Article Concert Oxmo + Rocé + Abd Al Malik 2006

28/01/2007 | Par Anthokadi

Suite de la page 4

Le concert terminé, nous rejoignons Rocé dans sa loge. La qualité de son projet et l'intensité de sa prestation nous ont donné envie de prolonger le moment. Non pas pour une interview, juste pour échanger autour de ses intentions et de notre perception. "Depuis septembre, nous effectuons environ dix dates par mois et nous progressons à chaque concert. A terme, j'aimerais que le public se mette à gueuler, qu'il pète les plombs" nous dévoile-t-il en préambule. Lorsque nous l'interrogeons sur l'aspect compact et presque ulcéré de son interprétation, il répond d'un soupir : "Il y a eu un problème technique au moment du changement de plateau après Oxmo. Du coup, cela nous a mis en retard, et nous avons dû réduire au maximum pour permettre aux organisateurs de respecter leurs horaires. Le seul en fait qui a pu déborder, c'est Abd Al Malik, puisque c'est lui qui finissait." D'où donc la rareté des adresses au public et l'absence de rappel. "Oui, du coup il a fallu zapper les interludes et un morceau comme 'Pour l'horizon', par exemple. S'il y avait eu rappel, j'aurais repris 'Amitié et amertume', et le bassiste serait parti en live..."

La porte de la loge s'ouvre. Ce sont Bilal et Abd Al Malik. Ils s'apprêtent à repartir et viennent donc saluer Rocé, d'une poignée de main dont la paume finit sur le coeur. C'était la première et peut-être seule fois que les deux hommes jouaient à la suite l'un de l'autre. Bilan de ce premier contact, par celui qui se définit comme "athée grâce à Dieu" ('Le métèque') ? "J'ai écouté les premiers titres depuis l'arrière-scène, mais je ne suis pas resté. J'ai un peu de mal avec ce type de messages, c'est tout. Cela ne m'empêche pas d'apprécier l'homme." Cette réflexion est du reste cohérente avec celles qui transpirent d'"Identité en crescendo". "Beaucoup d'artistes se cantonnent à deux rôles : celui du monstre ou celui du singe savant, qui va s'auto-flageller et caresser ainsi la culture dominante dans le sens du poil." Quel est notre rôle à nous, médias, dans tout cela ? "Idéalement, vous médias devriez avant tout chercher à déconstruire intellectuellement ce genre de postures. Cela permettrait aux clichés de cesser de se perpétuer. Malheureusement, dans les faits, un média sert surtout de relais pour vendre." S'en suit un check-up aiguisé de l'état du rap en 2006 ("avant, il véhiculait un message ; aujourd'hui, il se borne à constater"), de la mode des sous-Booba ou des sous-Sinik, de ces portes de l'industrie qui s'ouvrent opportunément sur le passage de Grand Corps Malade...

Pour la énième fois, son manager Bouba - le bien nommé - vient nous demander de lever le camp. Nous ne nous sommes pourtant pas tout dit, alors nous proposons à Rocé de le déposer à son hôtel et de poursuivre la discussion en route. Quelques minutes plus tard, nous voici donc tous les trois dans notre voiture, à suivre la caravane jusqu'au Holiday Inn de Clermont. Sur le perron, nous prenons congé de DJ Sparo et du reste de la troupe. Direction le salon de l'hôtel pour reprendre la conversation. Cette fois c'est PJ du site Acontresens qui mène la danse, et ceux qui ont eu l'occasion de lire ses articles fouillés savent que lorsqu'il envoie, c'est du lourd. Nous parlons donc d'Olympe de Gouges et de Frantz Fanon, de Saïd Bouamama et de James Baldwin, d'U.R.S.S. et d'Algérie. Rocé nous explique plus en détail son parcours d'autodidacte. Parle de son travail à quatre mains avec la redoutable Djohar. De sa fierté d'avoir collaboré avec des jazzmen : "A leur contact, j'ai appris que le rap n'est pas du tout l'héritier du jazz. Les jazzmen travaillent au feeling, et nous nous bossons sur des machines. Notre héritage, c'est donc plutôt le disco ou le funk." Et qu'ont pensé lesdits musiciens de l'expérience ? L'ont-ils regardé de haut ? "Non, je crois qu'il y avait chez eux plus de curiosité que de condescendance. Et je pense qu'ils sont contents de voir qu'il y a une transmission."

L'avenir ? "Je n'ai pas encore fini de me construire. C'est la raison pour laquelle je ne fais pas de featurings, même si j'ai déjà beaucoup de textes de prêts. C'est peut-être naïf à dire, mais avec ce projet, j'ai juste voulu faire du bien, tout en veillant à ne pas sortir de la case rap. Ce qui m'intéresse à terme ? Tendre vers l'universel, créer quelque chose d'indestructible."





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Clermont-Ferrand, lundi 6 novembre 2006.
Dans quelques heures le soleil se lèvera à nouveau.

Il est temps de reprendre la route.

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