Article Festival L'Original 2008 - Fragments

Retour en quatre épisodes sur la 5ème édition du festival l'Original, qui s'est tenue du 2 au 13 avril 2008 entre Rhône et Saône. Au menu entre autres cette année : Method Man & Redman ensemble, Seth Gueko en chair et en bosses ou la reformation le temps d'un concert unique de la mythique Cliqua.

21/04/2008 | Par Anthokadi

Article : Festival L'Original 2008 - Fragments

Samedi 7 avril 2007 – jeudi 3 avril 2008. Retour à Hot Mountain. Un an presque jour pour jour a passé depuis l'inespérée frappe des 35 mètres de Method Man sous la barre transversale du Transbordeur de Villeurbanne, et le MC aux poumons d'aciers s'apprête à nouveau à fouler la pelouse de la capitale des goals. Les fans se pourlèchent d'autant plus les bibines que Meth est accompagné cette fois de son camarade actionnaire chez Occis Carton Blindé, Redman himself, héros ici aussi au printemps 2007 d'un concert solo à guichets fermés au sortir duquel minerves et Voltarène furent – paraît-il - de rigueur pour les nuques et les ceintures scapulaires… Même salle, même punition, mais cette fois-ci en 1 + 1 = 2 ? Cette année encore l'ami Papa-au-Rhum ne sera pas là pour vérifier. Il est parti en 4x4 le matin même en Allemagne avec trois acolytes pour s'acheter un costume de mariage.

Resté sur Lyon exprès, quasiment en mode pèlerinage après avoir atteint son point G de spectateur l'année précédente au même endroit, l'ami Guy Georges est tranquillement assis à tiser à la buvette. Comme le veut son surnom – désormais sous-titré "a.k.a. Max Mosley" -, il observe d'un œil plissé et la goutte au front les allées et venues de la gente féminine à la porte des WC. "Je suis fasciné par les filles qui portent leur sac en bandoulière avec la lanière qui leur passe juste entre leurs deux einss. Ça me donne envie de leur bouffer le einss droit et le einss gauche. Ça te le fait pas à toi ?" De temps à autre, Guy parvient à revenir au sujet de discussion du moment, à savoir l'organisation de l'enterrement de vie de garçon de Papa-au-Rhum, prévu dans trois jours. Ses suggestions sont à l'image de ses multiples surnoms : scandaleuses.

Sur scène, les premières parties se nomment La Moza et Alarme, respectivement 2ème et 3ème du tremplin Buzz Booster organisé la veille au Ninkasi Kao, en ouverture du festival – Dialect, le vainqueur, sera quant à lui programmé pour l'édition 2009… Dans la fosse, les places commencent à devenir chères. Ça pousse un peu moins qu'un 15 avril 1989 au stade Hillsborough de Sheffield, mais tout de même. Seul un culturiste d'un mètre cube soixante-dix reste immobile, les bras autour de la taille de sa compagne. Guy le surnomme Le Rocher, a.k.a. Big Pun, a.k.a. la Présipeauté de Gros-Land, l'abdo unique du monsieur étant plus large que ses massives épaules… De son côté, le décret 2006-1386 du 15 novembre 2006 portant interdiction de fumer dans les lieux publics semble ne pas concerner le Transbordeur ce soir. Ça et là, des petits malins aux visages poupons, sans doute en maternelle à l'époque où Method Man braquait ses premiers automobilistes, actionnent leur briquet, d'abord en fourbe puis de plus en plus ouvertement. A priori ce ne sont pas les têtes d'affiche de la soirée qui les dénonceront. Ni Le Rocher, toujours arc-bouté à sa compagne – c'est à se demander qui tient qui, en fait.

Ultime apéritif, la prestation de DJ Fly du Scratch Bandits Crew. Le sample "The champion is here…" prononcé en 1974 par Mohammed Ali à Kinshasa est l'humble fil conducteur du set. Les classiques de Roots Manuva, House of Pain ou DMX sont ainsi mixés avec la dextérité d'une pieuvre sous Redbull. EPMD, Mobb Deep, Busta Rhymes ou le couplet de Redman sur 'Oooh' sont quelques-unes des autres balises fluos de ce test de Cooper destiné à échauffer le public jusqu'au vrai show. Guy ôte d'ailleurs sa veste de survet et s'éponge le front avec – le matin même, sur le chemin du boulot, il est tombé dans un traquenard tendu par ses filous de cousins ; il n'en n'est ressorti qu'à 11 h du matin, déboîté au vin blanc ("C'est donc ça nos vies ?" prophétisait-il dix ans plus tôt)… Question terroir, le morceau 'Thé à la menthe' de La Caution est le seul indice qui prouve que cette soirée ne se déroule pas dans un pays anglo-saxon, entre deux appels à joindre les mains en forme de Wu et trois "Say what ?" éructés par les enceintes de DJ Fly. De leur côté, Le Rocher et sa compagne sont toujours les deux seuls points fixes de la fosse.

