Article Concert Method Man 07.04.07

Villeurbanne, Rhône, samedi 7 avril 2007. Dans quelques minutes, Method Man s'avancera sur la scène du Transbordeur, dans le cadre du festival L'Original. Du haut de ce micro, quatorze ans de hip-hop nous contemplent. Qui a dit que quatorze ans était l'âge d'apposer une croix sur l'insouciance de son enfance ?

25/04/2007 | Par Anthokadi

Article : Concert Method Man 07.04.07"Et comment que je suis chaud ! Je crois que je vais m'autofellationner direct" : avec ce sens de la mesure qui le caractérise en toutes circonstances, c'est en ces termes que réagit l'ami Guy Georges à l'annonce de la venue de Method Man au Transbordeur de Villeurbanne... Guy Georges ? Un surnom, bien entendu. Avec Jack Facial, Pisse-Partout l'Insortable, Urbain Bonaventure, MC Côtes-du-Rhône ou Le Fractureur de Poneys, c'est l'un des nombreux A.K.A. d'un Franco-serbe bien connu des stripteaseuses de la Costa Blanca ou des videurs de boîtes de nuits de Serre-Chevalier. Entre autres exploits, Guy fut jadis capable de réveillonner dix heures d'affilée avec une couche Pampers sur la tête ou de mettre fin à un chat coquin d'un définitif "Va frapper ta mère à coups de chaînes de vélo", d'autant plus traumatisant pour la destinataire que rien dans la conversation ne laissait présager une telle réponse.

20h45, ce samedi 7 avril 2007. Guy s'est garé à l'angle du boulevard du 11-novembre et du boulevard Stalingrad. Une capuche sur la tête, il sirote un fond de Coca light "qui fait rire" - de près, la bouteille dégage une forte odeur de whisky. Ce soir, c'est soirée "good ol'days" : les compagnes sont à la maison et Guy semble rajeuni de dix ans. C'est juste dommage que Papa-au-Rhum , a.k.a. Procreator, autre compagnon de veillées d'armes, n'ait pu être de la fête. Lui comme Guy se méfient de ces artistes américains en tournée en Europe : Guy n'était-il pas du piteux concert parisien du Wu-Tang Clan en juillet 2004 ou de celui pour le moins hautain de Lauryn Hill à Bercy en juillet 2005 ? Un homme averti en valant deux, Papa-au-Rhum restera donc pouponner à la maison. Guy, lui, tente tout de même le coup : "Method Man, putain ! Ca me rappelle trop de bons moments !" Ceux qui étaient avec lui à la fac se souviennent surtout d'inénarrables exposés en survet', bourrés de vidéoclips "Wesh-wesh-y'all!", devant des amphithéâtres prout-prout donc médusés.

21h00. Le Transbo affiche complet. Sur scène, les premières parties s'époumonent. Pour information, le concert de Method Man se tient à la veille de la clôture de la 4ème édition du festival L'Original, organisé depuis 2004 par un collectif de structures hip-hop de la région Rhône-Alpes. Graff, danse, DJing et MCing s'entremêlent ainsi, dix jours durant, avec une programmation exigeante et un succès croissant d'année en année. Côté pointures, Raekwon, Guru, De La Soul, Grandmaster Flash ou La Caution étaient entre autres à l'affiche des éditions précédentes. Public Enemy, Oxmo, Casey ou Mac Tyer leur ont succédé en 2007. Et Method Man, donc.

22h00. Informé de la venue d'EPMD dès le lendemain pour un concert dans la région, Guy appelle Papa-au-Rhum pour en savoir plus sur le lieu et l'heure. Probablement affalé sur son canapé en attendant "Jour de foot", celui-ci répond par texto : le concert aura bien lieu dimanche à Villefranche-sur-Saône. Guy se tâte. En bon old-schooler noyé à présent dans le tourbillon de la vie active et des responsabilités familiales, il s'aperçoit que deux piqûres de jouvence ont lieu à 24 heures d'intervalles, et le souvenir des délires d'antan le titille fortement.

22h50. Fin des premières parties. Le flyer annonçait la présence de Okrika, Zéro Pointé, Libre Penseur, W-A, Teddy, Youssoupha et Sang Pleur. La palme de l'originalité revient sans conteste à ces derniers, apparus sur scène en scandant "Bloc opératoire, appelle les urgences !", vêtus de blouses et de masques et précédés d'une civière... De son côté, Youssoupha dégage sous ses faux airs de Donovan Bailey quelque chose de particulièrement positif, tout comme le trio violons-beat box qui le précède, et leurs reprises d'Xzibit, de Mary J. Blige, de 'Boulbi' ou de 'Wu Tang Clan ain't nuthing ta f' wit'... Seul bémol à cette succession de premières parties, peut-être : le désormais traditionnel majeur levé à l'attention de "Le Pen & Sarko", prêche pavlovien pour auditoire archi-convaincu, dont il faudra un jour s'interroger sur la réelle utilité... "cela aide-t-il fondamentalement l'herbe à pousser et le soleil à briller ?" questionnerait un poète métaphysique...

23h00. A l'heure où est sensée commencer l'after de la soirée, Mathematics prend place derrière les platines, un énorme blunt aux lèvres. Le geste a valeur de manifeste : jetant un oeil tout autour de lui, Guy observe les imposantes volutes bleutées et autres odeurs de résine qui baignent la salle. Jamais avare de références érudites, Guy le non-fumeur cite "Cocoricocoboy", célèbre émission culturelle d'access-prime-time dans les années 80 : "Mais quelle est cette secte ?"

Les yeux à l'ombre d'une capuche et d'une casquette en diagonale, Method Man fait son apparition, vêtu de kaki et d'un pendentif en diamant en forme de "M" - ou de chauve-souris retournée, c'est selon. A ses côtés, un type s'avance aussi, le visage caché par l'ombre d'une capuche rouge, large, haute et pointue. "Présente tes potes du Ku Klux" est le premier commentaire de Guy. "Mais quelle est cette secte ?" est le deuxième. Il y en aura d'autres.

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