Article Festival L'Original 2008 - Fragments

21/04/2008 | Par Anthokadi

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Dimanche 6 avril 2008, 14h47. Vautré sur sa compagne autant que sur le sofa familial face à un énième épisode du "Prince de Bel-Air", Papa-au-Rhum digère tranquillement les dizaines de parts de gâteau englouties ce midi à l'occasion de son anniversaire, des cadavres de bouteilles de champagne – sa nouvelle marotte - finies au goulot roulant ça et là un peu partout dans la pièce jusque sur le tapis d'éveil des enfants - ce type mériterait parfois d'être signalé à la Ddass. Il sera dans quelques heures l'une des attractions du Festival l'Original mais ne le sait pas encore.

Dimanche 6 avril 2008, 16h39. Qui est cet étrange visiteur ? Parmi les multiples gages que l'ami Papa-au-Rhum est tenu d'effectuer depuis le milieu de l'après-midi à l'occasion de son enterrement de vie de paillasson – se balader en skate-board dans un parc très fréquenté avec un ghetto-blaster sur l'épaule qui crache à fond du "J'aime la gym, je m'entraîne et j'aime la gym" ou "Hélène, je m'appelle Hélène", faire peur aux joggers du dimanche en surgissant d'un buisson en hurlant avec une cagoule et une hache en plastique pour enfant, etc. -, figure celui-ci : se pointer à l'entrée de ses deux maisons secondaires, ci-devant le casino Le Pharaon et son voisin l'UGC Ciné-Cité, avec une casquette de pépé sur la tête, un peignoir incongru sur les épaules, des chaussettes de foot fluos dépareillées par-dessus un bas de survet rouge, des baskets que n'auraient pas renié Mark Wahlberg période Marky Mark and The Funky Bunch… Et surtout Papa-au-Rhum doit tirer derrière lui un caddie de grand-mère, visage impassible genre "keskia ?"

Enorme coup de pot pour lui, l'arrivée dans le hall de l'UGC Ciné-Cité coïncide avec l'une des étapes du Festival l'Original, et pas n'importe laquelle. Comme ce multiplexe jouxte également le Musée d'Art contemporain – où Papa-au-Rhum accomplira d'autres exploits quelques temps plus tard – et que ce musée propose depuis quelques semaines une exposition Keith Haring, peintre underground new-yorkais, les programmateurs du festival ont eu l'idée de créer une passerelle entre les deux évènements, via un programme commun de projections et d'ateliers découverte de la culture hip-hop (graff, DJing, danse, beatbox…) dans le hall du cinéma. Résultat du carambolage : un Papa-au-Rhum pété au champagne – il vient de se siffler une bouteille supplémentaire à la tétine au cours de l'heure précédente, à jeun - en train de danser sur du Wu-Tang avec son caddie de mamie, son peignoir qui le boudine et sa casquette de daron style clip de 'Bisso Na Bisso', en plein milieu de ce hall qu'il fréquente une bonne dizaine de fois par mois depuis des années, sous les applaudissements d'abord polis puis franchement enthousiastes des clients du bar, du personnel et des spectateurs. Car il faut bien le dire, Papa-au-Rhum est tout sauf un manche lorsqu'il s'agit de dandiner du croupion. A fortiori lorsqu'il s'agit "de bon hip-hop".

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