METHOD MAN & REDMAN AU FESTIVAL L'ORIGINAL Il est 22h25 lorsque les "frères" Man s'avancent enfin sur la scène du Transbo. Chacun est accompagné d'un backer et de son DJ, MM. Streetlife et Mathematics pour Meth. Détail cocasse, Meth arbore cette année une barbe qui pourrait rapidement faire verser sataniques les plumes de Robert Redecker et Philippe Val, grands pourfendeurs de la paille située dans l'œil du voisin mangeur de dattes - chacun est ici libre de compléter le dicton comme il l'entend… "Welcome to the Method Man and Redman show" annonce dans un grand sourire celui qui fila des complexes tétanisants à Freeman lors d'un fameux 25 mars 2003 en studio.

Solos, featurings, albums, séries télé et même films ensemble - "How high" fait d'ailleurs partie de la DVDthèque idéale de Guy, aux côtés de "Babe le cochon devenu berger" et "Ali G in da house", entre autres curiosités comme ces enregistrements VHS d'"Alerte à Malibu" qu'il aimait jadis regarder sans le son -, les deux artistes ont visiblement depuis longtemps dépassé le stade du rodage de leur duo sur scène. Fosbury-flop dans le public (3-1 pour Method Man à ce petit jeu + une marche sur la tête des premiers rangs), freestyles de dingos pendant que le compère se repose ou change de ceinture, lancers de packs de bouteilles d'eau – pas des bouteilles à l'unité, des packs ! – dans le public au point de ne presque plus en avoir pour eux-mêmes, repérage de jolies spectatrices des premiers rangs pour l'après-concert ("Hey Meth, have you seen this wonderful pussy ?"), invitation masochiste d'un Redman hilare à pousser la salle à hurler "Fuck you Redman"… Guy, qui sort par ailleurs d'une période tendue au niveau personnel, a soudain cette phrase enfantine : "Ferme les yeux quelques secondes, puis rouvre-les : putain, y'a Method Man et Redman à cinq mètres de nous, là !" Et de sauter comme un cabri au couplet de Redman sur 'Get the party started', souvenir de nuits homériques en commun sur les dance-floors du sud de l'Espagne… Toute la salle fait d'ailleurs de même. Les T-shirts collent au corps, quelques éméchés tentent des pogos puis renoncent à force de se fissurer les gencives sur Le Rocher et sa compagne – éméchés mais pas fous, les pogoïstes. "And remember, the energy you give to us, we give it back to you" scandent à tour de rôle Meth et Red, plutôt diplomates face à un public un poil plus mou que l'an passé pour les deux solos. 1 + 1 = 2 ? C'est toute la question, avec le paramètre effet de surprise en moins.

Invité à dire quelques mots en tant que guest star, Chamillionaire – qui ne sortira pas de l'hôtel le lendemain, jour de son propre concert, vexé d'être programmé "seulement" en première partie de Bahamadia, Hezekiah et Jaguar Wright -, semble disposé à se montrer un peu moins Ban Ki-moon que ses hôtes à propos du public, au point que Meth lui reprendra le micro assez vite en le remerciant gentiment mais fermement. Profitant du flottement, une spectatrice noire aux tresses blondes en profite pour essayer de se faufiler backstage, comme à chaque fois qu'un Ricain vient rapper dans le coin… A 23h59, le portable sonne. Papa-au-Rhum, live from Germany, regrettant sans doute de ne pas être là. "Ça fait pitié" commente sobrement Guy en regardant le téléphone sonner. D'autant plus qu'avec les hommages à ODB arrivent les derniers tours de piste, et même Le Rocher (qui tient toujours solidement sa compagne) commence insensiblement à décaler sa nuque en cadence. C'est dire la performance du duo.

Un ultime (double) appel à ne pas oublier de lâcher quelques euros de plus au stand situé à la sortie, et le concert se termine. Le temps de coincer un vélo dans le coffre de la Renault Clito de Guy, et il est déjà temps de reprendre la route. Preuve s'il en est que l'alchimie, pour réussie qu'elle ait été, a un peu moins bien pris que l'année précédente lors des solos, Guy fait son H. – autre surnom de longue date, référence à Adolf H. et à un autoritarisme certain à mesure que l'alcool lui monte au cerveau - en déchiffrant les plaques d'immatriculations des voitures garées à l'arrache sur le trottoir. Cette Opel immatriculée dans le Morbihan ? "Paysan". Cette 305 break immatriculée dans le 58 ? "Encore plus paysan". Et cette Twingo venue du 42 ? "Stéphanois : summum de la paysannerie". Rien que de très normal dans la bouche de quelqu'un qui a toujours qualifié les ressortissants du département 01 voisin de "paysans de l'Ain", que ceux-ci roulent en J9 ou en Merco… Un signe comme un autre que 1 + 1 ne fait pas forcément 2, donc.

 

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