourcils d'une lectrice du dernier Harlan Coben, assise sur la banquette d'à côté.

Il est 15h37 lorsque Vincent pousse la porte de la chambre de Seth. "Il vient juste de se réveiller" précise-t-il… Effectivement. Le poste de télé joue "Zaïna, cavalière de l'Atlas". Seuls deux pieds déchaussés dépassent des draps du lit situé contre la fenêtre. A l'autre extrémité, une tête émerge. "Salut les p'tits veinards !" : collier de barbe, bouche vermillon, yeux à l'ombre des orbites et portable qui siffle un peu comme Shuril'N sifflait "les gazières qui n'ont pas de frères", pas de doute, c'est bien lui, l'homme pour qui "les plus dangereux c'est les mecs influençables."

S'ensuivront 35 minutes passionnantes dont l'Abcdr reparlera bientôt sous la plume de JB. L'interview aurait mérité de durer immensément plus. Mais l'interviewé a opté pour le dévoilement progressif, projet par projet. Cela tient en haleine les fans et c'est finalement très bien ainsi – à la condition expresse que le Très-Haut lui prête suffisamment vie.

SETH GUEKO, CHEVALIERE STYLEVendredi 11 avril 2008, 20h39. Dans une minute, Seth Gueko doit faire son entrée sur la scène du Transbo. C'est à lui que revient l'honneur de lancer cette soirée évènement – c'est en effet ce soir, et ce soir seulement, que La Cliqua va se reformer au terme d'une décennie de séparation. Jean-Marc Mougeot, le directeur du festival, a beaucoup œuvré pour que l'évènement ait bel et bien lieu – seul Raphaël manquera à l'appel… Premier constat de JB : le public n'est pas le même que la veille. Le fait est effectivement qu'il flotte une atmosphère étrange dans la salle, étonnamment clairsemée à cette heure.

Mais voici venu le temps du set de Seth. JB, comme beaucoup d'autres, ne voudrait surtout pas rater ça… Rares sont les MC qui s'offrent le luxe d'arriver sur scène les mains nues, sans micro. Seth Gueko se permet ce luxe-là, une grimace à la Denis la Malice sur le visage, un T-shirt à l'effigie de Jacques Mesrine et les poings serrés face à la clameur venue des premières rangées de fans – dont JB, donc. Le refrain de 'Cabochard' sans 25G (regretté le temps d'un soupir : "Il est pas là le gros !"), un masque du gang des postiches pour 'Les fils de Jacques Mess', un tacle entre deux couplets à l'ingé lumière ("Tu m'en mets plein les yeux avec tes lampes, ma couillasse !") ou un bisou à son DJ ("Vas-y ma poule !") : façon Zoran Vulic 1992/1993, Seth tire dans le tas et compte ensuite les tibias. Une chose est d'écouter le phénomène sur disque, autre chose est de le voir mimer ses punchlines sur scène – à l'image de cet uppercut vrillé en l'air, les sourcils froncés, pour mimer sa fameuse condition de "babtou avec une bite de val-che". Et bien que brillamment backé par le jeune AKA, force est de constater que la performance tient du one-man-show, mi-boute-en-train, mi-lance-bouteilles dans l'arrière-train. D'autant que dans la fosse un paquet de gones semblent connaître par cœur les gimmicks et les couplets du répertoire, illustration d'un buzz qui monte lentement mais irréversiblement – il n'est qu'à lire le nombre de forumeurs ici et là qui parlent aujourd'hui couramment le Seth Guex. "Je suis encore un tigre, je compte sur vous pour me dire à la fin du concert si je suis devenu un lion !" Il y a même là un ado et son père, l'un semblant tout de même plus à l'aise à cet endroit que l'autre.

Un petit tapotement sur l'épaule, une volte-face, et voici Guy Georges et Papa-au-Rhum de la fête. "C'est lui alors, Seth Gueko ? Ma parole, il est tout rouge quand il rappe !" Les morceaux 'Ma couillasse', 'Guigui golden gun', 'Dès que' achèvent de rameuter les derniers sceptiques à proximité de la scène, y compris backstage d'où Vincent observe en silence son protégé, croisement d'Eminem et de Foofur. Et lorsque retentissent les premiers synthés de 'Patate de forain' ("Senagalo-Ruskov il est pas là"), les slips craquent les uns après les autres dans la fosse et il faut gérer le JB. "Tu voudrais une F1 t'auras une chaise roulante, patate de forain, tu vas repartir avec deux faux reins…" Une légère flexion des jambes, des mains qui empoignent une chevelure imaginaire et hop, percussion suggestive : "le rap américain va se faire défoncer l'arrière-train". 40 minutes, c'est court mais suffisant pour prêcher des non convaincus. La preuve ? Guy, qui ne le connaissait pas jusqu'alors, esquisse un petit sourire : avis favorable.

1 | 2 | 3 | 4 |