Article Ghost Star

Voici deux albums consécutifs que le fameux groupe new-yorkais Gang Starr nous propose un morceau que l'on pourrait qualifier de rubrique nécrologique. Il y a eu 'In Memory Of...' sur "Moment Of Truth" en 1998, puis, l'année dernière 'Eulogy' sur leur dernier album en date : "The Ownerz"...

14/05/2004 | Par Janot

Article : Ghost StarAprès avoir évoqué ces deux tracks qui sont certainement amenés à se reproduire à l'avenir, nous essayerons plus largement de rassembler quelques éléments de l'oeuvre du groupe offrant des perspectives au fait que le souvenir de bien des disparus plane au dessus de celle-ci. Alliant un fond sensible à une forme saisissante, 'In Memory Of'' et 'Eulogy' constituent en un sens des modèles du genre. Guru, en guise de couplet, fait dans le premier morceau le panégyrique de quelques personnes décédées. Il les honore tandis qu'au refrain une succession de noms de disparus est citée et qu'un sample de la voix du défunt Notorious B.I.G. répète et grave dans les esprit un triste "Rest In Peace." Pour le deuxième titre, le MC réduit à un seul couplet son intervention constituée d'un discours moralisateur. Toute l'intelligence de DJ Premier, son coéquipier aux platines dont on ne fera jamais assez les louanges, est d'avoir su éviter de délivrer des instrumentaux trop larmoyants pour un exercice microphonique qui l'est forcément un peu. Ce sont des productions aux sonorités plutôt rebondies et surtout magnifiquement amples, embrassant l'infini, qui accompagnent les interventions vocales de Guru.

Un premier constat s'impose : pour le premier titre comme pour le second il semble qu'aucun choix n'ait été effectué par Guru et Primo, qui rendent aussi bien hommage à des artistes, du Hip-Hop ou non, qu'à des membres de leurs familles respectives et des proches disparus. Cet hommage à l'unisson à l'intention de grandes figures musicales ou de proches n'est pas étonnante. D'une part parce que les membres de Gang Starr ont incorporé à leur famille de c'ur bon nombre d'artistes dont certains sont récemment disparus. Des musicien(ne)s qui créèrent des 'uvres pour lesquelles le binôme se découvrit une passion commune, nous en reparlerons. Sans oublier ceux avec qui le groupe a simplement travaillé, des rappeurs tels que Big L, Big Punisher ou Notorious BIG. D'autre part parce qu'on pourrait dire que le binôme a reçu l'amour de la musique en héritage, à l'instar de beaucoup d'autres rappeurs et DJ's.

Dans "Scratch", le passionnant film-reportage de Doug Pray, on apprend lors des différentes interventions de Primo que celui-ci doit à des personnes comme sa mère, sa s'ur ou encore son oncle (et on imagine bien d'autres encore) la découverte de ses premières sensations musicales et l'incroyable culture musicale qui doit être la sienne. Ainsi l'appropriation chérie de l'oeuvre de tel ou tel musicien(ne) semble le fait d'une filiation. C'est une succession de transmissions très fortes qui lient donc étroitement, quasi intimement, la famille du groupe à des artistes venus d'horizons divers. Ce n'ud affectif complexe que Gang Starr porte en lui est sans nul doute à l'origine de ces deux morceaux témoignant de sa sympathie conjointe envers les artistes et les proches qui s'en sont allés. Est ainsi appliqué le vieil adage jamais trahi du groupe, proclamé dès 1991: "give the credit where it's due" ('Credit Is Due'). C'est, je pense, seulement écoutés sous cet angle-là que 'In Memory Of..' et 'Eulogy' perdent tout possible aspect impersonnel et gagnent énormément en émotion.

Quoiqu'il en soit, l'évocation de figures décédées, ou plus largement de formes musicales disparues ou en voie d'extinction, semble bien plus que relever d'une attitude sporadique dans l''uvre du groupe. Abordée de façon toujours très saine (à l'image des deux titres cités précédemment) et sans gimmick, à l'opposé d'autres rappeurs qui forgent leur style dans les peurs ou (et) attirances qu'elle peut susciter, la mort marque le(s) temp(o)s du souvenir et de la reconnaissance pour Guru et DJ Premier. Une exception toutefois, concernant ceux que le groupe propose de "tuer" artistiquement parlant ("To stop the killing, wack MC's must die" rappe Guru dans 'Suckaz Need Bodyguards'), les habituels MC's ou DJ's aux prestations jugées bidons qui ne méritent pas une quelconque estime de la part du groupe. Le compte de ceux-là est vite réglé et à oublier.

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